
Nous voilà de retour d’Avignon. Il y a un mois, nous vous donnions quelques idées de pièces à voir. Nous avons vu trente pièces de plus. Pour ceux qui vont aller au festival dans les deux prochaines semaines, voilà nos impressions, nos impressions, nos surprises.
Cet article, paru initialement le 18/06/23, a été mis à jour le 15/07/23 à notre retour d’Avignon.
Première surprise de ce bilan, et c’est la plus déstabilisante, classer le Voyage à Zurich joué par Marie-Christine Barrault dans les pièces clivantes, et La Maladie de la Famille M, de Théo Askolovitch avec Tigran Mekhitarian dans les pièces clivantes. Ca fait bizarre. Les deux sont à mettre au premier rang de votre programme. Le sujet de l’une peut paraître insupportable à certains, pour la seconde, le côté révolté de l’équipe s’est poli, il est plus subtil. Les choses changent, dans un sens, dans un autre.
Nous avons eu nos coups de coeur. La Vampire au Soleil. Viril(e.s). MU.e. Le Moby Dick. Elles sont, à notre avis, incontournables. Certaines ont convaincu tous nos confrères, pas toutes.
A vous de voir…
Les pièces clivantes, d’abord. Allez les voir. Laissez-vous surprendre, par le propos, ou par la mise en scène. Vous vous laisserez emporter, ou pas, vous serez sortis des sentiers battus.
- Une Vampire Au Soleil (La Manufacture, 21h20) : c’est la pièce qui m’a le plus touché depuis longtemps, j’avais la gorge serrée, les yeux humides, les poils dressés à l’issue de la représentation. C’est l’histoire d’une vampire qui va affronter la lumière du soleil, une femme qui trouve la force de se battre, d’affronter ses démons, la vérité. Ne la ratez pas, soutenez Marik Renner et Marien Tillet, deux magiciens du conte. La pièce se donne en fin de journée, c’est le bon moment. Je suis retourné la voir, et j’ai tout autant adoré. Il suffit que j’en parle pour que mes poils se dressent à nouveau.
- Viril(e.s) (11 Avignon, 19h00) : encore une putain de pièce, écrite par Marie Mahé. Cinq jeunes femmes, telles qu’elles sont. La mode est à la déconstruction ? Elles reconstruisent, redonnent sa place à la virilité, sans l’opposer à la féminité. Les jeunes femmes de cette génération sont comme ça ? C’est rassurant.
- La femme à qui rien n’arrive (La Scala Provence, 12h15) : une autre histoire de femme à savoir aller voir. Léonore Chaix est une femme enfermée dans un quotidien balisé par une liste de taches quotidiennes incompressibles. C’est tendre et terrifiant, un texte ciselé d’humour glacé. On sort sur un nuage de bonheur.
- Iphigénie à Splott (11 Avignon, 10h20) : pour la hargne et le talent de Gwendoline Gauthier, un opéra électro-rock qui conte le sacrifice pour le bien de tous d’une jeune femme dans une banlieue abandonnée de Cardiff. Un coup de poing.
- Voyage à Zurich (Présence Pasteur, 16h20) : Marie-Christine Barrault, très belle dans le rôle de Florence Klein, une actrice qui décide de partir à Zurich pour y mourir avant de souffrir, et conseille à son fils, qui est là, de lui aussi faire des choix dans sa vie. Si le sujet, le conseil, sont insupportables à certains spectateurs, peut-être parce que ça les renvoie à des événements de leur vie personnelle, c’est une superbe pièce.
- Apocalypsinc (Chêne Noir, 16h00) : Luciano Rosso (la moitié de Un Poyo Rojo) est dingue. Son corps élastique et sa maîtrise du lipsync construisent un spectacle inracontable, bourré d’imagination et de trouvailles, quelque part entre Méliès et Tik Tok. Emmenez-y votre âme d’enfant.
- Tomber dans les arbres (Chapelle des Antonins, 12h50) : Le grand père de Camille Plocki était célèbre, sa vie est dans les livres d’histoire. Elle, elle enterre son Pépé. Elle se souvient des chansons de son enfance à lui, que sa mère venue de Pologne et disparue dans les camps lui avait appris. Une histoire touchante de mémoire par les chants, de solidité des racines.
- Une merveilleuse histoire de sexe dégueulasse (Reine Blanche, 21h50) : deux hommes se croisent et se recroisent en fuyant l’amour. C’est pour adultes avertis, c’est déjanté, les acteurs prennent leur pied autant que les spectateurs.
- Yvonne (Tomasi, 20h30) : la princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz, emmenée à l’os dans une mise en scène qui alterne extravagance et tension proposée par la compagnie Bruler Détruire (le terme est dans le texte). Ca décoiffe, on part du côté animal, tripal. Laissez-vous bousculer.
Les pièces fédératrices ensuite. Tout est bon : le propos, le texte, la distribution, la mise en scène, la scénographie. Vous ne serez pas déçus.
- Agota Kristof l’Analphabète (Atelier Florentin, 16h30) : la vie d’Agota Kristof, l’écrivaine qui se sentait analphabète parce qu’elle n’écrivait pas dans sa langue maternelle. Un très beau texte, dit par Catherine Salviat, une grande dame de la Comédie Française, qu’on peut aussi voir dans Job ou l’errance du juste de Serge Sarkissian, un texte puissant superbement servi.
- MU.e (La Scierie, 21h10) : quand je suis sorti, je me suis dit que ça serait mon meilleur souvenir d’Avignon. Une belle mise en abyme dystopique, par Le Petit Théâtre de Pain. On est au croisement d’Inception et de Tenet.
- La Dernière Bande (Chapeau Rouge, 15h00) : Jean-Charles Rousseau Rieznikof, dans une mise en scène de Fabrice Eberhard, une pépite pour ceux qui aiment Beckett.
- La Maladie de la Famille M (Béliers, 22h30) : j’adore cette pièce, souvent massacrée, et je suis le travail de Théo Askolovitch et Tigran Mekhitarian. Ils ont poli leur révolte, et donne une superbe version de la Famille M.
- Le Moby Dick (Gémeaux, 11h35) : quel beau travail de troupe. Chemin de Fer racontait l’épopée des cheminots, le Moby Dick raconte la fin de celle des dockers. C’est vrai, et c’est super bien fait.
- Cahin Caha (La Scala Provence, 17h30) : le texte de Serge Valetti est une pépite de non sens philosophique, Daniel Martin et Jean-Claude Leguay le servent avec une gourmandise contagieuse. Au fond, c’est quoi, l’amitié ?
- La machine de Turing (La Scala Provence, 13h30) : Benoit Soles revient avec cette pièce récompensée par les Molières et traduite dans de nombreux pays. L’occasion d’aller voir (si vous ne l’avez pas encore vue) ou revoir l’histoire vraie d’un homme qui a changé le cours de l’histoire.
- Un Picasso (Rouge Gorge, 17h30) : Sylvia Roux face à Jean-Pierre Bouvier. Une lionne face au Minotaure. Ils sont monstrueux tous les deux dans ce combat autour de trois dessins de Picasso.
- Maîtres Anciens (Artéphile, 18h20) : Un texte de Thomas Bernhard. François Clavier donne corps à Reger, musicologue vitupérant. On ne boude pas son plaisir devant ce grand talent.
Bien sûr, il y a les autres pièces que nous avons vues, et, encore plus nombreuses, celles que nous n’avons pas vues. Avignon, c’est 1 491 pièces, un catalogue de 484 pages. Notre Avignon, c’est quatre pièces planifiées à l’avance par jour, et une à deux autres que nous allons voir, parce que l’affiche, la conviction d’un acteur dans la rue, le bouche à oreille. Profitez, laissez-vous surprendre, vous aurez de belles surprises. La meilleure opinion qu’on puisse avoir sur une pièce, c’est la votre.
Cette chronique est parue pour la première fois sur http://www.jenaiquunevie.com.
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Pour mémoire, le texte original paru le 18/06
Dix pièces à ne pas rater au Festival Off Avignon 2023. Cinq sont clivantes, sachez vous laisser surprendre par le propos, le jeu, la mise en scène. Cinq sont fédératrices, vous les apprécierez forcément.
Le catalogue du Festival d’Avignon Off 2023 est paru. 484 pages de propositions, sur lesquelles nous en avons vues un certain nombre. Voilà la liste des pièces que nous vous suggérons d’aller voir.
Les pièces clivantes, d’abord. Allez les voir. Laissez-vous surprendre, par le propos, ou par la mise en scène. Vous vous laisserez emporter, ou pas, vous serez sortis des sentiers battus.
- Une Vampire Au Soleil (La Manufacture, 21h20) : c’est la pièce qui m’a le plus touché depuis longtemps, j’avais la gorge serrée, les yeux humides, les poils dressés à l’issue de la représentation. C’est l’histoire d’une vampire qui va affronter la lumière du soleil, une femme qui trouve la force de se battre, d’affronter ses démons, la vérité. Ne la ratez pas, soutenez Marik Renner et Marien Tillet, deux magiciens du conte. La pièce se donne en fin de journée, c’est le bon moment.
- La femme à qui rien n’arrive (La Scala Provence, 12h15) : une autre histoire de femme à savoir aller voir. Léonore Chaix est une femme enfermée dans un quotidien balisé par une liste de taches quotidiennes incompressibles. C’est tendre et terrifiant, un texte ciselé d’humour glacé. On sort sur un nuage de bonheur.
- Apocalypsinc (Chêne Noir, 16h00) : Luciano Rosso (la moitié de Un Poyo Rojo) est dingue. Son corps élastique et sa maîtrise du lipsync construisent un spectacle inracontable, bourré d’imagination et de trouvailles, quelque part entre Méliès et Tik Tok. Emmenez-y votre âme d’enfant.
- Tomber dans les arbres (Chapelle des Antonins, 12h50) : Le grand père de Camille Plocki était célèbre, sa vie est dans les livres d’histoire. Elle, elle enterre son Pépé. Elle se souvient des chansons de son enfance à lui, que sa mère venue de Pologne et disparue dans les camps lui avait appris. Une histoire touchante de mémoire par les chants, de solidité des racines.
- Yvonne (Tomasi, 20h30) : la princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz, emmenée à l’os dans une mise en scène qui alterne extravagance et tension proposée par la compagnie Bruler Détruire (le terme est dans le texte). Ca décoiffe, on part du côté animal, tripal. Laissez-vous bousculer.
Les pièces fédératrices ensuite. Tout est bon : le propos, le texte, la distribution, la mise en scène, la scénographie. Vous ne serez pas déçus.
- Agota Kristof l’Analphabète (Atelier Florentin, 16h30) : la vie d’Agota Kristof, l’écrivaine qui se sentait analphabète parce qu’elle n’écrivait pas dans sa langue maternelle. Un très beau texte, dit par Catherine Salviat, une grande dame de la Comédie Française
- Cahin Caha (La Scala Provence, 17h30) : le texte de Serge Valetti est une pépite de non sens philosophique, Daniel Martin et Jean-Claude Leguay le servent avec une gourmandise contagieuse. Au fond, c’est quoi, l’amitié ?
- La machine de Turing (La Scala Provence, 13h30) : Benoit Soles revient avec cette pièce récompensée par les Molières et traduite dans de nombreux pays. L’occasion d’aller voir (si vous ne l’avez pas encore vue) ou revoir l’histoire vraie d’un homme qui a changé le cours de l’histoire.
- Un Picasso (Rouge Gorge, 17h30) : Sylvia Roux face à Jean-Pierre Bouvier. Une lionne face au Minotaure. Ils sont monstrueux tous les deux dans ce combat autour de trois dessins de Picasso.
- Maîtres Anciens (Artéphile, 18h20) : Un texte de Thomas Bernhard. François Clavier donne corps à Reger, musicologue vitupérant. On ne boude pas son plaisir devant ce grand talent.
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