Tomber dans les arbres aux Déchargeurs

Tomber dans les arbres aux Déchargeurs : Camille Plocki nous invite à l’enterrement festif de son grand père Maurice, nous emmène dans une réflexion sur l’importance des chants de l’enfance pour la mémoire de l’histoire, pour la solidité des racines

Sur la scène, les réglages finissent, Camille Plocki se chauffe la voix, enchaînant des noms d’artistes, d’hommes politiques, de Pablo Escobar. Léo Bahon, à la régie, accorde sa guitare. Au mur, une photo de Maurice Plocki. Dernières vérifications. Il y a toujours une drôle d’ambiance aux enterrements…

Le ton est donné. Vous connaissez Maurice Rajsfus, homme de gauche, écrivain, juif revenu des camps de concentration, historien, militant. Ce n’est pas lui que Camille Plocki enterre, c’est Maurice Plocki, Pépé. Vous connaissez le grand homme, mieux qu’elle ne connaissait son grand père, qui ne lui a rien dit.

A son enterrement, Camille Plocki comment il la perdait dans ses leçons d’histoire, comment elle le touchait en chantant. Elle a appris les chansons de son enfance à lui, celles que sa mère, venue de Pologne et disparue dans les camps, lui chantait doucement quand il était petit.

C’est une double histoire qu’elle porte, maintenant. L’histoire de l’homme célèbre, l’histoire de sa famille, ceux qui sont morts dans les camps, ceux qui sont revenus, sans oublier celui, le voisin Mulot, qui les y a menés. Une double histoire, une double mémoire.

Soutenue par Léo Bahon, elle utilise sa voix et ses loopers pour créer une ambiance joyeuse, presque festive, où les chansons, militantes ou d’enfance sont là pour porter la mémoire, pour porter l’histoire. Quand les chansons ne suffisent pas, les images prennent le relais. Elle a diablement raison. Sa réflexion m’a renvoyé à tous ces moments où je me suis réfugié dans une chanson. Christophe. The end. Somewhere we go.

C’est important, la musique, celle qu’on a dans le cœur, celle qu’on reçoit avec ses tripes. Celle qui fait de vous un tronc, solide, capable d’assurer le passage de l’histoire. Cette histoire familiale, toujours intime même quand elle se mêle à la grande, qu’on reçoit de ses racines, qu’on transmet aux branches qui demain deviendront des troncs.

C’est important, les chants de l’enfance. Sans eux, sans leur transmission, les racines s’atrophient, le souvenir disparaît dans le vague. Grace à eux, comme une graine emporter par le vent, on peut se poser, trouver son endroit, celui où on est chez soi, celui où on se sent ancrer dans le sol, celui où on peut solidement laisser pousser ses branches, pour que le cycle recommence.

C’est un spectacle atypique, de ces spectacles dont on sort la tête embrumée, dont la vérité ressort le lendemain.

Il y a toujours une drôle d’ambiance aux enterrements…

Aux Déchargeurs jusqu’au 23/12/2022
Jeudi – vendredi : 19h15

Texte : Camille Plocki
Avec : Camille Plocki
Collaboration artistique : Mohamed Bouadla, Léo Bahon

Visuel : Bruno Clément

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