Théâtre sans spectateurs – Théo Théâtre


Beaucoup de bruit pour pas grand chose, impression de pas fini, je n’ai pas été convaincu par cette pièce. J’arrivais avec le souvenir de Comédiens, dans le même théâtre, petit bijou à la note d’intention pas très éloignée, montrer les affres des comédiens qui montent sur scène pour donner un Phèdre 2.0 digne de l’Odéon du début des années 80.

La pièce enchaine les caricatures au trait forcé et les poncifs sans grande originalité. Quelques bons gags de temps en temps, sans grande légèreté.

Le jeu des acteurs n’est pas maitrisé, les voix sont trop fortes pour la taille de la salle. Pour la moitié d’entre eux, j’ai trouvé qu’ils jouaient faux. Et de façon générale, j’ai trouvé le jeu saccadé, que les répliques ne s’enchainaient pas de façon fluide, comme si chacun attendait d’être sûr que son partenaire ait bien fini de parler avant d’enchainer, du coup j’ai passé mon temps à attendre quelques dixièmes de seconde les enchainement.

Avec un coup de chapeaux aux actrices qui jouent Jackie, Dorite, et la punk, dont le jeu a sauvé ma soirée.

La poupée sanglante – La Huchette


Petite salle bondée et finalement pas si surchauffée que ça pour une comédie musicale feuilletonante.

Trois acteurs-chanteurs, un pianiste, quelques accessoires, et voilà une comédie musicale enlevée, qui fait le plein tous les soirs du Théâtre de la Huchette, celui qui joue La Cantatrice Chauve tous les jours depuis des lustres. On attend dans la rue, au milieu des effluves qui n’ont pas changé depuis l’époque de mes études, souvenirs…

J’ai trouvé que c’était bien fait, correctement mis en scène, bien joué. J’ai été plus sensible au jeu de l’actrice, et de l’acteur qui joue Benedict, j’ai trouvé que le troisième acteur surjouait ses différents personnages. 15 personnages, 3 acteurs, une voix, un accessoire et une mimique sont bien nécessaires pour les identifier.

J’ai réagi à cette pièce… comme j’ai réagi aux livres de Gaston Leroux. Je suis rentré dedans avec enthousiasme, je me suis laissé prendre par le rythme, et à la fin du premier tiers, j’ai commencé à attendre la fin, à m’ennuyer à la fin du deuxième tiers.

La mise en scène m’a semblé tenir compte de cet effet de lassitude, en augmentant la proportion de scènes chantées.

À l’époque, ces histoires étaient publiées sous forme de feuilleton, il fallait retenir l’attention d’un numéro à l’autre, fut-ce au prix de la cohérence globale. Certains personnages disparaissent inexplicablement, l’action se relance sous les formes les plus improbables, quand on pense que c’est fini il y en a encore.

La salle était conquise, et moi j’étais content que ça finisse.

La Dispute – Théâtre 13

En une phrase : Comment trancher la question de savoir qui de l’homme ou de
la femme, a été le premier infidèle en amour, une belle mise en scène dans
un dispositif scénique oppressant et inutilement coûteux.


La pièce est belle, bien jouée. Le parti pris, dans la seconde partie de la
pièce, de différencier l’archétype de comportement Nana/Mec de la
physiologie de naissance Homme/Femme (Dan Piraro a raison, ça devient
difficile d’exprimer les choses) ajoute à l’argument : les règles sociales
sont incapables de limiter la vie, l’anarchie du désir vaincra les
tentatives mortifères de le canaliser.

Les acteurs jouent juste, au milieu d’un plateau rond, est-ce une arène ou
un cirque, dans des couleurs fluos qui ne dépareraient pas les rayons d’un
Décathlon.

Autant j’ai aimé la pièce, et la façon dont elle est jouée, autant je suis
plus réservé sur le dispositif scénique. J’aime le théâtre 13 pour sa grande
scène, et ses rangées de gradins.

Pour La Dispute, les spectateurs sont assis en rond, sur de toutes petites
chaises inconfortables, dans des cellules minuscules et surchauffées,
derrière des glaces sans tain, la tête enserrée dans des casques. L’idée
était de s’assoir avec une inconnue, j’y ai échappé grace à Baroudeur, 7
ans. J’imagine assez mal avoir passé une heure à éviter de frôler une
inconnue, chacun retenant sa respiration pour s’éviter les effluves de la
transpiration de l’autre, et le tout sans communiquer à cause des casques
sur les oreilles. A la sortie, les commentaires tournaient plus autour de
l’inconfort que de la qualité du jeu.

Sur un autre plan, il y avait beaucoup de monde pour accueillir, beaucoup de
monde pour faire tourner le spectacle, le tout pour 56 spectateurs maximum
dans une salle qui peut en accueillir au moins 250.

Dieu sait que j’aime les petites salles, que j’ai vu des troupes donner
leurs tripes pour une salle clairsemée dont la recette ne couvrirait
manifestement pas le minimum garanti (en français courant : la troupe jouait
à perte et sans que les acteurs ne soient payés). Là, on était dans la
caricature de la culture qui coûte cher et est réservée à une élite. C’est
un peu dommage, la pièce dans cette mise en scène imaginative mérite d’être
vue.

Mental Expert 2 – Théâtre Trévise


Giorgio, le Mental Expert, nous offre un spectacle de mentalisme, influençant ses partenaires d’un instant jusqu’au moment où il apparait qu’il avait prévu la position du kangourou marron, ou telle séquence de nombres.

Les tours (peut-être parle-t-on de numéros ?) sont classique sur le fond, je n’ai rien vu que je n’ai déjà vu ici ou là.

Sur la forme, c’est autre chose. Là où d’autres auraient fait régner un silence glaçan pour démontrer leur emprise, Giorgio met un joyeux bordel dans la salle, il joue avec ses spectateurs, se moque un peu d’eux, c’est imaginatif et bon enfant.

Il s’appuye sur une technique qu’il maitrise parfaitement, et, si vraiment il ne communique pas avec un complice, sur une immense mémoire et une vraie aptitude au calcul mental.

Tout est diversion autant que divertissement, la salle est conquise et passe un excellent moment.

Giorgio soigne son public, c’est la première fois depuis bien longtemps que je n’ai pas entendu la litanie « mettez une critique positive sur billetreduc ». Il saute de scène à la fin du spectacle, sans passer par la coulisse, premier sorti il peut saluer chacun, disponible pour un compliment, un selfie.

Merci pour ce moment !

Enzo l’insaisissable – Casino de Paris


Ce coup-ci, Enzo était là, et bien là. Rassurant après le spectacle annulé de la semaine dernière, qui devait être capté.

C’est de la grande illusion, avec un fil conducteur d’émotion, et j’aime les émotions. Le spectacle commence par une vidéo, Enzo a 7 ans et reçoit sa première boite de magie. La lumière se fait, un enfant de 7 ans est assis dans un cube, les années décomptent, il prend de l’ampleur sous nos yeux, relève la tête, c’est Enzo, 25 ans. Là, il m’avait pris par la main, et emmené dans son voyage.

Enzo revisite avec humour et légèreté quelques tours classiques de grande illusion, sa patte leur donne un autre point de vue. Le rythme est volontairement lent, on n’est pas dans l’accumulation recordesque du plus grand nombre de tours dans un minimum de temps, Enzo prend le temps de parler, on a le temps de regarder, de s’interroger, finalement d’encore moins comprendre et d’apprécier d’autant plus. On retrouve l’enthousiasme de son coeur d’enfant, qui parle entre les tours, on est dans le salon de ses parents, on sent sa fierté de nous présenter ses tours.

C’est Enzo enfant qui viendra saluer à la fin, Enzo aura deux standings ovations de la salle clairsemée en ce week end du 14 juillet, deux ovations méritées.

J’ai été impressionné, plusieurs fois. Et j’ai été touché. Fléchette (6 ans) était hypnotisée.

Cuisine et dépendances – La Folie Théâtre

En une phrase : un dîner entre « amis » perdus de vue depuis 10 ans, jalousies, mesquineries.

C’est le même dispositif scénique que pour un Air de Famille, qui se donne en alternance sur la même scène tout le mois de juillet. Mais c’est loin d’être la même qualité de jeu, en tout cas ce soir.

Ce soir, les acteurs n’étaient pas dedans. Hésitations, ton incertain, erreurs. Je n’y croyais pas.

Pourtant la salle était pleine, un soir de 14 juillet, c’est rassurant. Une salle majoritairement âgée, les quelques commentaires échangés semblaient l’être entre personnes à l’ouïe incertaine.

J’y étais avec Patachon, 7 ans, assis à côté d’une femme seule qui lui rendait bien 60 ans, et qui a passé le tiers de son temps à le regarder. La première fois pour s’étonner, pourquoi pas, mais après… j’ai eu le sentiment que la présence d’un enfant, qui manifestement suivait, dévalorisait sa propre présence, comme d’ailleurs le bruit des pieds qui raclaient le sol ou celui des bonbons antitoux. Il a aussi trouvé que ce n’était pas bien joué.

Abracadabrunch – La Grande Comédie

En une phrase : Elle déboule dans la vie d’un cavaleur misogyne, avec ses pouvoirs.


Vous avez déjà compris la fin. C’est du bon gros boulevard, aux ficelles rabachées, sans trop de portes qui claquent. Les personnages sont ultra caricaturaux, les effets comiques un peu lourds.

La salle est pleine, le spectacle marche, les gens rient. Ali Vardar le premier, qui sort du texte et cabotine dès qu’il en a l’occasion. La salle s’amuse, la scène s’amuse.

Et la pièce s’allonge, donnée pour une heure vingt minutes, elle a gagné vingt minutes. Avec une pensée pour la file des spectateurs de la représentation suivante, nous sommes sortis dix minutes après l’heure théorique de son début, qui s’étiraient en fil sur le trottoir et la pluie battante.

Ça n’est pas du grand théâtre, c’est du théâtre efficace, qui fait les beaux jours des sections culturelles des CE, et c’est très bien comme ça. C’est oublié aussitôt vu, ça ne résistera pas au tamis du temps, et ce n’est pas plus grave que ça.

Alexandra DOM – Gare Live


Alexandra DOM est une jeune artiste, monde pop aux nuances d’électro, qui chante ses compositions. Sa musique est bien rythmée, ses textes parlent aux coeurs de ceux qui ont un coeur.

Première partie du set, elle est restée dans sa bulle, cachée derrière son micro, avec de longs silences entre les morceaux. C’était bien, mais un peu chiant.

Seconde partie, elle s’est lachée. Elle est venue chercher le spectateur, lui parler, le regarder dans les yeux. Elle a attrapé un public, et ne l’a pas laché.

Là elle a montré qu’elle avait du talent, de la niaque.

Là c’était bien, et c’était magique.

Allez, un cadeau. Sur son site il y a un onglet musique avec les 4 titres qui seront sur l’EP en préparation. Profitez-en !

Un air de famille – La Folie Théâtre

En une phrase : un dîner en famille, tradition du vendredi soir dans la famille Ménard


C’est du Jaoui/Bacri, ça pétille de bassesse, c’est horripilant de drôlerie. Ils se parlent en s’ignorant, quand ils ne se méprisent pas. C’est grinçant de réalisme. Et à la fin, on garde foi en l’homme.

La mise en scène de Cathy Guillemin est rythmée, le temps de ce dîner s’écoule plus vite pour nous que pour les acteurs.

Difficile de reprendre un rôle écrit pour un acteur aussi caractéristique que Bacri. Morad Tacherifet assume la bougonnerie voulue par le texte, sans en faire des tonnes.

J’avais emmené P’tit Bonhomme 16 ans, Baroudeur, 7 ans. Qui aurait voulu enchainer immédiatement avec Cuisine et dépendances, de la même compagnie. On y retourne jeudi prochain.

Jeux d’enfants – Théâtre 13

En une phrase : dans un pensionnat religieux pour garçons, les enseignants se déchirent


Il y a d’abord les élèves, peu différenciés.

Et puis les enseignants laïcs. Le professeur de français débonnaire, mémoire d’une maison qui l’occupe depuis 30 ans. Le professeur de latin-grec focalisé sur la transmission impitoyable de son savoir, 10 ans de maison. Le professeur de gym, juste sorti du rang des élèves, qui a choisi ce métier pour sa facilité.

Et puis les religieux. Le professeur de chimie, vengeur et punitif. Le surveillant, attentif au bon fonctionnement moral et quotidien des élèves et de l’établissement. Le supérieur, supérieur.

La mécanique bien huilée se dérègle, la tension monte. Les élèves deviennent violent, la sévérité de M. LatinGrec en est plus la cause que l’injustice de Père Chimie, mais quel est le manipulateur derrière tout ça ?

La pièce a tous les atouts. Le texte de Robert Marasco est bon. La mise en scène de Dorothée Deblaton est magistrale, au cordeau, elle tire un magnifique parti du texte, de l’espace, des acteurs. Elle a réuni une superbe palette, l’affrontement entre Jérome Keen et Philippe Catoire nous prend par les tripes dès la première seconde et ne nous lache pas jusqu’au noir final. On vit la pièce, les émotions des acteurs. Elle nous laisse parfois respirer, un instant pour reprendre notre souffle avant de reprendre le crescendo.

Attention, deux moments plus violents font à raison conseiller la pièce aux plus de 12 ans.

Archibald – Gare Live


Le premier abord est sympathique, voix-guitare qui crée un univers, un personnage d’explorateur des âmes et des moments, qui raconte une histoire.

La musique est agréable, la voix est agréable, on se laisserait bien porter.

Porter, mais pas emporter. C’est agréable comme un air de FIP, qu’on entend en arrière plan, qui tient compagnie, qui donne un sourire et qu’on oublie dès que le suivant arrive.

Il manque du charisme, ou une section basse/rythmique, voire les deux. Le public de St Lazare ne s’y trompe pas, qui ne s’arrête pas.

Trois morceaux, et je reprends mon chemin, sans acheter le disque.

2h14 – Théâtre 13

En une phrase : la vie (dé)structurée d’un groupe d’adolescents.

La première séquence, mélange de mime et de danse, les visages des acteurs recouverts d’un masque blanc, m’a bluffé. Je me suis calé sur la banquette, prêt à passer un bon moment.

Et puis ça n’a pas tenu ses promesses. On comprend vite la typologie de chaque ado, la nature de son mal être. Les acteurs jouent bien, les changements de costumes tiennent la route, la lumière est belle. Techniquement bien fait, bien exécuté. Ennuyeux. A forcer le trait, on tombe dans la mauvaise caricature des personnages et des situations.

Au milieu de tout ça, quelques moments épiques, des pépites qui vaudraient le coup d’être extraites. En particulier un moment de folie, quand six des acteurs interprètent le frigidaire, les aliments angoissés d’être rangés par expiration de date de péremption…

La note d’intention annonce un dénouement abrupt et déchirant. J’ai justement eu le sentiment d’y échapper, à ce dénouement attendu pendant toute la pièce.

Tout ça pour ça ? Aïe.

Faustine – House Gig

De la très bonne chanson française, entrainante et délurée, sympathique et mélodieuse


Il y a du sud, dans Faustine, les rythmes, les modulations de la voix, la façon dont elle bouge. D’ailleurs elle est de Nimes.

Ses chansons parlent de la vie, des sentiments. Certaines sont très personnelles, intimes. Toujours belles.

Elle est soutenue par un ensemble solide, Théo de Hond à la guitare, Marion Elan Trigo au violoncelle, Julie Morpan Pallier la Béarnaise au violon, ils aiment jouer ensemble, et ça se sent.

Faustine Pont – la chanteuse, Faustine c’est le nom du groupe – est aussi actrice, j’ai aimé la voir dans Blondie et Brunette, elle était Brunette, et dans MeurtreS à Cripple Creek. Elle sera Medusina cet été dans Hercule une histoire à la grecque.

Faustine a remporté le Metro Music Awards 2016, catégorie groupe, et c’est mérité, il y a du concentré de talents, dans Faustine.

Miam – Gare Live

Quand j’ai écouté les vidéos, j’ai cru entendre la voix d’Elisabeth Wiener, les échos de son dernier avatar, Castafiore Bazooka. Mais non.


Il y a bien des échos de sa voix, mais quand les deux chanteuses de Miam chantent en choeur.

Costumes originaux, enthousiasme, quelques compositions. C’est sympathique, mais pas vraiment plus. On sent l’envie, le manque de travail. Est-ce qu’elles y croient vraiment ? Pourquoi forcent-elles leurs voix ?

Elles ne regardent pas le public, ne vont pas chercher le passant. Elles restent dans leur bulle.

C’est de la chanson française mi romantique mi dépressive comme j’en entendu mille fois, qui attire l’oreille, deux morceaux ça va, trois c’est déjà trop.

L’endroit est exigeant, sélectif, Miam ne passe pas la barre.

Trahisons – La Folie Théâtre

En une phrase : vécue à rebours pour mieux en appréhender les mesquineries, la longue liaison entre une femme et son amant, meilleur ami de son mari


Je mets Trahisons à part dans le théâtre de Pinter, la pièce où il se passe quelque chose, il parait qu’elle contient une partie de sa vie. Point tant de grandes trahisons, plutôt des petites mesquineries, pour que chacun ait son vécu.

La mise en scène a du bon dans le rythme des changements de scène, les cubes lumineux sont une bonne idée. Malheureusement, les scènes de danse derrière un plexiglas flou cassent ce rythme sans vraiment apporter grand chose, c’est dommage.

La Femme donne une vision figée de cette femme qui trompe son mari durant 7 ans, dans ma lecture de la pièce (de la vie ?), elle devrait être passionnée.

L’Amant joue de façon très souple, au contraire, il est très fluide, presque plus féminin, plus chat que La Femme.

À l’arrivée, un bon moment quand même,  un long moment.

Les justes – Petit théâtre de Naples

Une représentation particulière de cette pièce de Camus, qui rend intemporelle l’actualité qui plombe nos infos. Une représentation où l’amitié était essentielle.

Le petit théâtre de Naples n’a pas d’enseigne extérieure, dans la cour d’une organisation qui accueille les étudiants, on se croit revenu dans American Graffiti, une salle de bal, une scène sur laquelle 5 musiciens jouent des grands standards.

J’emmène régulièrement l’écosystème de la société au spectacle. L’écosystème, ce sont ses salariés, ses clients, ses partenaires techniques et commerciaux, son avocat… les gens qu’on aime bien et avec qui on a du plaisir à fonctionner ensemble. Jusqu’à présent, c’était des spectacles faciles, des noms au théâtre Edouard VII, un Prénom, en fait, Le Quatuor intemporel de l’ami Jean-Yves Lacombe, les improvisations de Thomas Boissy, le Poisson Belge, des spectacles de fin d’année. Ce soir, la pièce était plus dure, surtout nous occupions toutes les places du théâtre, le Petit théâtre de Naples porte bien son nom.

La compagnie Icare, connue au hasard des pérégrinations des P’tits Molières, à travers Patrick Rouzaud, encore une histoire de hasards et d’amitié.

La troupe, venue jouer pour nous, une dernière fois, 12 jours après avoir donné la dernière représentations. Les mêmes acteurs, les mêmes placements, le même texte, une ambiance… différente, quand je l’avais vue en mai, l’ambiance était dure, ce soir il y avait une sorte de nostalgie.

De longs applaudissements, à la fin, pour remercier les acteurs de ce qu’ils avaient donné, on se retrouve rapidement dans un bar à vin, tous ensemble.

La représentation, pour eux, était particulière. Une vingt troisième fois imprévue, hors du rythme initial. Une dernière visite. Un adieu à ces personnages avec qui ils ont passé l’année, en septembre ils commencent à répéter un Tartuffe… dans lequel Tartuffe sera joué par une femme.

C’était un moment particulier, unique à tant de points de vue. Un de ces petits bons moments qui font que la vie parait plus belle.

Le petit prince – Théâtre La Boussole

En une phrase : un aviateur qui a gardé son âme d’enfant, en panne dans un désert…


Très belle mise en scène de la compagnie Les Rêverbères du texte de Saint Exupéry.

Un décor très simple, un accompagnement musical qui crée le rêve.

Alexandre Risso donne un St Ex parfaitement dans le ton, il joue juste, il crée l’atmosphère dès les premières minutes.

Gisèle Worthington est la rose, elle est séduisante, séductrice, mais n’est-ce pas le lot des roses en ce bas monde.

Framboise d’Ortoli est magique, serpent, roi, allumeur de réverbère, et surtout, surtout renard.

J’ai eu beaucoup de mal avec Nathan Métral, un Petit Prince qui trimbale du début à la fin de la pièce l’air ahuri d’un néerlandais à qui un harmonica aurait servi une passoire à huitre en guise de pousse café. Pour moi, le petit Prince a l’air concentré de l’enfant qui observe et apprend.

À l’arrivée, un bon moment auquel il manque peu pour être parfait.

Bigre – Théâtre Tristan Bernard

En une phrase : sans un mot, les grands moments de la vie quotidienne de 3 habitants de chambres de bonnes, sous un toit de Paris


Au milieu, l’écolo recycleur. qui vit dans une chambre encombrée, dort dans un hamac. À gauche, le geek, chambre épurée qui se commande au claquement de doigts. À droite va arriver la fille, qui apprend ses métiers dans les livres. Ah, et toilettes à l’étage.

Bien sûr l’arrivée de la fille va perturber un quotidien fait de petits mépris, et de grands ratages, la pièce ira crescendo jusqu’à… l’explosion finale.

Les trois comédiens jouent sans un mot, c’est Buster Keaton qui est là avec ses mimiques, ses air.

C’est la vie, qui se dérègle, où au fond rien ne marche. Agathe L’huillier, La fille s’entrainera (sur ses voisins) à devenir ostéopathe, coiffeuse, infirmière. Le coeur solitaire du Geek qui chante J’ai encore rêvé d’elle dans un yaourt allemand se dérèglera comme le désordre entrera dans sa chambre immaculée. Pierre Guillois, auteur/metteur en scène, est magique en écolo imperturbable.

La salle est pliée de rire pendant une heure et demie, les moments s’enchainent, les quiproquo s’appuient sur le plus parfait non sens le plus logique possible.

En écrivant ces mots, les images me reviennent, une toilette automatique intempestive, un vide ordure, un moustique, un lapin, un poisson. C’est la magie de Bigre, cette alchimie équilibrée entre des moments visuels qui se succèdent, qui construisent une histoire émouvante.

Quand je suis allé réserver les places, j’ai décliné l’âge des « moins de 26 ans », finissant par 7 et 6 ans. « Je ne peux pas vous vendre des places pour des enfants aussi petits, attendez », et nous voilà partis dans les entrailles du théâtre, la scène était en cours d’installation. On croise un barbu (oui, l’écolo), « ce monsieur veut venir avec un enfant de 7 ans, je ne lui vends pas de places ? ». « 7 ans ? au contraire, il va être plié en deux d’un bout à l’autre, mets-le au premier rang de balcon pour qu’il voit bien tout ».

C’était exactement ce qu’il fallait faire. Comme toute la salle, 7 ans a rigolé du début à la fin, 5 ans aussi (j’avais un peu survendu la chose), même si elle n’attendait plus que son lit à la fin.

Un très beau moment, d’utilité publique en cette fin de printemps maussade.

Victoria Rummler – House Gig

Une belle artiste, une belle voix, une belle personne, une belle soirée


Victoria Rummler est originaire du Michigan, elle chante (et compose) les impressions et les émotions que le monde lui apporte sur un mode plutôt jazz.

Elle nous a donné sa vision, ses pérégrinations pendant une quinzaine de titres, des compositions personnelles, des interprétations, des réinterprétations.

J’ai adoré sa composition Words, qui m’a touché au coeur.

Rien que pour moi, une version de As Time Goes By (avant que Star Wars ne devienne le plus grand film de l’histoire, il y a Casablanca, et si vous voulez vous en convaincre, regardez image par image le moment où Humphrey Boggart revoit Ingrid Bergman, faites de même avec le poignardage de Han Solo par son fils).

Une version endiablée de I Wanna Be Loved By You, Marilyn peut rester sur son île.

Don Quichotte, ou presque – La Boussole

En une phrase : Le Don Quichotte de Cervantes, les moulins, les moutons, le tout à la sauce Benny Hill


Une lecture déjantée de Don Quichotte, qui surajoute du burlesque à une pièce qui n’en manque pas.

Les grands moments de Cervantes sont là, les moulins, l’armée des moutons, Dulcinée. Tout est prétexte à jeu de mot, et les acteurs s’en donnent à coeur joie pour en ajouter d’imprévus. Ils jouent autant avec les spectateurs que pour les spectateurs.

Les acteurs « secondaires » multiplient les rôles, mimiques et accents à l’appui.

Tout le monde s’amuse, eux les premiers.

Baroudeur, 7 ans, bien visible au second rang, est allé d’éclat de rire en éclat de rire.

Bref une bonne pièce qui ne se prend pas au sérieux pour rire entre gens qui ne se prennent pas au sérieux.