
L’Art d’être mon Père à La Reine Blanche : Julie Timmerman, seule en scène, sert avec précision son texte fin et acéré, l’épopée que devient la création du spectacle de fin d’année d’une classe de CM2 qu’un metteur en scène visionnaire et bipolaire prend en charge pour passer du temps avec sa fille dont il vit séparé.
Sur la scène, une chaise en bois. Julie Timmerman l’apporte au centre de la scène, s’assied. Bonjour, les enfants. Moi, je suis le papa de Zoé. Coucou ma Fifille.
Zoé est en CM2, et son papa, c’est Jacques Tourneur, metteur en scène pour l’instant sans engagement. Les parents de Zoé se sont séparés, et son père vient mettre en scène le spectacle de fin d’année, pour pouvoir passer du temps avec sa fille. Une répétition par mois, il va falloir faire avec. Comme il va falloir faire avec les visions de grandeur du père, son incapacité à respecter un cadre, et les règles de l’éducation nationale. Pas facile, quand ce père est aussi maniaco dépressif (maintenant on dit bipolaire) que capable d’emmener une foule accomplir ses rêves. Et le spectacle de fin d’année… dans la cour de l’école, sur une bande son… vraiment ?
J’ai savouré le texte fin de Julie Timmerman, et la précision acérée avec lequel elle le sert. Seule sur scène pour donner vie à une dizaine de personnages, dont beaucoup d’enfants, pour les emmener dans une épopée ponctuée par les événements de la vie familiale de Zoé, entre son père et sa mère. Ici, pas de mouvements grandiloquents, pas d’accents forcés. Un travail précis de la voix et de la gestuelle, un visage utilisé comme un masque vierge sur lequel deux détails se dessinent, le personnage est là. On est bien au théâtre, où les situations sont jouées, pas dans l’univers du conte, où elles sont dites. Structurées par des virgules musicales et sonores qui installent une ambiance en quelques secondes, dans une lumière qui crée petit à petit une impression d’enfermement. Ponctuées par des morceaux de bravoure et des hommages à quelques films cultes.
J’ai vécu L’Art d’être mon Père comme une exploration rythmée, acidulée et pleine d’humour. Une plongée dans l’univers d’un homme enfermé dans ses obsessions, qui sait quand il faut user pompeusement de son immense culture ou se dissimuler derrière des maximes dont chacune pourrait faire le titre d’un livre de développement personnel. L’eau forte d’un théâtre de certaines années qui se voulait porter les valeurs d’un monde ouvrier dont il ignorait tout. La psychologie et la finesse de l’enfant de dix ans, qui veut tout sauf sortir de l’anonymat protecteur du groupe, qui a sa façon est le socle sur lequel chacun de ses parents va à son tour s’appuyer.
Avec L’Art d’être mon Père, Julie Timmerman signe un seul en scène fin et inspiré, autour d’un sujet très intime. La tension s’installe, monte, descend, remonte. Je ne peux pas ne pas faire de parallèle avec Le Cercle des Poêtes Disparus, une scène vous donnera la référence. La grande différence ? Julie Timmerman vous permet de comprendre la position de chacun des protagonistes, sans caricature.
Au Théâtre de la Reine Blanche jusqu’au 15/02/26
Mercredi, vendredi : 21h00; dimanche 18h00; Me 04/02 : 14h30
Durée : 1h00
Avec : Julie Timmerman
Texte : Julie Timmerman
Collaboration artistique et création lumières : Philippe Sazerat
Musique : Benjamin Laurent
Création sonore : Paul Guionie, Maxime Tavard
Costumes : Dominique Rocher
Visuel : DR
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com