L’analphabète

Un beau texte servi par une grande actrice, c’est essentiel.

Une grande scène vide. Catherine Salviat arrive. Elle est Agota Kristof. Elle raconte. Se raconte.

Elle raconte sa vie, son enfance en Hongrie, son adolescence en internat, son départ forcé pour l’Autriche, son arrivée à Neuchâtel. Son accoutumance à un nouveau monde. Elle savait lire à 4 ans, elle écrivait des poèmes, un journal. Elle apprend une nouvelle langue, à la parler, la lire, l’écrire. Connaîtra le succès dans sa nouvelle langue. Se sentira toujours une étrangère. Une analphabète.

L’analphabète est autant une histoire personnelle qu’un témoignage. Le témoignage d’une femme déracinée. Elle n’avait rien, sauf la lecture, l’écriture. Elle a tout quitté. Elle a été accueillie. On (mais qui est on ?) lui a donné un logement, plus grand. Un travail. Une langue. On l’a éditée. Primée. Trente ans après, au fond d’elle même, elle n’est pas heureuse. Si elle était restée, aurait-elle été heureuse ? Elle aurait écrit. Dans sa langue maternelle. Sans se sentir analphabète.

La langue est belle, le texte est beau, il interroge. On pourrait penser qu’elle a tout eu, et de la chance, qu’on ne pouvait rien faire de plus pour qu’elle se sente enfin chez elle. Mais était-ce possible ? La question est toujours actuelle.

Catherine Salviat est Agota Kristof. Toute en finesse, en sobriété. Fragile. Elle vient, se souvient, raconte. Va, revient. Son regard va chercher les mots, le texte semble naître sous nos yeux, dans l’instant, il naît, elle touche, elle emporte. La lumière ponctue, illustre, soutient. C’est du théâtre, du bon théâtre, qui permet au spectateur de faire son travail, les images viennent dans sa tête. Une petite fille dans un sous sol, sa mère emballe de la mort aux rats, elle ne lui demande pas de quoi payer le cordonnier. Une femme dans une usine, elle note quelques mots sur un papier, dans un tiroir, au rythme des machines.

Trois raisons pour aller voir l’Analphabète ? Parce que le texte est beau. Parce que Catherine Salviat est magistrale. Parce que l’interrogation est actuelle.

A l’Artistic Théâtre jusqu’au 28 décembre 2019
Mardi : 19h00 / mercredi-jeudi : 20h30 / vendredi : 19h00 / samedi : 16h00 / dimanche : 15h00

Texte : Agota Kristof
Avec : Catherine Salviat
Mise en scène : Nabil El Azan

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