Variations Sternberg

Comment répondre à un client qui n’a pas reçu l’exemplaire de Salammbô ? De bien des façons différentes, c’est le talent des Variations Sternberg de le démontrer aux amoureux des textes. Vous en êtes ? Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

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Le Roi se meurt – Ciné XIII Théâtre

Julie Duchaussoy a pris le parti, pour la mise en scène du Roi se meurt, d’un roi jeune, encore en pleine forme, ça donne une version énergique, dynamique de la pièce, quand la mort frappe un homme, un univers, qui devraient encore avoir la vie devant lui, et dont l’univers va se glacer, se lézarder, s’effondrer en 90 minutes.

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Noémie et la prisonnière des enfers – Ciné XIII Théâtre

Dois-je, ou non, vous parler de cette pièce que nous avons vue au Ciné 13 Théâtre. Baroudeur et Fléchette ont beaucoup aimé suivre les aventures de Noémie, et au fond, c’est l’essentiel, non ? En deux mots, la mère de Noémie est morte, elle lui manque, et ses amies se moquent d’elles. Noémie s’endort, rêve que son doudou (il s’appelle Calin) s’anime et l’accompagne aux enfers retrouver sa mère, la raccompagner au paradis, avant de trouver, à son réveil, le coquillage qu’elle lui a donné, et qui chante sa berceuse préférée.

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Quand je suis entré dans la salle, j’ai eu le souvenir de mes années de primaire, un pupitre, des voix d’enfants qui disent des poésies pour la fête des mères, c’était un bon moment, poétique et nostalgique. Quand Jennifer Rihouey s’est animée, je me suis calé dans mon fauteuil, prêt à passer un bon moment.

Le sujet est intéressant, le texte, à l’exception de la séquence un peu longue des mots déformés, est globalement enlevé et humoristique, avec beaucoup de références à la mythologie greco-romaine, le Styx, Charon, Cerbère, les Parques, espérons que les parents sauront répondre aux questions des têtes blondes.

La mise en scène est malheureusement absente, à l’exception notable de Jennifer Rihouey dont le jeu (ou la situation ?) m’a vraiment touché, les acteurs jouent sans contrôle, et certaines fautes sont si visibles qu’un enfant de 4 ans hurlera « Elle est partie de l’autre côté » quand deux acteurs sortiront à jardin pour suivre Noémie, sortie à cour.

http://www.cine13-theatre.com/

http://compagniequiportequoi.com/index.php

Les Caprices de Marianne – Ciné XIII

Très beau moment de théâtre hier soir au Ciné 13, avec Les Caprices de Marianne. C’est pour avoir de belles surprises que je hante les salles, et quand j’en trouve, je dis BRAVO.

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Je ne vous raconte pas l’argument de la pièce, Marianne, Claudio, Celio, Octave, ils sont tous là, Marianne fait sa mijaurée, Claudio tente d’éviter le destin qu’il s’est choisi, Celio souffre mollement, et Octave meurt en bad boy.

Les Chaises de Jardin donne une version actualisée de la pièce de Musset, en gardant le texte, en transposant l’action dans un univers à La Fureur de Vivre d’Octave, et d’une touche de Godard, pour la mijaurissime  Marianne.

Je ne suis pas le plus grand des romantiques, Les Caprices renvoient à bien des épisodes de ma vie, j’en ai croisé des Claudio qui souffraient des écarts de leur trophée, des Marianne desséchées de n’avoir pas cédé ou épanouies de l’avoir fait, quand à Octave, dans la vraie vie, il saute sur l’occasion, enfin je crois, et puis quand on peut rendre service…

J’ai vu bien des versions ennuyeuses et morales des Caprices, là j’ai vraiment adoré la mise en scène de Patrick Alluin et Simon Coutret, la façon actuelle dont ils font dire le texte, la magie avec laquelle les longues tirades sont expédiées, on est là pour éprouver de l’empathie pour le rôle, pour enchainer l’action, pas pour entendre un acteur qui s’écoute déclamer une longue envolée.

J’ai apprécié la scénographie, ce plateau tournant qui transforme en un instant la porte de la maison d’Octave en chambre de Marianne, j’ai ri aux intermèdes chantés (vous n’entendrez plus Hélène de Roch Voisine sans éclater de rire). J’ai beaucoup aimé Simon Coutret en Octave Dean, Justine Thibaudat en Marianne Javal. J’ai une certaine admiration pour la façon dont Constantin Balsan est Celio, qui lancine mollement.

J’ai surtout admiré le travail de troupe, l’un sort de scène et va immédiatement changer un rideau, l’autre pousse le plateau tournant pendant que l’action se poursuit, surtout, à la fin de la pièce, après des applaudissements nourris et mérités, ils s’y mettent tous, il faut démonter le décor, une pièce se donne dans une demi heure, pas le temps d’attendre que les spectateurs aient quitté la salle.

OliveOyl a beaucoup aimé le parti pris de la mise en scène et le jeu d’Octave, Baroudeur a trouvé la pièce « très bien ».

Je laisse le mot de la fin à Fléchette : « Un peu compliqué à suivre mais j’ai suivi. En fait ça raconte les caprices des hommes pour Marianne. C’était beau et bien joué. J’ai eu un peu peur à un moment. »

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Ala-e-Din – Ciné XIII

La compagnie Acte II donne Ala-e-Din au Ciné 13 dans une version bourrée d’énergie et de rythme.

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L’histoire est connue, un jeune homme du peuple et une princesse rebelle tombent amoureux, avec en arrière plan un vizir qui veut devenir calife, un génie dans une lampe, un peuple oppressé, et une mère malade.

Quand Matthieu Brugot entre en scène, le vizir manipulateur au regard perçant saisit l’attention des petits et des grands. Edward Wolf donne un Aladin bondissant, Jonathan Dos Santos est le calife dépassé et un génie déjanté, Morgane Quiguer une Jasmine rebelle et combative.

Un décor très simple, 5 colonnes triangulaires et 3 cubes, une belle lumière, des scènes jouées, chantées, chorégraphiées. Des combats bien réglés, je me suis pris à craindre que les cimeterres ne passent un peu près, mais non. À nouveau, Edward Wolf, Matthieu Brugot, Jonathan Dos Santos et Morgane Quiguer déploient une énergie féroce et contagieuse, ils entrainent le public dans leur vision des aventures d’Aladin.

Un vrai regret, les scènes chantées le sont sans micro, leurs voix sont perdues dans la musique. C’est une belle pièce un peu chantée, pas un musical, mais ça serait une très belle pièce avec des séquences Musical si ils utilisaient des micros et un peu de réverb pour soutenir les voix dans ces séquences (sans tomber dans le travers de les utiliser aussi pour les scènes jouées, ils ont de belles voix qui portent, qu’ils contrôlent, que  j’ai aimé apprécier au naturel)

Baroudeur et Fléchette étaient là, leur commentaire rejoint celui de tous les enfants qui sortaient de la salle les yeux pleins d’étoiles : « SUPER !!! » (avec, pour Fléchette, l’exégèse des différences avec le dessin animé :-).

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Peau Neuve – Ciné XIII

Bon moment de fraicheur, poétique et attachante, au Ciné 13, avec Peau Neuve, le spectacle musical de Lili Cros et Thierry Chazelle. Thierry Cros, voix, mandoline et guitare, Lili Cros, voix et guitare basse, une belle guitare basse acoustique, comme on en entend rarement.

Pourquoi Peau Neuve ? parce qu’il faut sept ans pour que toutes les cellules d’un corps humain se régénère, et que leur duo a sept ans. Leur complicité fait plaisir à voir, une complicité des voix, des yeux, des corps.

Peau Neuve, ce sont des chansons scénarisées, des petites histoires, pleines d’un humour souvent caustique, jamais méchant, ils regardent la vie avec un regard toujours ému, jamais dupe.

C’est l’histoire d’un vieux chien, mais il est mort; c’est l’évidence des petits qui poussent, des cris et leur mère à la crise de nerf; voilà la basse acoustique qui entre en action, pour soutenir que le rythme est amour.

Voilà qu’ils apprennent aux jeunes femmes comment éviter de rencontrer l’homme de sa vie, qu’ils nous racontent l’histoire des Trois Baudets, où tant de grands noms ont commencé, devenu un temple de l’érotisme, redevenu une salle de spectacles.

La mode est aux chansons française en anglais ? voilà I am a dog, un tatouage venu des brumes, celles de l’alcool, qui prenait un autre sens en inversant deux lettres. Je ris encore des rimes endormies de cette hommage aux narcoleptiques, forcément amateurs de haïku !

Pour terminer, un bonbon, Les Amoureux, a capella.

J’ai souvent apprécié le travail de la lumière au Ciné 13, c’est encore le cas, un bel écrin vient souligner chaque chanson, j’ai découvert la pureté que le son amplifié peut avoir dans cette salle, c’est suffisament rare pour être souligné.

La salle était pleine et conquise, ne mégotant pas ses applaudissements.

Le site du théâtre
 Le site du duo et leur page Facebook

Hobobo – Ciné 13 Théâtre

Hobobo, quatrième fois ? Oui, et je ne regrette pas de l’avoir revu, avec une salle différente des précédentes.

Tout est venu de Fléchette, à qui Baroudeur a raconté le spectacle dans tous les sens, lui l’a vu deux fois, et qui m’a demandé de l’emmener, pour une fois aller voir un spectacle adulte juste elle et moi.

Je l’avais vu au tout début, avec une pèche fantastique, une deuxième fois avec une petite salle un peu endormie, une troisième fois avec une moyenne salle regroupée et énergique. Ce soir, c’était une salle de dimanche en fin d’après midi, presque comble, et pleine d’enfants. Ca m’a fait plaisir de voir qu’autant de parents emmènent leurs jeunes enfants voir cette pièce, qui ne leur est pas a priori destinée.

Un enfant a cette caractéristique de tout prendre au pied de la lettre, quand Patrick de Valette pose une question rhétorique, les enfants répondent, quand il évoque l’Homo Sapiens, une petite voix précise qu’il s’agit de l’Homo Sapiens Sapiens, mais la petite voix ne réagira pas au nom d’Adam Smith. Parfois, après l’intervention d’un enfant, il faut arriver à reprendre le fil, et quand c’est fait avec humour, c’est savoureux.

La salle riait, répondait, renvoyait. Et moi j’ai revu avec un plaisir non dissimulé la bactérie en pleine descente d’acide, la danse moderne, la séquence CroMagnon, toutes les séquences, en fait, j’avais beau savoir qu’elles arrivaient, elles me prenaient encore par surprise, et je riais, comme Fléchette riait, elle attendait quelques moments précis racontés par son frère, qu’elle s’est empressée de lui raconter dès qu’on est rentrés.

Le fil conducteur ? Hubert O’Taquet répond aux questions existentielles, d’où venons-nous, où allons-nous. Il y répond d’une façon totalement barrée, qui ferait passer les maîtres du non sense pour des étrangers égarés sur la dalle Montparnasse un soir de pluie verglaçante, je suis à nouveau ressorti de la salle plein d’optimisme et de joie, comme si le monde avait, malgré tout, un peu changé.

Si vous vous posez encore la question d’aller voir le spectacle, je ne peux que vous recommander de vous dépêcher, parce qu’il vous restera peu de temps pour aller le revoir, et que tous ceux qui sont allés le voir sur ma recommandation en éprouvent aussi l’envie.

Le site du théâtre

Hobobo est éligible aux P’tits Molières.

Bilan 2016

C’est l’heure des bilans ? Allons-y. Je viens de repasser la liste des spectacles vus cette année, il y en a 155. Avec forcément des mauvais souvenirs, et malheureusement des absences totales de souvenirs, des pièces que j’ai vues, et même en faisant un effort, je ne me souviens de rien.

En haut du podium, hors catégorie, Le Conte d’Hiver, vu au Théâtre 13. Avec Baroudeur, on l’a vu 3 fois en 15 jours, et on regrette de ne pas l’avoir vue encore. Je crois que je suis tombé amoureux, amoureux d’une pièce de théâtre, du coup j’ai compris que l’amour impossible pouvait exister, compris comment un cœur perdu pouvait aller acheter son pain à l’autre bout de la ville pour simplement sentir le parfum de celle qu’il aime et qui ne l’aimera jamais. Evidemment, je n’irai pas à Andrézieux-Bouthéon (oui, la ville de L’Echo de la Fouillouse), mais à Pontault-Combault, à Chevilly-Larue… c’est là, si vous voulez venir.

Maintenant que j’ai triché… passons au podium.

Sur mon podium, je voudrais mettre 3 salles, parce qu’une salle c’est une ligne éditoriale, le choix forcément subjectif de faire venir une pièce ou pas, et que je fais une confiance aveugle à certaines salles de ce point. Il y a le Théâtre 13, La Folie Théâtre, et le Ciné 13 Théâtre, trois salles dans lesquelles je vais les yeux fermés, en confiance, voir les pièces qui y sont programmées simplement parce qu’elles y sont programmées, trois salles dans lesquelles j’ai eu de très belles surprises.

Je voudrais, sur le deuxième marche de mon podium, mettre de ces belles surprises… je voudrais juste citer Transsibérien si je suis, Hobobo, Mademoiselle Frankenstein et Bigre, les pièces qu’on a vues, voire revues, de vrais moments de magie théâtrale.

Evidemment, Le Cirque Invisible est passé au Rond Point, et évidemment on l’a vu, encore.

Une catégorie à part, les pièces bonbon, mes pastilles Valda, ces pièces sans prétention que j’ai vues et après lesquelles je me suis senti tellement bien, des pièces de troupe, entrainantes. Cette saison, il y a eu Comédiens, et La Vie est Une Chienne, Jordan.

Une catégorie rien que pour eux, parce que je me demande comment ils vont évoluer, parce que j’aime ce qu’ils font : la Compagnie du Homard Bleu, qui ose s’attaquer au Monstre Sacré, qui le fait avec talent. Leur Bourgeois Gentilhomme partait un peu dans tous les sens, avec Le Mariage Forcé de Georges Dandin, ils se sont canalisés, affutés, le message est devenu clair, je les attends de pied ferme l’an prochain.

Allez, bonne année à tous !

Révisions au Ciné 13 Théâtre (Le Mariage Forcé de Georges Dandin / Hobobo)

Baroudeur révise ses fiches de lecture, en cette dernière semaine de l’année, plutôt que d’aller découvrir une pièce improbable, on a choisi de revoir un combo de pièces qu’on avait aimées, Le Mariage Forcé de Georges Dandin, et Hobobo, l’une à la suite de l’autre au Ciné 13. J’ai vraiment aimé revoir ces pièces.

Ma première vision du Mariage Forcé de Georges Dandin m’avait emmené du côté du rôle titre, le malheureux Georges. Là, j’ai eu le temps d’empathir les autres personnages, Angélique, sa femme, est-elle plus victime que manipulatrice, je me suis souvenu le temps de leur mariage de la face de XY et XX, mariés « de force » au sortir de l’adolescence parce que le ventre de XX s’arrondissait (mais « on n’avorte pas »), tout le monde pleurait sous les yeux d’un prêtre impassible, ce jour là dans l’église (pour la petite histoire, ils sont maintenant mariés depuis 30 ans, se détestent toujours, mais « on ne divorce pas »). Et puis Madame, Madame de Sottenville, la marionnettiste qui tire les fils de la volonté et du destin, j’ai retrouvé… les sœurs XX, ou tante XX, ou… une succession de générations où les mères faisaient le malheur de leurs enfants à coups de destins imposés, adoucis par les amours ancillaires. Autre temps, autres mœurs. Quoique…

Paradoxalement, Baroudeur a compris chacun des moments forts de la pièce, sans arriver à assembler tout ça en une histoire complète, il lui manque parfois quelques références !

En tout cas j’ai aimé ma seconde lecture du Mariage Force de Georges Dandin, et vais continuer à suivre les productions décalées de la troupe du Homard Bleu.

Et puis Hobobo. En vrai, je l’avais déjà revu, petite salle, petite énergie, petite forme. Hier soir, la salle était au tiers remplie, mais sur les premiers rangs (message aux spectateurs : n’allez pas vous planquer au fond de la salle, l’acteur joue pour vous, pas pour un siège vide au premier rang), et riait aux éclats, ça a marché dès les premières secondes, les éclats de rire ont fusés, l’alchimie a fonctionné, la magie a prise, et ça a été une superbe représentation, tout le monde en profitait, ça partait dans tous les sens, j’ai revu… c’est indescriptible, inracontable, comment partager le mime de la première bactérie (Maman) en pleine descente d’acide, le spectacle est à voir, à écouter, à ressentir, il se donne encore en janvier, on sait avec Baroudeur qu’on y retournera, c’est un des spectacles les plus barrés qui soient, à voir et à revoir. Bon, on ira à 19:00, pour emmener Fléchette.

Commentaire de Baroudeur : « C’était très bien ».

Merci à toute l’équipe du Ciné 13, merci à la compagnie du Homard Bleu, merci à Patrick de Valette pour cette superbe soirée. On a A.DO.RE.

Un conte du Chat Perché – Ciné XIII Théâtre

Sympathique et intéressante, une version opéra pour les petits d’un des Contes du Chat Perché, de Marcel Aymé.

J’avoue, quand Baroudeur a pris le flyer en disant qu’il voulait aller voir ce spectacle… je me suis souvenu que je trouvais Delphine et Marinette bien nian-nian à l’époque où on me les lisait (le bon mot était suranné, mais je ne le connaissais pas alors). Pour une fois qu’il voulait aller voir une pièce pour sa classe d’âge 😉

Je me suis laissé prendre par le spectacle, par son parti pris original, on ne voit PAS les deux nunuches sur scène, par les nombreux petits airs d’opéra qui donnent vie au spectacle.

J’ai apprécié la mise en scène, elle est inventive, elle donne vie aux perspectives de l’histoire. Pas facile d’incarner une paire de cornes, seule trace visible d’une paire de boeufs blancs vexés de ne pouvoir être peints sur une toile blanche, pas facile d’incarner une petite espiègle de 7 ans quand on est un homme de 45+ ans portant barbe et bedaine, ils y arrivent, en tout cas j’y ai cru, j’ai marché, emmené par les voix de Marie Blanc et Philippe Scagni.

La salle était aux trois quart pleine d’enfants attentifs, découvrant que la palette des voix peut aussi servir à raconter des histoires.

Premier commentaire de Baroudeur : « c’était bien », et il a voulu acheter le disque, c’est plutôt bon signe.

Le site du théâtre, plus je vais au Ciné XIII plus je fais confiance à leur ligne éditoriale.
Le site de la compagnie In-Sense
Le spectacle est éligible aux P’tits Molières

Le mariage forcé de Georges Dandin – Ciné XIII Théâtre

En une phrase : pari réussi que de mélanger et transposer deux pièces de Molière pour construire le malheur de Georges Dandin, propriétaire terrien, qui veut échapper aux griffes de ses (futurs) beaux parents, nobles désargentés.

Je crois – ce qui répulse certains – qu’on peut toucher les textes appris à l’école, les modifier, les transposer, en gardant l’intention. On le fait pour Shakespeare, le Homard Bleu l’a fait pour Molière, et c’est une réussite.

Sur fond de crise de 29, et dans le Middle West, Georges Dandin va d’abord essayer d’échapper au mariage qu’il a rêvé avec Angélique (ça c’est pour la partie Mariage Forcé), puis d’y mettre fin devant l’infidélité d’Angélique (voilà Georges de la Dandinière)… mais les parents d’Angélique, nobles désargentés, veillent au grain, ce grain qui doit redorer leur blason. C’est l’histoire.

C’est l’histoire de Georges et Angélique, qui ne veulent de ce mariage ni l’un ni l’autre, et qui ne trouvent pas la force ou le courage de dire non, c’est pour mon empathie, j’ai souffert avec Georges, au lieu d’en rire comme on le fait habituellement.

C’est surtout un petit bijou de mise en scène, de jeu d’acteurs et d’éclairage. Là, j’applaudis des deux mains.

Une scène vide, 6 acteurs, les costumes de 20 personnages, un éclairage.

Avec ça, ils m’ont emmené dans une fête foraine, j’y ai croisé un homme tronc, un trapéziste, un nain psychopathe, deux soeurs siamoises voyantes. Une ambiance The Twilight Zone (ne touchez pas à votre téléviseur) glaçante où des personnage maléfiques travaillent de concert pour imposer un destin fatal à un innocent choisi par le hasard.

Vient le mariage (soyez attentif au baiser qui scelle le destin des époux), et sa suite que l’on voudrait plus légère, quand Clitandre revient prendre le coeur d’Angélique, avec la complicité de tous, mais la dépression le guette, à tous points de vue, on sent son épuisement, physique, nerveux, moral, qui conduit inéluctablement au retournement final, un grand « Mamour » venu des coulisses exprimera la frustration terminale.

Je les avais vu au début de l’année dans Le Bourgeois Gentilhomme, sur cette même scène du Ciné XIII que j’adore, j’avais trouvé qu’il y avait des idées et de la folie qui partaient un peu trop dans tous les sens. Idées et folie canalisées et amplifiées, le résultat est superbe, dire que la troupe est jeune !

Et puis ça faisait plaisir de les revoir si vite, Bertrand Mounier qui était une Madame Jourdain magistrale est toujours aussi bon, aussi élastique, il y a du Robert Hirsch dans cet homme là. Dans le rôle titre, Benjamin Duc, impressionnant. Léa Dauvergne est Angélique, j’adore sa voix, je me demande ce que ça donne quand (si) elle chante. Et puis Anne-Sophie Liban, Ivan Herbez, Matthias Fortune Droulez, aussi.

Un bravo spécial à Tamara Herbaud, dont la lumière crée une bonne part de la magie de la pièce, de son ambiance, allant jusqu’à reconstituer une séquence en mode cinéma muet.

La salle était un peu clairsemée pour un vendredi soir, et c’est dommage, ils méritent des salles pleines pour les applaudir, allez-les voir, vous ne le regretterez pas.

La page FaceBook de la compagnie

La pièce est éligible aux P’tits Molières

Le site du théâtre, ce bel écrin qu’est le Ciné XIII

La vie est une chienne, Jordan – Ciné XIII Théâtre

En une phrase : si vous vous demandez à quoi ça sert la vie, quand vous avez cessé d’être des enfants, pourquoi les choses ne se passent jamais comme prévu… les Capillotractés ont la réponse, ils se délectent de ces moments de joies où les rêves se trouvent soudainement anéantis par la réalité, ils savent rire de la vie et de ces grands moments qui nous construisent.

Une belle comédie de vie, ce soir, au Ciné 13 Théâtre, avec La vie est une chienne, Jordan. Ne pas oublier la virgule, qui donne tout son sens au titre… quand vous saurez qui est Jordan 😉

La Vie Est Une Chienne, Jordan, c’est une pièce pour une troupe, 5 comédiens (Margaux Bonin, Bertrand Lagnes, Julia Kouakou, Antoine Quintard, Max Millet) jouent Margaux, Bertrand, Julia, Antoine et Max, 5 amis qui vivent et ressentent, on les rencontre au spectacle de fin d’année de l’école maternelle, au moment où ils découvrent que le Père Noël n’existe pas, au moment où ils quittent l’enfance, à l’adolescence, à l’entrée dans le monde adulte, au premier mariage, j’en oublie forcément.

Les Capillotractés reconstituent pour nous chacun de ces moments, avec un trait précis, sans forcer le trait. J’ai ri à chaque tableau, d’émotion et non de moquerie, parce que c’est juste, c’est exactement ça. Chacun, tour à tour, connaitra son moment de solitude, le jeu de chacun m’a emmené dans une empathie totale.

Il n’y a pas de situation inextricable, d’intrigue alambiquée, pas de premier rôle mis en avant, il y a juste la vie telle qu’elle est, dans laquelle chacun prend tour à tour sa place, dont on peut rire ou pleurer, autant en rire, ça la rendra plus agréable. À nouveau, un rire d’émotion empathique, et non un rire de moquerie, je ne riais pas d’eux, je riais avec eux.

La pièce écrite par Margaux Bonin fonctionne, la troupe fonctionne, chacun sera tantôt devant, tantôt derrière. J’ai une admiration poussée pour la façon dont ils jouent le tableau pendant lequel les derniers lambeaux d’enfance disparaissent lorsqu’une princesse fête ses 12 ans.

C’est une pièce qui mérite le Prix Spécial du Jury, le prix qui récompense la pièce qui n’est ni la meilleure ci ni la meilleure ça, mais qui a fait le plus de bien.

J’ai aimé, Baroudeur a aimé.

Je devrais inventer la catégorie PastilleValda, pour les pièces de troupe qui font juste du bien, mais qui le font tellement bien, et y mettre Comédiens, vue deux fois l’an dernier au Théo Théâtre, et La Vie Est Une Chienne, Jordan, pourvu qu’ils prolongent, j’en veux encore. Parce que même si on continue à grandir…

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Porte de Montreuil – Ciné XIII

En une phrase : une discussion pleine de non sens entre deux amis

Deux amis se retrouvent, et discutent à bâtons rompus. Ils parlent de tout, du fonctionnement des moteurs, de la différence entre une chaussette trouée et une chaussette dépareillée, de la relativité de la position de l’Est et de celle de la gauche, de la relation compliquée (mais en vaut-elle le coup ?) entre les hommes et les femmes, de l’importance de la taille, de la façon dont on fait les crêpes, de l’impossibilité métaphysique de changer un tapis de salle de bain, de l’intérêt économique pour Robert de Niro d’ouvrir une pizzeria à New York. Ils parlent de rien, de ces petits riens qui font la vie, comment aller Porte de Montreuil. Avec la logique implacable des enfants pour qui, au fond, tout est possible.

On dirait deux ados qui babillent sur des sujets dont ils ne connaissent pas grand chose, et finissent toujours par se raccrocher à des branches bancales.

J’ai beaucoup aimé le texte de Léa Fazer. Il y a du Godot dans ce texte, du Père Ubu.

J’ai apprécié le jeu de Sébastien Barat et Aurélien Tourte. Je suis plus réservé sur la mise en scène, j’ai trouvé qu’elle en faisait trop, qu’elle dispersait l’attention, du coup je perdais le contact avec le texte, c’était dommage.

Moulins à Paroles – Ciné XIII

Une très bonne surprise, Moulins à Paroles au Ciné XIII, projet porté par Roxane Turmel et sa compagnie Babebibobu.

On suit, avec l’œil attentif d’un entomologiste caustique, le parcours de trois femmes enfermées dans les ravages d’un destin implacable.

Il y a Leslie, jeune actrice professionnelle, qui se laisse emmener pas à pas vers les bas fonds du cinéma trash. Il y a Rosemary, qui n’a véritablement d’autre intérêt que ses fleurs, et sa voisine Jeanne, qui a tué son mari (et continue à jardiner en prison) qui la faisait souffrir avec la complicité de celui de Rosemary. Il y a Suzanne, enfin, femme de vicaire, qui trouvera le salut dans la bouteille et les bras initiatiques d’un épicier indien. Trois destins désespérants, pour notre rire jaune, la larme au coin de l’oeil. Trois destins prenants, désespérants, glaçants. Trois destins de femmes touchantes de naïveté et d’impréparation à la vie, considérées et traitées comme des objets par les hommes qui les entourent.

C’est l’adaptation de trois des Talking Heads d’Alan Benett (il y en a dix autres !), monologues donnés pour la BBC en 1993.

Une pièce de théâtre avec un seul acteur, trois personnages, mais pas un seul en scène. Le texte est beau, le jeu de Roxane Turmel est juste. Il y a un vrai travail de mise en scène de Diane de la Croix, un beau travail de direction d’acteur, et ça se voit, ça se sent.

Avec une mention spéciale pour les transformations de Roxane Turmel entre chaque monologue, elle se transforme physiquement, elle change de personnage de façon impressionnante. Elle le fait en ombre chinoise, derrière un rideau, le spectateur l’accompagne, ça crée un sas bienvenu entre chaque destin, sans que l’attention ne retombe.

J’ai retrouvé (je suis le seul) dans ces trois femmes l’écho des personnages de Huis Clos.

Un seul regret, en fait, qu’il n’y ait pas eu un quatrième monologue.

Un grand BRAVO à toute l’équipe.

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HOBOBO – Ciné XIII Théâtre

En une phrase : la réponse aux questions essentielles de l’humanité, Qui sommes nous, D’où venons nous, Où allons-nous… comme jamais vous ne l’avez vue, qui fait de déjanté une notion raisonnable.

J’ai ri d’un bout à l’autre de la pièce, je crois que je n’avais jamais ri comme ça. Patrick de Valette arrive sur scène, il est le Professeur Hubert O Taquet, il nous raconte l’histoire de l’humanité.

Le spectacle est au cordeau, mélange de mime, de danse, de yoga, de jeu de scène. Délirant ? dans les moments de calme, alors. Déjanté ? le mot est bien raisonnable. À ce niveau là, il n’y a plus de mots. C’est un grand spectacle, un très grand spectacle. Un énorme boulot, un superbe résultat. L’homme est élastique, modelable. Il devient sous nos yeux.

Écrit et joué par Patrick de Valette, mis en scène par Isabelle Nanty, la folie des Chiche Capon est focalisée, amplifiée. Mais au fait, quand il n’y a qu’un seul des Chiche Capon, on fait quoi du S qu’on a enlevé alors qu’il n’y était pas ?

Les images se bousculent, comment vous convaincre de vous ruer pour… voir mimer une bactérie, une cellule, une algue, un varan, le poussin qui sort de l’oeuf… réaligner vos chakras d’une façon… revisiter Hare Krishna… savoir enfin à quoi sert un tampon avec applicateur….

Au fait, la bactérie consomme de l’acide et rejette de l’oxygène. Vous comprendrez sur place la saveur de l’allusion.

Je suis allé voir ce spectacle par curiosité, sur la double mémoire des Chiche Capon, vu à La Pépinière, et de la qualité de laprogrammation du Ciné XIII Théâtre. J’aurais du le mettre en tête de ma to see list, ex aequo avec le Don Quichotte du Théâtre 13, y emmener le ban et l’arrière ban de mes amis.

Le spectacle se donne jusqu’au 12 novembre, je ne doute pas un instant de sa carrière future, de la taille croissante des salles qui vont l’accueillir.

Pour ceux qui ne connaissent pas la salle du Ciné XIII Théâtre, les trois premiers rangs sont des grands canapés de cuir rouge, et la salle est en placement libre. Alors si vous voulez pouvoir dire « j’y étais vraiment bien », arrivez en avance, patientez devant la porte tout en bas… et savourez. Sans oublier de prendre un verre au bar ensuite, y attendre l’artiste, le féliciter.

Vous pouvez y aller en famille, avec votre +1 si sérieux, avec votre ado boudeur, avec votre enfant trop jeune pour sortir le soir. Baroudeur (7ans), PtiBonom (16 ans) et OliveOyl ont adoré. Il y avait aussi un petit Tom qui devrait se souvenir longtemps de son voyage initiatique.

La salle, complête, était en folie à la fin du spectacle.

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Matthieu(x) – Ciné 13 Théâtre

En une phrase : dans leurs cuisines, 3 couples très différents s’interrogent au sujet de leur fils, toujours un Matthieu plus artiste que conformiste.

Une pièce à message. Il semblerait que l’éducation et l’atmosphère parento-familiale n’ait qu’un impact limité sur le devenir d’un enfant. Trois familles, trois Matthieu(x). Ou un seul. Qui sait.

Bon, la mise en scène à 3 acteurs est imaginative, le décor amusant. Un des acteurs (Pierre Carbonnier) sort du lot.

Sinon la note d’intention prend la tête, et l’auteur prend un verre de vin rouge avant la représentation.

Je descends souvent dans ton coeur – Ciné 13 Théâtre

En une phrase : une femme vient de perdre sa mère, décédée d’un cancer, et revit les grandes étapes de sa vie, de leur vie.

Entre  « ma mère est morte d’un cancer » et « regardez comme je suis bien conservée, pourtant adolescente j’étais plutôt pataude », ce n’est plus du pathos, c’est la psychothérapie de l’auteur. Bref, c’est lourd.

Et pourtant, j’ai passé un bon moment. Non, pas le pathos. Le jeu de la jeune actrice, Lou Chauvain. Elle a tenu la pièce ce soir. C’est un diamant brut, cette « gamine ». Qu’elle prenne grande confiance en son potentiel. qu’elle se dégage des influences qui minent sa confiance en elle (ça, c’est l’avantage de prendre un verre sans comparse, on peut avoir les oreilles qui trainent).

Mirame – Ciné 13 Théâtre

En une phrase : l’héroïne, amoureuse d’un torero, finira dans l’arène parce qu’elle va au bout de ses passions.

Un beau moment de théâtre au Ciné13, ce soir. Claire Guionie, seule sur scène, nous emmène dans une belle leçon de vie, où se mêlent l’amour et la passion, l’amour de l’autre, la passion qui nous conduit au bout des choses. Quand l’autre est torero, la passion peut aller très loin.

Claire Guionie (elle a aussi écrit le texte) nous donne sa réponse, et c’est sans doute aussi ma réponse, c’est pour ça que j’ai aimé cette pièce. Si on vit sa passion avec sincérité, si on va avec sincérité au bout de la passion, alors on est consumé, fini. Brûlons sur le bûcher de la passion, plutôt que de ne pas la vivre.

Peut-être un peu féministe, aussi, Elle ira au bout de la passion, là où Lui n’a pas su aller. Avec sincérité. Pour un dernier instant.