Le mariage forcé de Georges Dandin – Ciné XIII Théâtre

En une phrase : pari réussi que de mélanger et transposer deux pièces de Molière pour construire le malheur de Georges Dandin, propriétaire terrien, qui veut échapper aux griffes de ses (futurs) beaux parents, nobles désargentés.

Je crois – ce qui répulse certains – qu’on peut toucher les textes appris à l’école, les modifier, les transposer, en gardant l’intention. On le fait pour Shakespeare, le Homard Bleu l’a fait pour Molière, et c’est une réussite.

Sur fond de crise de 29, et dans le Middle West, Georges Dandin va d’abord essayer d’échapper au mariage qu’il a rêvé avec Angélique (ça c’est pour la partie Mariage Forcé), puis d’y mettre fin devant l’infidélité d’Angélique (voilà Georges de la Dandinière)… mais les parents d’Angélique, nobles désargentés, veillent au grain, ce grain qui doit redorer leur blason. C’est l’histoire.

C’est l’histoire de Georges et Angélique, qui ne veulent de ce mariage ni l’un ni l’autre, et qui ne trouvent pas la force ou le courage de dire non, c’est pour mon empathie, j’ai souffert avec Georges, au lieu d’en rire comme on le fait habituellement.

C’est surtout un petit bijou de mise en scène, de jeu d’acteurs et d’éclairage. Là, j’applaudis des deux mains.

Une scène vide, 6 acteurs, les costumes de 20 personnages, un éclairage.

Avec ça, ils m’ont emmené dans une fête foraine, j’y ai croisé un homme tronc, un trapéziste, un nain psychopathe, deux soeurs siamoises voyantes. Une ambiance The Twilight Zone (ne touchez pas à votre téléviseur) glaçante où des personnage maléfiques travaillent de concert pour imposer un destin fatal à un innocent choisi par le hasard.

Vient le mariage (soyez attentif au baiser qui scelle le destin des époux), et sa suite que l’on voudrait plus légère, quand Clitandre revient prendre le coeur d’Angélique, avec la complicité de tous, mais la dépression le guette, à tous points de vue, on sent son épuisement, physique, nerveux, moral, qui conduit inéluctablement au retournement final, un grand « Mamour » venu des coulisses exprimera la frustration terminale.

Je les avais vu au début de l’année dans Le Bourgeois Gentilhomme, sur cette même scène du Ciné XIII que j’adore, j’avais trouvé qu’il y avait des idées et de la folie qui partaient un peu trop dans tous les sens. Idées et folie canalisées et amplifiées, le résultat est superbe, dire que la troupe est jeune !

Et puis ça faisait plaisir de les revoir si vite, Bertrand Mounier qui était une Madame Jourdain magistrale est toujours aussi bon, aussi élastique, il y a du Robert Hirsch dans cet homme là. Dans le rôle titre, Benjamin Duc, impressionnant. Léa Dauvergne est Angélique, j’adore sa voix, je me demande ce que ça donne quand (si) elle chante. Et puis Anne-Sophie Liban, Ivan Herbez, Matthias Fortune Droulez, aussi.

Un bravo spécial à Tamara Herbaud, dont la lumière crée une bonne part de la magie de la pièce, de son ambiance, allant jusqu’à reconstituer une séquence en mode cinéma muet.

La salle était un peu clairsemée pour un vendredi soir, et c’est dommage, ils méritent des salles pleines pour les applaudir, allez-les voir, vous ne le regretterez pas.

La page FaceBook de la compagnie

La pièce est éligible aux P’tits Molières

Le site du théâtre, ce bel écrin qu’est le Ciné XIII

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