Bal Trap – Le Tremplin Théâtre

En une phrase : deux couples, l’un qui commence, l’autre qui finit, se croisent à la fin d’un bal

Etrange sensation que quelqu’un est passé à côté de quelque chose, à la sortie de cette pièce. Elle est très courte, bien qu’elle a commencé en retard (les petits théâtres, comme les avions privés, peuvent attendre l’arrivée des retardataires), malgré les longs noirs intermédiaires de la mise en scène, j’étais sur le trottoir 55 minutes après le début.

Longs noirs nécessaires aux changements de tenue de Florence Philippi, dont j’ai trouvé qu’ils cassaient le rythme, me laissaient tout seul frustré d’une émotion qui a perdu son support.

Est-ce qu’il y avait une tension particulière ? Le jeu de Florence Philippi était bizarre, son corps et sa voix passaient les mêmes messages, mais sur des tons désaccordés.

Celui d’André Fauquenoy était figé dans un premier temps, et puis (effet de la bière qui était sur scène ?) il s’est lâché, il était dans le rôle, j’ai trouvé qu’il jouait juste. Les placements étaient approximatifs (pourquoi prévoir une douche pour se placer à côté ?), les erreur de textes mal rattrapées.

Les couples ? L’un se délite dans la lassitude de la troisième année, l’autre se rencontre, on est chez Arletty et Jean Gabin plus que dans le théâtre de boulevard (si on était sur les grands boulevards, on serait devant le théâtre plus que dans la théâtre). Sans réel espoir.

Le Grand Déballage – Théâtre La Boussole

En une phrase : une Barbara Cartland en errance est obligée d’écrire sa propre histoire. Mais pour l’écrire, il faut la vivre.

Vous vous souvenez des boules coco que vous avaliez à l’école primaire ? vous allez les revoir. Je me demande encore si la pièce est totalement écrite comme ça, ou si ils ont brodé ce soir là, en nouveaux Poiret-Serrault.

En trois mots : ils sont dingues, mais d’une dinguerie qui fait du bien, d’une dinguerie qui rend fou. C’est caustique et corrosif, avec une dose de séduction bien tassée, bref c’est alcalin.

Linda Prévot Chaïb est pétillante et touchante, Pascal Zelder a adopté un Prince de Galle chatoyant qui renvoie l’image de l’éditeur à celle d’un proxénète manipulateur.

Ca part dans tous les sens, sans qu’on s’y attende, il faut aimer le genre. Ca manque un peu de flegme britannique, j’avoue avoir trouvé la mise en scène parfois fatigante, à me demander comment une anglaise flegmatique et néanmoins indigne et tranchante aurait abordé la même situation.

A voir entre amis pas sérieux.

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Mama Khan – Le chant de la terre Lakota – Théâtre La Croisée des Chemins

Mama Khan est un superbe objet, plus proche du voyage initiatique que de la pièce de théâtre. De et par Khadija el Mahdi.

Elle nous accueille sur scène, devient sous nos yeux, masque, perruque, robes, Mama Khan, grand mère Lakota (une tribu indienne des USA) qui nous raconte la terre, nous rappelle la terre, nouricière, origine. Les contes s’enchainent, chacun porteur d’une valeur morale, d’une leçon de vie, l’importance de la terre, des racines.

Moi qui crois qu’un galet a une forme de conscience, lente et limitée, je suis forcément attiré par l’histoire d’un caillou qui sourit.

L’actrice est habitée par son projet, sensible, attentive, on sent ses yeux aux aguets derrière le masque. On sent que face à nous il y a plus qu’une actrice qui joue, plus que l’auteur qui défend son texte. On sent qu’il y a une belle personne.

Je me laisse prendre, Baroudeur, Fléchette, et même OliveOyl aussi. Chacun a trouvé à réfléchir dans le spectacle, même si chacun de nous l’a trouvé un peu long (l’inconfort des bancs n’aide pas).

À la fin du spectacle, on échange quelques mots avec Khadija el Mahdi, sur son projet de 13 pièces parce que 13 grand mères, son/ses voyages, le masque, le galet. C’est son spectacle, son projet, je passerais une soirée entière à l’écouter en parler, à échanger.

C’est mon regret, en fait, ne pas avoir plus échangé. Je me demande s’il y a un module conférence de ce spectacle, 45 minutes de Mama Khan, suivies de 45 minutes de Khadija expliquant son projet, son voyage, son retour aux racines, elle a raison, c’est important de connaitre les contes de ses racines, on ne peut pas s’en extraire sinon.

Mama Khan, c’est un OTNI qui a embelli ma journée.

Le site du théâtre

Kenna&Cox – Maxam

Un concert de Kenna & Cox, c’est toujours un moment magique. Chris Kenna, Melissa Cox, une guitare, un violon, deux australiens, deux instruments.

Hier soir, ils jouaient au Maxam, un bar New York like rue de Montreuil. Dans leur dos, une lampe… un corps de haut-parleur, un pied de table, un abat jour. Home made by Chris avec des matériaux de récup, l’ambiance est là, on est chez eux.

Le premier set a été bon. Le deuxième set a été absolument fantastique.

La guitare de Chris, une grand mère blessée, a laché ses accords sans retenue. La voix de Chris l’a rejointe, cette voix grave venue du désert australien, cette voix qui réveillerait les morts. Et voilà le violon de Melissa, ses accords vont les faire danser. Et l’harmonie revient, la voix de Melissa rejoint la voix de Chris.

C’est du rock, du blues, c’est unique.

Il y avait hier soir sur la meezanine du Maxam un groupe qui fêtait un anniversaire. Premier set, anniversaire et concerts vivent chacun leur vie. Second set, l’anniversaire s’assied sur les marches de l’escalier, se tait, écoute.

Juste un instant ?

Le site de Kenna&Cox

Mademoiselle Frankenstein – La Folie Théâtre

En une phrase : Mary Shelley, 15 ans après avoir écrit Frankenstein, face à sa création.

J’avoue, j’adore cette pièce, je l’ai vue trois fois en deux ans dans son écrin, la Petite Folie.

Mademoiselle Frankenstein, c’est la rencontre de Mary Shelley et de sa création, l’exploration de sa vie, des circonstances de l’écriture, la rencontre de Mary Shelley et de sa créature.

Vous ne verrez pas de monstre couturé pour vous faire hurler de peur, ni de rire. Vous rirez, ça détend, de certaines réparties. L’ambiance de la scène est angoissante, elle n’est là que pour nous accompagner dans la découverte des blessures de l’une, la frêle jeune fille qui a enfanté DU livre, de l’autre, enfanté dans une expérience maléfique. Ils se découvrent, se rejoignent.

Vous verrez deux êtres malheureux, qui se défendent avec leurs armes, vous serez tristes avec eux.

Mademoiselle Frankenstein, c’est un peu comme un film de M Night Shyamalan, une pièce à voir deux fois, une fois pour ressentir l’angoisse et la tension, une fois pour ressentir la tristesse et l’empathie.

Les deux acteurs sont fantastiques. Christelle Maldague livre une Mary Shelley à la solidité tranchante d’une vieille anglaise distinguée, Frédéric Gray est un Lazarro étrange et démoniaque.

Je sais bien qu’on a déjà vu la pièce en février dernier, vous m’aviez fait la confiance d’être 10 à m’accompagner. Croyez-moi, retournez la voir, redécouvrez la.

Baroudeur était là, hier soir. Il n’a pas tout compris, il n’a pas encore lu le livre. Il en a reçu suffisament pour suivre malgré l’heure tardive, pour ressentir au fond de lui la tristesse et la solitude des personnages.

Un grand bravo à toute l’équipe.

La vie rêvée des Andes – La Folie Théâtre

En une phrase : un comédien français part au bout du monde participer à l’unique représentation d’une troupe amateur chilienne.

La pièce est sympathique et dynamique. Narcissique et bordélique, aussi.

Aurélien Saget joue un texte d’Aurélien Saget dans lequel un acteur nommé Aurélien part au bout du monde jouer le personnage d’un nommé Aurélien qui aurait régné sur la Patagonie pendant 4 jours sous le second Empire, à travers une galerie de personnages caricaturaux basés sur les mimiques, les voix et les bruits de bouche.

J’ai eu l’impression que la pièce cherchait à pouvoir plaire à des publics et circonstances variés, café théâtre, théâtre de rue, théâtre pour jeunes, sketch, fin de repas de famille. Quelques minutes peuvent être savoureuses malgré le jeu souvent approximatif. L’histoire est faible, sur la durée c’est lassant.

Baroudeur, qui était là, a explosé de rire à plusieurs reprises.

Valjean – La Folie Théâtre

En une phrase : Jean Valjean raconte sa vie à Marius

Christophe Delessart est habité par ce texte. On l’a croisé après le spectacle, aux 100 kilos indispensable avant ou après une pièce à La Folie Théâtre, il a écrit ce texte il y a 30 ans, un texte qui a attendu que son auteur murisse, mature, prenne quelques rides. Je sentais cette habitation dans son regard, qui brille, pétille, pendant toute la pièce. Presque trop habité, d’ailleurs, parfois, pour la salle intimiste qu’est la Petite Folie.

Pourtant, Hugo, c’est pas mon truc. Dumas, oui, mais pas Hugo. Je devais avoir 12 ans quand j’ai lu les deux intégrales dans la bibliothèque parentale, passionné par l’une, ennuyé par l’autre. Du coup commencé à regarder Valjean avec mon cerveau qu’avec mon cœur, alors que la pièce, je le sentais, voulait parler à mon cœur.

Et puis la mayonnaise a pris, je me suis surpris emplein de compassion pour cet homme qui vivait devant moi, qui, plus que sa vie, contait ce qu’il avait ressenti durant sa vie. J’ai quand même trouvé que la scène finale était un peu longue, un peu larmoyante pour le Valjean énergique et volontaire qui venait d’évoluer sous nos yeux pendant une heure.

L’histoire est un peu connue, Valjean est un bon moyen de la faire connaître à un public réfractaire à la lecture, allez-y avec vos ados, qu’ils la découvrent sans les pompes cinématographiques, ni les envolées de l’écriture d’il y a deux siècles.

Voilà, c’est ça, c’est une pièce jeune, rafraichissante.

Le site du théâtre

EDMOND – Théâtre du Palais Royal

En une phrase : la naissance d’une pièce, et pas n’importe quelle pièce, Cyrano de Bergerac

J’avoue, j’étais conquis d’avance. Alexis Michalik, j’avais savouré Le Cercle des Illusionnistes à la Pépinière, et Le Porteur d’Histoire à la Comédie Studio. Azzopardi, un nom synonyme de qualité dans la mise en scène et la scénographie. Palais Royal, un écrin, peut-être la grande salle que je préfère à Paris.

Alexis Michalik imagine les semaines qui précèdent la création de Cyrano. On assiste à la naissance de la pièce, aux règlements de comptes entre auteurs, aux angoisses des acteurs. On découvre les sources de l’inspiration d’Edmond Rostand, ses émois, sa capacité d’observation. La bataille entre la Muse qui inspire et l’Amour qui soutient.

Je suis rentré dans la pièce dès les premières secondes, elle ne m’a jamais laché, j’étais plein d’émotions, de sensations, je la vivais avec les acteurs. D’ailleurs les spectateurs ont aussi leur part à la pièce, quand il faut que les spectateurs de la première de Cyrano applaudissent, nous étions là.

Le texte ? Magnifique. La mise en scène ? superbe, les tableaux s’enchainent, le décor évolue en permanence, deux meubles se déplacent, on n’est plus dans un restaurant mais dans la chambre de Rostand, les acteurs changent de costume et de rôle en un instant. Le jeu des acteurs ? ils sont douze sur scène, pour quarante et un rôles (j’ai compté après sur le site du théâtre). Ils virevoltent d’une âme à l’autre, entrent, sortent, reviennent autres.

Ce soir là, la fondation Barrière remettait son prix à la pièce. Oublions la prestation de Muriel Robin (c’était si compliqué de lui apporter un micro ?) pour ne retenir que les mots d’Alexis Michalik, « je voulais une pièce sans tête d’affiche, qui soit le travail d’une troupe ». Eh bien c’est gagné, et c’est magique.

Voilà. J’ai aimé. Est-ce que c’est LA pièce de la rentrée ? En tout cas, c’est UNE pièce que vous DEVEZ voir.

Le site du théâtre

PS : à venir, pour la réouverture du Théâtre 13 Jardin : Huis Clos d’un certain Alexandre Michalik. J’dis ça, j’dis rien, mais c’est du 9 mars 2017 au 16 avril 2017.

HOBOBO – Ciné XIII Théâtre

En une phrase : la réponse aux questions essentielles de l’humanité, Qui sommes nous, D’où venons nous, Où allons-nous… comme jamais vous ne l’avez vue, qui fait de déjanté une notion raisonnable.

J’ai ri d’un bout à l’autre de la pièce, je crois que je n’avais jamais ri comme ça. Patrick de Valette arrive sur scène, il est le Professeur Hubert O Taquet, il nous raconte l’histoire de l’humanité.

Le spectacle est au cordeau, mélange de mime, de danse, de yoga, de jeu de scène. Délirant ? dans les moments de calme, alors. Déjanté ? le mot est bien raisonnable. À ce niveau là, il n’y a plus de mots. C’est un grand spectacle, un très grand spectacle. Un énorme boulot, un superbe résultat. L’homme est élastique, modelable. Il devient sous nos yeux.

Écrit et joué par Patrick de Valette, mis en scène par Isabelle Nanty, la folie des Chiche Capon est focalisée, amplifiée. Mais au fait, quand il n’y a qu’un seul des Chiche Capon, on fait quoi du S qu’on a enlevé alors qu’il n’y était pas ?

Les images se bousculent, comment vous convaincre de vous ruer pour… voir mimer une bactérie, une cellule, une algue, un varan, le poussin qui sort de l’oeuf… réaligner vos chakras d’une façon… revisiter Hare Krishna… savoir enfin à quoi sert un tampon avec applicateur….

Au fait, la bactérie consomme de l’acide et rejette de l’oxygène. Vous comprendrez sur place la saveur de l’allusion.

Je suis allé voir ce spectacle par curiosité, sur la double mémoire des Chiche Capon, vu à La Pépinière, et de la qualité de laprogrammation du Ciné XIII Théâtre. J’aurais du le mettre en tête de ma to see list, ex aequo avec le Don Quichotte du Théâtre 13, y emmener le ban et l’arrière ban de mes amis.

Le spectacle se donne jusqu’au 12 novembre, je ne doute pas un instant de sa carrière future, de la taille croissante des salles qui vont l’accueillir.

Pour ceux qui ne connaissent pas la salle du Ciné XIII Théâtre, les trois premiers rangs sont des grands canapés de cuir rouge, et la salle est en placement libre. Alors si vous voulez pouvoir dire « j’y étais vraiment bien », arrivez en avance, patientez devant la porte tout en bas… et savourez. Sans oublier de prendre un verre au bar ensuite, y attendre l’artiste, le féliciter.

Vous pouvez y aller en famille, avec votre +1 si sérieux, avec votre ado boudeur, avec votre enfant trop jeune pour sortir le soir. Baroudeur (7ans), PtiBonom (16 ans) et OliveOyl ont adoré. Il y avait aussi un petit Tom qui devrait se souvenir longtemps de son voyage initiatique.

La salle, complête, était en folie à la fin du spectacle.

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Billie Holiday – Sunny Side – Folie Théâtre

En une phrase : les souvenirs de Billie Holiday

Il m’a fallu un peu de temps pour entrer dans ce spectacle, le temps de comprendre qu’en fait il ne raconte pas la vie de Billie Holiday, mais raconte ses émotions à certains moments de sa vie. De me rendre compte qu’il ne s’adressait pas à mon cerveau, mais à mes tripes.Je suis donc passé à côté du premier tableau, qui faisait un peu Cosette.

Oui, le spectacle enchaine plusieurs tableaux, à chaque tableau une robe différente, quelques accessoires, un contexte raconté à la première personne, le texte d’une chanson, quelques mesures d’époque pendant lesquelles Naïsiwon El Aniou danse, pleine d’émotions.

Plus j’ai débranché mon cerveau, plus je me suis laissé prendre, plus j’aurais voulu que ça dure.

J’avoue, je découvrais les chansons, il y avait dans la salle des afficionados qui les connaissaient par coeur et commentaient à la sortie le choix de telle version, manifestement eux avaient vu la pièce avec leur cerveau de connaisseurs. Ils observaient, je ressentais, c’est un beau spectacle qui sait s’exprimer sur le plan que chacun attend.

Ils ont vu Billie Holiday, j’ai vu Sunny Side, c’est le message essentiel, où qu’on soit, il y a un côté ensoleillé. Le pilote en moi, qui un jour s’est retrouvé au milieu d’un ciel bien noir, avec juste un coin gris foncé, confirme le message. Le Sunny Side, c’est là où il y a un poil plus de lumière, c’est la direction à prendre. C’est souvent la seule, toujours la bonne.

La salle a longuement et chaleureusement applaudi, moi aussi.

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Sorcière Latrouille – Folie Théâtre

En une phrase : une jeune sorcière se prépare pour le bal des sorcières.


J’attends d’une pièce pour enfants qu’elle leur apprenne quelque chose, mise en exergue d’une valeur, d’un comportement, ouverture à une culture, une technique. C’est mon interrogation avec Sorcière Latrouille, je n’ai pas trouvé le fond de l’histoire.

Mais j’ai passé (et les Pirates avec moi) un super moment. Le jeu de Frédéric BASSEZ-KAMATARI est superbe. Il est précis, généreux. On sent les années de danse classique dans chacun de ses gestes, elle utilise tout son corps, ses yeux, ses cheveux, même sa langue.J’ai vraiment été bluffé par son jeu, la mise en scène, le parti tiré de l’espace. Elle occupe l’espace, physique, sonore, visuel.

Tout est juste, se tient, les enfants marchent à fond, sortent avec le sourire, les yeux qui brillent, ils ont passé un bon moment. Moi aussi.

Et ils se souviennent en souriant de Sorcière Latrouille. Moi aussi. Finalement, c’est l’essentiel, non ?

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Lettre d’une inconnue – Folie Théâtre

En une phrase : un écrivain lit la lettre d’une inconnue, ou plutôt de la femme qu’il n’a jamais reconnue.

Bon… c’est la pièce que je n’aurais pas dû aller voir. Le sujet qui l’introduit… est celui face à quoi je m’enferme à double tour dans une geôle étriquée, en ne laissant ouvert que la fente d’un guichet pour voir d’où va venir le prochain coup. Les images de la fin… bref. Allez, un peu d’acide caustique pour nettoyer ce magma psychanaliénant… Soudain, une inconnue ne vous offre plus de fleurs… voilé, c’est dompté.

Mais quand même… Deux Stefan Zweig en une semaine, admirable, non ?

J’ai admiré le jeu de Laetitia Lebacq. Elle vit la pièce sous nos yeux, de la première à la dernière seconde. Le texte roule, déboule, sans lui laisser un instant de pause. Elle joue vraiment super bien.

Je me suis plus senti entomoligiste qu’empathique, elle parlait à mon cerveau. J’ai trouvé la scène encombrée, ne laissant pas trop de place à l’imagination du spectateur, et surtout contraignant la mise en scène. J’ai d’ailleurs trouvé que la mise en scène en faisait trop, qu’il y avait des moments de gesticulation qui n’apportaient rien, voire des explorations à la lampe de poche qui suivaient trop la lettre du texte.

Un peu comme si l’équipe avait eu peur du texte et de son sujet, peur de tomber dans le pathos, et du coup s’était retrouvée à surjouer l’absence de sobriété.

La salle était conquise, a longuement applaudi à la fin, c’est l’essentiel, une pièce dont les spectateurs sont contents !

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Couple – Théâtre Edouard VII

En une phrase : un homme, une femme, des moments de leur vie conjugale, on les observe, on en rit un peu jaune.

J’ai vu Couple comme une pièce désopilante et caustique. Désopilante parce que j’ai ri, caustique parce que mélange d’humour noir et de rire jaune.

J’ai adoré le jeu d’Anne BENOIT, je l’ai trouvée juste, étonnante, décoiffante, presque magistrale, elle en fait trop, mais d’un trop qui est juste nécessaire, façe à un Gilles GASTON-DREYFUS plus en nuances, plus diabolique. Voilà, un monstre, un diable.

Ils sont là, tous les deux, se disputent, ils ont pris l’habitude de ne pas se supporter, et c’est savoureux. Monstrueusement savoureux.

J’avais beau être au troisième rang, je me suis trouvé loin de l’action, simple observateur. Je crois qu’une petite salle intimiste multiplierait la saveur de cette pièce, la sensation de huis clos, l’enfermement oppressant du lieu comme du couple.

Surtout… la pièce est trop courte, bien trop courte. Elle est lancée, elle roule, on la savoure, et paf, c’est fini. J’ai vécu la fin de la pièce comme un coïtus interruptus. Brutale, frustrante.

La salle, peu garnie, a longuement applaudi des acteurs qui le méritaient vraiment.

Le site du théâtre

Don Quichotte – Théâtre 13 Seine

En une phrase : un plateau de cinéma,une troupe joue Don Quichotte, les histoires se mèlent et s’entremèlent de façon hallucinée et jubilatoire.

La pièce commence… par l’interview du metteur en scène, déjà halluciné et décalé, soumis au feu roulant de questions qui le laissent sans voix. Jérémie Le Louët est à la fois le metteur en scène et Quichotte, Julien traduit… et est déjà Sancho Pança.
La pièce, le spectacle, se déroule, déjantée, hallucinante. Si on m’avait dit qu’un jour je trouverais la scène du Théâtre 13 Seine étriquée… Rossinante semble venir des machines de Nantes, les spectateurs filmés deviennent les moutons. Les grands moments du livre sont là, la mise en abyme du livre se poursuit sur scène, les acteurs déploient une énergie fascinante, on navigue sans se perdre entre l’histoire essentielle, ses incidentes, le plateau de tournage, l’imagination des personnages.
Chaque moment m’a surpris, aux deux sens du terme, pris par surprise, étonné. La scène évolue sous nos yeux, l’entracte n’en est un que pour l’histoire essentielle, pas pour nous. Une tempête ? Il n’y a qu’à demander, elle ne sera pas petite. Un costume de lumière ? Il ferait blémir d’envie certains héros et leurs sabres laser.
Même la malédiction qui frappe le film de Terry Gilliam est là.
Une mention spéciale pour Jérémie Le Louët, croisé au bar du théâtre après la pièce, encore hallucinant, encore dans la magie de l’instant.
Une mention particulière pour le jeu de Julien Buchy, et la voix magique, envoutante, de Dominique Massat.

Le Théâtre 13 a encore osé, et j’ai encore aimé.

Pour en savoir plus : le site du théâtre

24 heures de la vie d’une femme – Guichet Montparnasse

En une phrase : 24 heures de la vie d’une femme, sa rencontre avec un jeune addict au jeu, le combat entre leurs passions respectives

J’avoue, je suis allé voir la pièce un peu à reculons, je trouve que Zweig c’est daté… et un peu ennuyeux. Et je me suis fait prendre par surprise.

Pascale Bouillon, c’est l’actrice, m’a choppé par les tripes au début de la pièce, et ne m’a pas lâché jusqu’à la fin. Elle vit chacun des moments, chacune des émotions, avec une intensité qu’elle projette avec énergie, que j’ai ressenti au fond de moi.

Ca reste une histoire d’une autre époque, celle où on se suicidait pour une dette de jeu, celle où l’image sociale était essentielle, celle où une femme devenue veuve le demeurait, celle où la migration estivale de la bonne société durait six mois.

J’imagine l’histoire transposée à l’époque actuelle, à celle de mes jeunes années, en fait, l’addiction ne serait pas au jeu, mais à certaines substances psychotropes, et le lieu serait plus glauque qu’un casino. L’histoire est datée, l’intrigue est intemporelle. La fin est écrite, la passion de l’une ne l’a jamais emporté sur l’addiction de l’autre, bien des ailes se sont brulées ainsi.

La mise en scène de Patrick Rouzaud est minimaliste, une actrice à la robe surannée, quelques jeux de lumière, un coffre qui est aussi un banc et un autel. J’ai trouvé le jeu au cordeau, admiré la maîtrise du texte, le placement de la voix.

Mon cerveau a essayé de dire quelque chose, sur une phrase, trouvant bizarre l’intonation, ça a été sa seule intervention, mes tripes l’ont renvoyé dans ses 22, elles vivaient la pièce.

A la fin, de longs applaudissements mérités.

Ah si… la climatisation… elle est infernale. Elle fait un bruit d’enfer, et surtout elle est branchée à fond une fois les portes fermées. Donc on entre dans une salle surchauffée, on transpire, on se découvre… et on attrape la crève en 10 minutes. Oui, mais pas facile de se rhabiller sans risquer de gêner l’actrice. Alors, un conseil si vous y allez (mon conseil est : allez-y), gardez un pull en bas de votre dos, vous le monterez sur vos épaules rapidement.

La Chambre Mandarine – La Folie Théâtre

En une phrase : trois moments déjantés dans une chambre d’hôtel à la décoration Mandarine.


La chambre Mandarine m’a mis de bonne humeur dès les premières secondes. Une chambre, dans un hôtel parisien, trois couples s’y succèdent, c’est le squelette d’une pièce de boulevard. Mais un squelette déjanté, (des)habillé aux couleurs d’une époque à venir.

Avant tout : si pour vous on doit plein respect aux ministres des religions, si vous avez défilé avec la Manif pour Tous… n’y allez pas, vous serez choqués. Si vous avez l’esprit ouvert, vous pourrez passer un bon moment.

Trois acteurs pour trois histoires, deux hommes, une femme, qui changent de peau, de costumes, de coiffures à un rythme échevelé. Le triangle amoureux n’est pas celui qu’on croit, les hommes d’avant guerre ont disparu, dans la robe d’un grand auteur se cache un coeur de midinette.

C’est vraiment bien joué, enlevé, sans pudeur (oui, on voit des fesses et des baisers). Une mise en scène au cordeau, sans chichis inutiles, je me suis laissé entrainer, porter, je ne me suis pas ennuyé un instant.

J’y étais avec Baroudeur, 7 ans, une fois de plus le plus jeune, et de loin, à voir une pièce, c’est maintenant un spectateur aguerri.

Pour y aller : le site du théâtre.

Tout ira bien – La Folie Théâtre

En une phrase : la découverte, par une jeune femme, des circonstances qui ont entrainé la mort de son père.

Les premiers instants m’ont inquiêté, réminiscences du théâtre moderne du début des années 80, et puis j’ai aimé la façon dont l’actrice jouait ses émotions.
La pièce est un retour en arrière, les époques alternent, séparées par des noirs durant lesquels une voix off explique le temps qui passe… une sorte de nostalgie des panneaux du cinéma muet ? Je suis peut-être traditionaliste, une bonne mise en scène n’a pas besoin de la béquille de la voix off pour que le spectateur comprenne ce qui se passe, que les moments se déroulent dans des temps, voire des espaces différents.

Pendant toute la pièce, j’ai alterné entre ces deux sensations, apprécier le jeu des acteurs, resentir de vrais moments d’émotion, être ennuyé par le texte et la mise en scène.

Jusqu’à la scène finale, que j’ai trouvée dégoulinante de pathos, presque ridicule, j’ai retenu un éclat de rire, et l’ennui l’a emporté.

Pour y aller : le site du théâtre

Robin des Bois – Gymnase Marie Bell


Une version sans trop de queue ni de tête de l’histoire de Robin des Bois, qui ne se prend pas au sérieux et n’a d’autre prétention que de nous faire passer un bon moment.

C’est marrant, pas déjanté. Un peu de guignol, un peu d’intéraction avec les enfants, pas de leçon de vie ni de morale. Les enfants s’amusent, les adultes se jouent des jeux de mots, et à la sortie, il reste le souvenir d’un bon moment, c’est déjà ça.

Les acteurs répondent présent, malgré la chaleur.

Le son et la sonorisation étaient pires que pour Hercule la semaine précédente. Parasites, craquements… jusqu’au moment, enfin, où les micros de Robin et Marianne sont définitivement tombés en panne, the show must go on, le spectacle continue, et, oh miracle, ils ont une voix, une voix qu’on entend enfin pour ce qu’elle est, et c’est bien, il n’y a pas besoin de micros dans cette salle !

Hercule une histoire à la grecque – Gymnase Marie Bell

En une phrase : Hercule et Clio vont chercher quelques gouttes d’eau du Styx pour que le ciel retrouve ses nuages


Petite déception, j’attendais beaucoup de ce spectacle dont j’avais vu la version concert (les chansons enchainées) à un Gare Live. Il faut avouer que la salle était bien vide, mais était-ce raisonnable de prendre une salle de 800 places pour un festival dédié aux enfants en plein été ? Je leur souhaite d’avoir fait le plein avec les centre de loisirs de la ville de Paris pour leurs représentations de semaine.

La scène est vide, un fond blanc laisse la vidéo gérer les changements de décor. La lumière est bien faite, les acteurs jouent précisément. Les costumes sont intéressants, avec un clin d’oeil pour Hadès, Médusina et le Titan.

J’ai à nouveau aimé les chansons, elles sont entrainantes, on a envie de les rythmer en tapant dans ses mains.

Là, je revois trois scènes, Hadès préparant sa potion, Médusina expliquant qui elle est, les flammes du Titan. Vraiment une belle alliance des voix, des costumes, du jeu, de la lumière.

J’ai été moins convaincu par les intermèdes parlés. Ils portent le message de la pièce (nous n’avons qu’une planête), et l’interactivité avec les enfants, qui marchait correctement malgré le public dispersé. Ils sont souvent trop longs, ou trop lents. En particuliet celui durant lequel nos trois héros dorment sur scène.

Le son n’était pas bon. Trop fort pour le volume de la salle (je fais confiance aux voix qui étaient sur scène, elles auraient p se passer de micro), et les voix étaient bien trop fortes par rapport à la musique.

Certaines scènes sont jouées trop en retrait, le jeu avec le gobelet par exemple. Malgré ma grande taille, je ne voyais pas grand chose.

Dernier point, le jeu d’Achille était en totale contradiction avec le parti pris du personnage.

Un grand merci à la troupe, disponible au complet pour une séance de photos après la représentation.

Les enfants ont passé un bon moment, on retourne voir Robin des Bois la semaine prochaine.

Blastwave – Petite Chambre d’Amour


Pour l’ambiance, les bars programment des groupes consensuels, format léger. Là, non. Blastwave, c’est du Hard Rock, du vrai qui envoie. Autour d’une chanteuse qui ne doit avoir de fragile que l’apparence, la voix encore jeune peut manquer des excès d’alcool et de tabac de ma génération, ce n’est plus l’époque.

Autour d’elle, un guitariste sans fil, un bassiste, un batteur. Formation classique, efficace.

Balstwave, du hard rock, du solide. Un set de plus de deux heures, bien maitrisé, les morceaux s’enchainent de façon fluide, compositions, reprises de groupes renommés, de groupes locaux (les Landes ? locales ? les choses ont bien changé).

Une fois la râleuse à la carafe de sangria partie, reste un public conquis.

Le soleil a fini par se coucher, le son par baisser, c’était un bon moment.