Achille’s Family – GAF GIG

Superbe moment que ce concert d’Achille’s Family.

De la bonne musique funk, celle qui fait se lever les invalides et se remuer les culs serrés.

Configuration oblige, ils étaient en configuration restreinte, à 5, basse, guitare, cornet/clavier, choriste, sous les baguettes de Léo Anabia, chanteur/batteur/leader, on ne se lance pas dans les parallèles, mais quand le batteur prend le lead, ça donne des grandes choses.

Ils se produisent aussi à huit, et puis sur des grandes scènes… là, on ne compte plus.

Achille’s Family, c’est de la joie de vivre à l’état pur, d’ailleurs c’est le nom de leur premier album, et d’un de leurs titres, Life is Beautiful.

Avec une mention particulière pour Laura Etchegoyhen, je ne le dis pas parce qu’elle est de Cherraute (les initiés comprendront), mais elle a une voix superbe.

J’ai aimé leurs titres à eux, adoré leurs reprises (ah… Prends la route !). Ils y avait un univers, une joie de vivre. Les sons du cornet de Philippe Antoine, les solos de la guitare de Romain Domergue, la première fois du bassiste.

Leur soif de vivre est contagieuse, l’assistance entière, debout depuis le premier tiers du concert, a pris des percussions, la performance est devenue globale, tout le monde profitait de la vie.

Ils vont bientôt sortir leur nouvel album. Réservez-le.

Bigre – Théâtre Tristan Bernard

Baroudeur et Fléchette ont voulu revoir Bigre, alors on y est retournés, à nouveau au premier rang de balcon, l’endroit d’où on est le mieux placé pour goûter la pièce. A cour, cette fois-ci, la dernière fois on était à jardin, un point de vue un peu différent, une perspective un peu différente.

J’ai retrouvé les gags explosifs que j’avais adorés en juin dernier, vu des détails qui m’avaient échappés. Certaines pièces passent en roue libre quand elles durent, l’équipe de Bigre tient le choc, ils jouent , ils jouent bien, ils jouent chaque détail à fond. Au contraire, est-ce le jeu de l’attention qui attend le gag, j’ai eu le sentiment que chaque détail avait été revu, poussé, travaillé.

Je les ai revus comme on revoit des amis, les mines de Pierre Guillois en particulier, toujours magique, toujours fascinant, en particulier. Ils sont toujours aussi maladroits, rien de ce qu’ils tentent ne réussit, c’est leur vie.

Un geek maniaque de la propreté, un écolo barbu, une parisienne maladroite, l’un a un peu grossi, le second a amélioré ses grimaces, les cheveux de la troisième ont poussé. Les gags s’enchainent, les cataclysmes aussi, ils tentent de maitriser leurs vies, rien ne fonctionne, et les sentiments non plus. On rit de leur maladresse pour ne pas s’interroger sur notre chance ? Sans doute, et ça fait du bien !

Plus ça va, moins ça va, plus les défaillances de la mécanique et des cœurs pourraient les toucher, plus elles les touchent, jusqu’au paroxysme final, quand leur joie fait exploser le happy end.

La salle, comme la première fois, était pliée, et a longuement applaudi à la fin.

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Le Jeu de l’Amour et du Hasard – La Folie Théâtre

En une phrase : une version acidulée et transgressive de la pièce de Marivaux, exactement comme je les aime.

On ne refait pas Marivaux, une transgression vue avec bienveillance bouleverse le monde, et à la fin tout revient en place. On ne le refait pas, mais on le transpose, et quand, comme le fait Ewa Rucinska dans la version que j’ai vue hier soir à La Folie Théâtre, je trouve ça magique.

Le jeu de l’amour et du hasard, Silvia doit épouser Dorante, et pour le mieux jauger, se fait passer pour sa suivante, pendant que Dorante, pour les mêmes raisons, se fait passer pour son serviteur, deux couples vont se former, chacun étant écartelé entre l’attrait de l’autre et la peur de ce qui se passera quand cet autre découvrira son état réel.

La mise en scène d’Ewa Rucinska et les costumes d’Ela Tolak, m’ont emmené dans un monde coloré et acidulé, ailleurs et intemporel. Un monde poétique, aussi, quand les oiseaux roucoulent, quand les lumières dansent dans l’obscurité. J’y ai trouvé des échos de Tim Burton dans le couple Silvia Dorante, mâtiné d’un zeste de Rowan Atkinson dans le couple Lisette Arlequin pour détendre l’atmosphère.

La tension de la relation entre Dorante et Silvia est poussée à son paroxysme, je ressentais la pression physique irrésistible qui emplissait les deux personnages, et les liait peu à peu, on n’est pas dans le registre la séduction policée du texte déclamé, on est dans le registre de la passion animale qui griffe, crache et dévore. Ca reste Marivaux, la passion animale dévore, mais à la fin elle ne brûlera pas, chacun retrouve sa place.

Tiphaine Sivade était solaire, elle a donné une Silvia féline aux airs de fausse ingénue au fond pas sage du tout, Victor Bouis subissant son charme et ses manipulations avec pudeur et panache.

Dans les seconds rôles, j’ai particulièrement apprécié Anthony Fernandez, Mario lunaire et mystifiant, si vous allez voir la pièce à La Folie Théâtre, tournez parfois la tête vers le fond de la salle, il est peut-être là.

Le public était conquis, il aurait volontiers donné un ou deux rappels de plus.

PS : la pièce est éligible aux P’tits Molières

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La vie est une chienne, Jordan – Ciné XIII Théâtre

En une phrase : si vous vous demandez à quoi ça sert la vie, quand vous avez cessé d’être des enfants, pourquoi les choses ne se passent jamais comme prévu… les Capillotractés ont la réponse, ils se délectent de ces moments de joies où les rêves se trouvent soudainement anéantis par la réalité, ils savent rire de la vie et de ces grands moments qui nous construisent.

Une belle comédie de vie, ce soir, au Ciné 13 Théâtre, avec La vie est une chienne, Jordan. Ne pas oublier la virgule, qui donne tout son sens au titre… quand vous saurez qui est Jordan 😉

La Vie Est Une Chienne, Jordan, c’est une pièce pour une troupe, 5 comédiens (Margaux Bonin, Bertrand Lagnes, Julia Kouakou, Antoine Quintard, Max Millet) jouent Margaux, Bertrand, Julia, Antoine et Max, 5 amis qui vivent et ressentent, on les rencontre au spectacle de fin d’année de l’école maternelle, au moment où ils découvrent que le Père Noël n’existe pas, au moment où ils quittent l’enfance, à l’adolescence, à l’entrée dans le monde adulte, au premier mariage, j’en oublie forcément.

Les Capillotractés reconstituent pour nous chacun de ces moments, avec un trait précis, sans forcer le trait. J’ai ri à chaque tableau, d’émotion et non de moquerie, parce que c’est juste, c’est exactement ça. Chacun, tour à tour, connaitra son moment de solitude, le jeu de chacun m’a emmené dans une empathie totale.

Il n’y a pas de situation inextricable, d’intrigue alambiquée, pas de premier rôle mis en avant, il y a juste la vie telle qu’elle est, dans laquelle chacun prend tour à tour sa place, dont on peut rire ou pleurer, autant en rire, ça la rendra plus agréable. À nouveau, un rire d’émotion empathique, et non un rire de moquerie, je ne riais pas d’eux, je riais avec eux.

La pièce écrite par Margaux Bonin fonctionne, la troupe fonctionne, chacun sera tantôt devant, tantôt derrière. J’ai une admiration poussée pour la façon dont ils jouent le tableau pendant lequel les derniers lambeaux d’enfance disparaissent lorsqu’une princesse fête ses 12 ans.

C’est une pièce qui mérite le Prix Spécial du Jury, le prix qui récompense la pièce qui n’est ni la meilleure ci ni la meilleure ça, mais qui a fait le plus de bien.

J’ai aimé, Baroudeur a aimé.

Je devrais inventer la catégorie PastilleValda, pour les pièces de troupe qui font juste du bien, mais qui le font tellement bien, et y mettre Comédiens, vue deux fois l’an dernier au Théo Théâtre, et La Vie Est Une Chienne, Jordan, pourvu qu’ils prolongent, j’en veux encore. Parce que même si on continue à grandir…

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Le Cirque Invisible – Théâtre du Rond Point

En une phrase : vous voulez prendre un bol de poésie pure ? Une leçon de jeunesse ? alors ruez-vous au Rond-Point !

Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée promènent leur spectacle sur les scènes du monde depuis… 30 ? 40 ? ans, je ne sais pas combien de fois je l’ai vu, et à chaque fois c’est le même choc.

Jean-Baptiste Thierrée entre en scène, je commence à sourire, j’ai envie d’applaudir à chaque instant, et ce jusqu’à la fin du spectacle.

Il y a Jean-Baptiste Thierrée, son sourire bienveillant, ses tenues, ses valises pleines d’histoires et de magie rêveuse et mélancolique.

Il y a Victoria Chaplin, ses costumes oniriques, ses transformations sous nos yeux, oui, sa souplesse, aussi. Elle donne vie à des animaux fantastiques, fantasmagoriques, un rêve magique.

Le Cirque Invisible, c’est de la poésie. De la poésie pure, de la poésie à l’état brut. De la poésie pour les yeux, de la poésie pour le cœur. J’en voudrais encore, et encore, et encore.

Une part d’habitude, le rendez-vous avec de vieux amis ? Pour le spectacle des parents, pour ceux du fils, le Rond-Point est l’écrin idéal (mais c’est plus simple d’aller voir James à Massy), oui, c’est vrai, c’est comme un rendez-vous avec de vieux amis, de vieux amis que j’ai toujours autant de plaisir à voir à chacun de leurs passages.

Parce que la poésie, le rêve, le sourire, à ce niveau, il ne faut pas s’en priver, surtout pas, il faut, peut-être, savoir en abuser.

Je viens d’aller voir. Il est né en 1937, elle est née en 1951. Hier soir, j’ai trouvé qu’il avait pris un petit coup de vieux, qu’elle ne bougeait pas. Mais c’est pas un coup de vieux qu’on prend, c’est une intense leçon de jeunesse, de le voir, presque 80 ans, sur scène pour notre plaisir, pour son plaisir, souriant et bienveillant.

Ils sont là jusqu’à dimanche prochain. J’dis ça, j’dis rien, il reste quelques places pour ces représentations exceptionnelles, « qui sort de l’ordinaire par ses valeurs, ses qualités », mais putain, ils sont tellement au delà de l’ordinaire par leurs valeurs et leurs qualités qu’il faudrait inventer un mot rien que pour eux.

Si j’ai aimé ? OUI !

Pour réserver ? C’est là : le site du théâtre

 

L’affaire de la rue de Lourcine – Comédie Nation

En une phrase : un homme se réveille sans aucun souvenir de la nuit qui vient de s’écouler, et s’imagine, à la lecture du journal du matin, être le meurtrier d’une charbonnière.

Très agréable moment à la Comédie Nation, hier soir.

Je crois qu’on peut jouer avec un texte, le transformer, en gardant les émotions (ou les idées) que l’auteur a voulu transmettre (ou du moins celles que l’adaptateur a éprouvées). Là, j’ai été servi, le texte n’est pas dit. Il est là, il rythme la pièce, on sent qu’il se déroule dans la bouche des acteurs, qu’ils ne le prononcent pas, qu’ils rajoutent de l’énergie dans l’expression de leurs émotions. Comme dans un vieux film muet, ils se figent parfois, comme dans un vieux film muet, l’action se fige et des surtitres donnent une explication, un éclairage, quand c’est par trop nécessaire.

La mise en scène de Sylvain Fougères situe la pièce dans un espace temps indéfini, une décoration Art Déco, un mode de vie fin dix-neuvième siècle, un épilogue tout début vingtième, on est hors du temps et de l’espace. J’ai été convaincu par le jeu de Sylvain Fougères (Lenglumé) et d’Emmanuelle Guesde (Norine). Je me demande encore si, comme dans une pièce classique, le rythme du jeu commandait la régie, ou si les acteurs « dansaient » sur la bande sonore.

Prendre une pièce, même courte, garder le rythme du vaudeville sans prononcer le texte, c’est un vrai défi pour l’attention, qui ne peut se relâcher (heureusement, il y a quelques séquences en ombre chinoise bienvenues pour la reposer). Je me suis pris à cette attention, au point d’être presque déstabilisé par la scène finale, quand les choses retournent à la normalité.

Bref bravo à l’équipe de W!P qui a mené à bien ce projet, c’est forcément un pari, je le trouve réussi.

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Félicie – théâtre du Gymnase

En une phrase : l’initiation de Félicie, jeune ingénue qui a réclamé à sa marraine le don de plaire, et qui fait l’expérience de la passion.

J’aime bien le théâtre de Marivaux, quand on joue avec, quand on met l’emphase sur le milieu transgressif de la pièce plus que sur la fin moralisatrice.

Le flyer annonçait clairement les choses, la lettre serait respectée. Costumes d’époque, vers scandés d’une façon telle que les acteurs font des pauses au milieu des phrases, emphase mise sur la morale. Eclairage étrangement travaillé, ou positionnement hasardeux, les acteurs se retrouvent souvent un peu en dehors de la tache de lumière.

J’ai bien aimé le début, la première scène, avec un parti pris très Disney. Avec une mention pour le jeu de Bienveillance, Vertu et Tentation, plus convaincant que celui du reste de la troupe.

OliveOyl, qui avait choisi de voir cette pièce, a été « déçue, en particulier par le jeu de Félicie ».

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La vie de Célestine – Aire Falguière

En une phrase : la vie de Célestine, femme de chambre, dans un bel ensemble de théâtre et de danse.

Une fois passé le pathos seconde moitié du dix neuvième siècle (oui, la bourgeoisie industrielle montante a écrasé la classe populaire dont elle était issue), je me suis laissé emporter par ce spectacle, je vais aussi au théâtre pour me  laisser submerger d’émotions, et j’ai été servi.

Admettons, comme le pense OliveOyl, que je suis aussi bon client des pièces où une actrice totalement habitée par son projet vit son texte appuyée sur deux faire valoir à l’utilité discutable.

Je me suis laissé emporter par le jeu de Patricia Piazza-Georget et des Filles de Gaia, mélange de théâtre et de danse avec un zeste de masque, on sent la rigueur de la danseuse classique dans le jeu de Patricia Piazza-Georget, la précision dans ses transformations, j’ai apprécié les pauses dansées par la danseuse (Emmanuelle Klein ou Cécile Carton), qui apportent un répit dans la tension, un peu de beauté dans un monde brutal. J’ai été moins convaincu par le jeu de Charlotte Piazza-Georget (ok, elle chante), qui lâche quand la danseuse tient et tient encore (le regard, par exemple).

La scène est dépouillée, la mise en scène au cordeau, la lumière superbe, rien n’est inutile, tout porte et emporte une émotion.

Célestine livre son âme, elle se met à nu devant nous, on vit avec elle les drames, parfois drolatiques, souvent dramatiques – quand on rit on rit jaune – d’une vie dans laquelle elle essaye de ne pas sombrer, jusqu’à une fin à laquelle elle ne pouvait échapper. C’est noir, c’est rouge. J’avais besoin de me réchauffer en sortant.

J’ai, aussi, apprécié l’initiative du théâtre de faire se rapprocher les spectateurs massés au dernier rang, c’est mon côté « au premier rang, dans les petites salles, on a une émotion qu’on n’aura jamais du vingtième rang d’une belle salle à l’italienne ».

Bref, malgré le sujet, je me suis laissé emporter par Le Journal de Célestine, j’ai fermé mon cerveau, ouvert mon coeur, et me suis laissé submerger par les émotions.

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Légende – La Folie Théâtre

En une phrase : l’épopée médiévale et déjantée du chevalier Banal pour retrouver sa princesse, ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants (surtout l’un d’entre eux).

La pièce commence en fait 10 minutes avant l’heure. On entre dans la salle en avance, le désordre est déjà installé, et ne nous quittera plus.

Le pitch ? C’est le bordel, à 5 minutes du lever de rideau, il n’y a de présent qu’un seul acteur, et le régisseur. Rapidement rejoints par un animateur de la ville de Paris – celui qui a perdu la troupe dans les catacombes, ils improvisent la pièce à trois. Les rôles sont interprétés successivement par chacun des acteurs, les tableaux se succèdent dans un univers où le non sens est roi, le chevalier (ben oui, c’est à l’époque médiévale, il y a un chevalier, un roi, une princesse, une marâtre, un fou, Boucle d’Or, le Petit Chaperon Rouge, une fée qui refuse de travailler, Esméralda, un ours qui ne sait plus très bien s’il n’est pas un loup…), le chevalier, donc, est successivement maigre et dégarni, noir bedonnant et chauve, décharné et chevelu…

La troupe des Trimarrants, le trio burlesque des Tombés de la Lune, joue avec la salle, dans la salle autant que sur la scène, c’est déjanté, ça pétille dans tous les sens, on rit à gorge déployée, ça tombe bien, c’est ce qu’on attendait, c’est pour ça qu’on était venus, et on a été servis. Et largement, généreusement servis, la mise en scène de Jérôme Côme ne laisse aucune place à un quelconque moment de mélancolie, de réflexion dramatique. C’est de l’humour britannique, du non sense à l’état brut, on y trouve des effluves de Monty Python, le rythme de Benny Hill. Le parti pris est de nous faire rire sans trop tenir compte de ce qui est politiquement correct, sans forcer l’exagération. C’est un art, de savoir ne pas forcer l’exagération. Hier soir, Jérôme Côme, Jo Freeman et Félix Debarre surfaient parfaitement sur la limite.

La pièce n’est pas très longue (soyez un peu en avance !), elle se donne à 20h00, elle est parfaite pour un moment de rigolade en famille, ne vous privez pas de ce plaisir. Nous, on a adoré.

Baroudeur a adoré, OliveOyl a ri et l’a qualifiée de déjanté, Fléchette était aux anges d’avoir fait entonner Une Souris Verte à la salle entière.

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Columbo – théâtre Michel

En une phrase : le lieutenant Columbo élucide le meurtre d’une femme par son mari psychiatre manipulateur. Pour ceux qui n’ont pas connu les années 70, Columbo est le héros d’une série éponyme, un enquêteur fouineur et têtu, revêtu d’un imperméable miteux, fumeur de cigare, et attaché aux détails insignifiants.

Les épisodes duraient une heure, la pièce dure une heure quarante. Alors, forcément, c’est lent. Très lent. Si lent que pour la première fois Baroudeur s’est endormi au théâtre. D’un autre côté, il ne fallait pas brusquer la salle, la moyenne d’âge était… élevée, disons que le public était là pour la nostalgie de ses vertes années, et non pour découvrir le charme des 60’s à Los Angeles.

La pièce se passe tantôt dans le cabinet du psychiatre, tantôt dans son salon, un ballet dans la pénombre permet la transformation en quelques minutes. Ces transformations sont les moments qui ont le plus eu mon attention, veiller à chaque détail, me demander à quoi sert le panneau qui n’est pas tourné (spoiler : il s’agit en fait de la réserve d’alcool dans le cabinet du psychiatre)

La pièce se donne 7 fois par semaine depuis un mois et demi, elle s’est installée dans ses pantoufles, ronronne doucement, ça se sent. Martin Lamotte se demande manifestement ce qu’il fait là, il fait le job, sans le moindre plus, un Columbo plus lymphatique que nature. Heureusement Pierre Azéma fait quelques efforts, il donne un Roy Flemming manipulateur et pervers qui sauve (un peu) ma soirée.

OliveOyl a trouvé la pièce longue, et lente. Baroudeur a suivi « sauf la partie où je me suis endormi ». Le public figé s’est réveillé, a applaudi poliment, s’est laissé arracher un second rappel malgré lui.

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Je veux voir Mioussov – Théâtre Adyar

Heureusement qu’il reste des troupes d’amateurs passionnés pour monter des pièces avec autant de personnages dans des salles de taille modeste.

Je veux voir Mioussov, c’est du boulevard bien enlevé, qui se passe en Union Soviétique, avec des portes qui claquent, des quiproquos etc. Un chef bureaucrate se repose, c’est Mioussov, un bureaucrate consciencieux a besoin d’une signature, ajoutez une foldingue mariée à un professeur à grosses lunettes, une ouvrière d’élite qui n’a pas revu son mari marin depuis 18 mois, une maison de repos avec une directrice, un médecin…

J’ai retrouvé l’ambiance d’Au Théâtre Ce Soir, ce jour là ça faisait du bien.

Et puis la troupe s’amusait, ça faisait plaisir. Il semble que la pièce soit donnée régulièrement par des troupes amateurs, justement parce qu’il y a plein de rôles, si on vous y convie, ne boudez pas votre plaisir.

Le Vilain Petit Canard – Pirate’s GIG

Premier Pirate’s GIG, hier soir, on avait demandé au Vilain Petit Canard, qu’on avait vu en juin dernier au théâtre Pixel, de venir jouer pour les Pirates et une vingtaine de leurs amis.

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On a retrouvé la beauté du conte d’Andersen, la sensibilité de l’interprétation qu’en donne Pascal. On a rencontré Eric, écouté sa démarche, son histoire, l’histoire de la compagnie Passe à l’Acte, de belles histoires, de belles personnes. Pascal, c’est le clown d’Eric. Beaucoup d’émotions hier, beaucoup d’émotions ce matin, quand on a reparlé de tout ça, autour de la table du petit déjeuner.

Les Pirates et leurs amis ont écouté, pas toujours attentifs au début, totalement pris par l’histoire à la fin.

Pascal s’est éclipsé, et puis Eric est parti, pris par le temps.

Les enfants se sont mis à jouer, toujours une vingtaine, ils sont allé dans la chambre, ils étaient silencieux, c’est inquiétant, vingt enfants calmes dans une chambre, derrière une porte fermée. Alors j’ai entrebâillé la porte, pour jeter un œil. Ils étaient là, à se rejouer la pièce, debout sur la table à essayer de s’envoler comme Le Vilain Petit Canard devenu cygne.

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Doucement, j’ai refermé la porte.

Le duelliste – Théâtre Darius Milhaud

J’essaye toujours de trouver quelque chose de positif dans les pièces que je vois. Cette fois-ci, je n’y arrive pas.

Le Duelliste rentre dans la catégorie des Seuls en Scène où un acteur figé dit un texte triste et mélancolique avec l’air enjoué d’un dépressif qui se demande si prendre son Ludiomil du matin avec un verre de blanc c’est être alcoolique ou pas.

Le texte ? vieillot et sans surprises. La scénographie ? je me suis retrouvé dans le salon des vieux oncles et tantes de Libarrenx qu’on allait saluer de mauvais gré une fois l’an à la fin des années 60. La mise en scène ? Sans imagination, des noirs, quelques mouvements. Avec une mention particulière pour la pénombre qui revient pendant les noirs, qui nous permet de distinguer l’actrice qui va boire une gorgée d’eau, se mouche bruyamment, change le vase de table. Le jeu de l’actrice ? Je ne l’ai trouvée ni convaincue ni convaincante.

Si vous aimez le genre, vous serez servi. Moi, j’aime pas.

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Les reines de Paris – La croisée des chemins

En une phrase : quelques moments de la vie de trois jeunes filles délurées et pleines d’illusions.

Le spectacle est tonique, il pose au passage quelques sujets sociétaux, au hasard d’un texte par ailleurs sans grand intérêt, joué bruyamment par une troupe qui se donne à fond. Le jeu des actrices est intéressant, il mériterait d’être canalisé.

La troupe s’amuse. Moi… je suis sorti épuisé.

La guerre en temps de paix – Tremplin Théâtre

En une phrase : une femme rencontre un homme, elle l’aime, il rentre dans une relation par inertie.

Est-ce une guerre entre les deux personnages ? chacun mène sa bataille, à son rythme, sans agresser l’autre frontalement, sans imposer, sans s’imposer.

Un superbe texte d’Adriano Vianello, auteur vénitien sur la relation entre cet homme et cette femme, dans lequel des spectateurs présents s’est – au moins un peu – retrouvé. Sans sombrer dans le mélodrame ni dans la comédie de boulevard, Silvana Gasparini et Enrico Marassi racontent l’histoire, leur vécu de l’histoire, sans se parler l’un à l’autre. Ils parlent d’eux, de l’autre, de l’écart entre eux, de la façon dont cet écart évolue.

Le jeu des acteurs est très juste, sans excès, bien adapté à la salle du Tremplin. Des petites séquences video – un peu comme dans Harry rencontre Sally – ponctuent la pièce, tout se rejoint à la fin.

À la fin de la pièce, les acteurs ont invité les spectateurs à échanger autour d’un verre, l’occasion de connaître l’histoire de la pièce, de son auteur, comment il a fallu 25 ans à Enrico pour (enfin) jouer ce rôle, qui sont les personnes qu’on aperçoit dans les videos.

Une jolie pièce, bien jouée, pour une soirée agréable, à deux, qui ne demande qu’à se poursuivre par un dialogue dans le bar à vin qui fait face au théâtre.

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Djihad – Feux de la Rampe

En une phrase : trois jeunes belges déstructurés partent pour la Syrie.

Le théâtre, c’est un art, pour moi, l’art c’est faire ressentir, partager des émotions. Djihad, c’est d’abord de l’art, quelque chose qui réunit des personnes, leur expose un point de vue, les fait réfléchir, peut-être échanger. Dans la salle, il y avait des familles entières, des enfants dissipés, des parents attentifs.

Djihad est d’abord une bonne pièce, bien écrite, bien jouée.

Djihad raconte une histoire, ne juge pas, son parti pris renvoie chacun à sa responsabilité, remet les situations dans leur absurdité. On rit des personnages dont le destin est écrit, on s’attache à eux, on découvre peu à peu leur complexité, comment les murs se sont refermés autour d’eux pour faire de leur horizon une impasse.

Surtout, Djihad ne tombe ni dans la caricature ni dans le manichéisme, la pièce ne stigmatise pas, elle remet en perspective ce qu’est l’autre, comment chacun s’arrange de ce qu’il tolère ou pas.

C’est une belle pièce sur la tolérance, l’ouverture.

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Porte de Montreuil – Ciné XIII

En une phrase : une discussion pleine de non sens entre deux amis

Deux amis se retrouvent, et discutent à bâtons rompus. Ils parlent de tout, du fonctionnement des moteurs, de la différence entre une chaussette trouée et une chaussette dépareillée, de la relativité de la position de l’Est et de celle de la gauche, de la relation compliquée (mais en vaut-elle le coup ?) entre les hommes et les femmes, de l’importance de la taille, de la façon dont on fait les crêpes, de l’impossibilité métaphysique de changer un tapis de salle de bain, de l’intérêt économique pour Robert de Niro d’ouvrir une pizzeria à New York. Ils parlent de rien, de ces petits riens qui font la vie, comment aller Porte de Montreuil. Avec la logique implacable des enfants pour qui, au fond, tout est possible.

On dirait deux ados qui babillent sur des sujets dont ils ne connaissent pas grand chose, et finissent toujours par se raccrocher à des branches bancales.

J’ai beaucoup aimé le texte de Léa Fazer. Il y a du Godot dans ce texte, du Père Ubu.

J’ai apprécié le jeu de Sébastien Barat et Aurélien Tourte. Je suis plus réservé sur la mise en scène, j’ai trouvé qu’elle en faisait trop, qu’elle dispersait l’attention, du coup je perdais le contact avec le texte, c’était dommage.

Moulins à Paroles – Ciné XIII

Une très bonne surprise, Moulins à Paroles au Ciné XIII, projet porté par Roxane Turmel et sa compagnie Babebibobu.

On suit, avec l’œil attentif d’un entomologiste caustique, le parcours de trois femmes enfermées dans les ravages d’un destin implacable.

Il y a Leslie, jeune actrice professionnelle, qui se laisse emmener pas à pas vers les bas fonds du cinéma trash. Il y a Rosemary, qui n’a véritablement d’autre intérêt que ses fleurs, et sa voisine Jeanne, qui a tué son mari (et continue à jardiner en prison) qui la faisait souffrir avec la complicité de celui de Rosemary. Il y a Suzanne, enfin, femme de vicaire, qui trouvera le salut dans la bouteille et les bras initiatiques d’un épicier indien. Trois destins désespérants, pour notre rire jaune, la larme au coin de l’oeil. Trois destins prenants, désespérants, glaçants. Trois destins de femmes touchantes de naïveté et d’impréparation à la vie, considérées et traitées comme des objets par les hommes qui les entourent.

C’est l’adaptation de trois des Talking Heads d’Alan Benett (il y en a dix autres !), monologues donnés pour la BBC en 1993.

Une pièce de théâtre avec un seul acteur, trois personnages, mais pas un seul en scène. Le texte est beau, le jeu de Roxane Turmel est juste. Il y a un vrai travail de mise en scène de Diane de la Croix, un beau travail de direction d’acteur, et ça se voit, ça se sent.

Avec une mention spéciale pour les transformations de Roxane Turmel entre chaque monologue, elle se transforme physiquement, elle change de personnage de façon impressionnante. Elle le fait en ombre chinoise, derrière un rideau, le spectateur l’accompagne, ça crée un sas bienvenu entre chaque destin, sans que l’attention ne retombe.

J’ai retrouvé (je suis le seul) dans ces trois femmes l’écho des personnages de Huis Clos.

Un seul regret, en fait, qu’il n’y ait pas eu un quatrième monologue.

Un grand BRAVO à toute l’équipe.

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Woodbell – GAF GIG

Woodbell est un superbe groupe de Brit Pop français. Vraiment superbe. Si un jour vous voyez leur nom sur une affiche, entrez, vous vivrez un moment magique.


Jasmine Collet, Jon Sayer, Marion Hédin. L’alliance de trois voix, de trois instruments, de trois personnalités.

Jasmine, c’est l’alto, et une voix cristaline qui vous emmène au delà des cieux. Jon c’est le violoncelle et la guitare, il a composé la majorité des titres. Marion, c’est le violoncelle, une voix qui réchauffe, elle compose également.

Leurs voix, leurs instruments, leurs coeurs se rejoignent, ils créent leurs arrangements, la magie se fait, ça prend, ça me prend. On est plus loin que l’harmonie, bien au delà de la mélodie. on est au coeur de la musique, là où beaucoup rêvent d’aller, où bien peu arrivent. Ils y sont.

Chaque titre est un voyage, le fruit d’un immense travail.

Je viens d’écouter leur EP – il sort le 10 novembre, oui, j’ai de la chance. Tout est bon. Chaque titre est plus que bon, je ferme les yeux.

En live, c’est encore meilleur. Un peu moins lèché, forcément, mais accompagné de leurs sourires, des regards qui s’échangent, des signes de leur complicité.

J’adore One Card, je vois le film dont Run pourrait être le générique. Je try to smile.

Ils reprennent, réhabitent un titre d’un groupe des années 60 qui n’a pas survécu au tournant des années 70, Eleanor Rigby, qui retrouve une belle actualité.

Il y a du Paul McCartney, dans Woodbell, peut-être un peu de Sting, aussi, dans la capcité de tout explorer, de tirer la quintescence de l’endroit où ils sont allés, d’en intégrer l’essence dans leur magie.

C’était juste beau.

Quand Victor rencontre Lili – Théâtre La Boussole

En une phrase : un me too maladroit de Bigre, un geek, une lunaire, sous les toits de Paris.

La pièce est comme le décor, elle part en morceaux. Décor, texte, mise en scène de Vanessa Luna Nahoum, également sur scène, au bout d’un certain temps, à tout vouloir faire…

Il y a quelques rares moments qui font sourire. A signaler, un beau travail sur la lumière.

Je laisse la conclusion à Baroudeur, en sortant : « Celle-là, on pouvait l’éviter ».

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