L’Autobus

Dans les années 80, neuf personnes montent dans un autobus bulgare et délabré, emmenés dans un voyage catastrophe par un conducteur aussi invisible que fou. Un voyage dans la petitesse et l’égoïsme de chacun, au théâtre 13.

Autobus

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Babacar ou l’Antilope – Théâtre 13

En sortant du Théâtre 13, j’avais les yeux pleins de l’histoire de Babacar, et de son trajet désespéré depuis le Sénégal, pleins des larmes de Gina à la fin de la pièce. Babacar ou l’Antilope, c’est l’histoire d’une rencontre improbable, impossible, une histoire d’amour, de la catégorie de celles qui finissent mal, l’histoire dramatique d’une migration. J’avais le sentiment d’être passé à côté des séquences chorégraphiées pendant lesquelles tous les 8 acteurs sont sur scène en même temps.

Je revoyais les étapes de Babacar, le migrant à l’optimisme résigné chevillé au corps, face au garde frontière dont le reste d’humanité est un jeu pervers, face à l’administration qui gère des dossiers et des statistiques en omettant ce qu’elle considère  comme un inévitable humain sous jacent. Je revoyais la transformation de Gina, larve consolaire qui se découvre femme.

Ce matin, ce sont au contraire les séquences de groupe qui m’obsèdent, ces danses orchestrées par un personnage halluciné qui ferait passer le Joker dans Batman pour un être paisible et bienfaisant, qui dressent le portrait d’un monde incompréhensible dans lequel personne ne fait l’effort de s’intéresser à l’autre. Monsieur H, dans son uniforme orange, son manteau, son maquillage. C’est un leader, un leader violent, un leader destructeur, la terre vole, il tire les lignes des frontières, monte les barbelés. La ligne est bien tirée, du point A au point B. Le barbelé est dressé sur la ligne, mais pourquoi cette violence, pourquoi le point A est-il là ? Pourquoi sont ils aussi violents, aussi monstrueux ? Sont-ils humains, sont-ils spectateurs sur la défensive ou acteurs manipulés ? Une ébauche de réponse vient peut-être de l’Avare, celui de Molière, réduit à l’essentiel, quand Harpagon croit que Valère a volé sa cassette quand il n’a pris que le cœur de sa fille.

Comme souvent au Théâtre 13 Seine, la mise en scène tire un beau parti de l’immense plateau, la lumière est magnifique, et les acteurs sont dedans et justes.

Salle pleine au tiers (un mardi soir) et enthousiaste. La violence et le désespoir du propos me font conseiller d’éviter d’emmener des yeux trop sensibles ou immatures.

Le site du théâtre

 

Bilan 2016

C’est l’heure des bilans ? Allons-y. Je viens de repasser la liste des spectacles vus cette année, il y en a 155. Avec forcément des mauvais souvenirs, et malheureusement des absences totales de souvenirs, des pièces que j’ai vues, et même en faisant un effort, je ne me souviens de rien.

En haut du podium, hors catégorie, Le Conte d’Hiver, vu au Théâtre 13. Avec Baroudeur, on l’a vu 3 fois en 15 jours, et on regrette de ne pas l’avoir vue encore. Je crois que je suis tombé amoureux, amoureux d’une pièce de théâtre, du coup j’ai compris que l’amour impossible pouvait exister, compris comment un cœur perdu pouvait aller acheter son pain à l’autre bout de la ville pour simplement sentir le parfum de celle qu’il aime et qui ne l’aimera jamais. Evidemment, je n’irai pas à Andrézieux-Bouthéon (oui, la ville de L’Echo de la Fouillouse), mais à Pontault-Combault, à Chevilly-Larue… c’est là, si vous voulez venir.

Maintenant que j’ai triché… passons au podium.

Sur mon podium, je voudrais mettre 3 salles, parce qu’une salle c’est une ligne éditoriale, le choix forcément subjectif de faire venir une pièce ou pas, et que je fais une confiance aveugle à certaines salles de ce point. Il y a le Théâtre 13, La Folie Théâtre, et le Ciné 13 Théâtre, trois salles dans lesquelles je vais les yeux fermés, en confiance, voir les pièces qui y sont programmées simplement parce qu’elles y sont programmées, trois salles dans lesquelles j’ai eu de très belles surprises.

Je voudrais, sur le deuxième marche de mon podium, mettre de ces belles surprises… je voudrais juste citer Transsibérien si je suis, Hobobo, Mademoiselle Frankenstein et Bigre, les pièces qu’on a vues, voire revues, de vrais moments de magie théâtrale.

Evidemment, Le Cirque Invisible est passé au Rond Point, et évidemment on l’a vu, encore.

Une catégorie à part, les pièces bonbon, mes pastilles Valda, ces pièces sans prétention que j’ai vues et après lesquelles je me suis senti tellement bien, des pièces de troupe, entrainantes. Cette saison, il y a eu Comédiens, et La Vie est Une Chienne, Jordan.

Une catégorie rien que pour eux, parce que je me demande comment ils vont évoluer, parce que j’aime ce qu’ils font : la Compagnie du Homard Bleu, qui ose s’attaquer au Monstre Sacré, qui le fait avec talent. Leur Bourgeois Gentilhomme partait un peu dans tous les sens, avec Le Mariage Forcé de Georges Dandin, ils se sont canalisés, affutés, le message est devenu clair, je les attends de pied ferme l’an prochain.

Allez, bonne année à tous !

Le Conte d’Hiver – Théâtre 13 Seine

J’ai vécu un de mes plus grands moments de théâtre. Mais que c’est douloureux, la descente de Contediverite.

Une troisième fois ? Baroudeur et moi avons vu Le Conte d’Hiver pour la troisième fois en 15 jours ? Oui.

Je voudrais vous dire que c’était pour voir Lucie Botiveau prendre la suite de la belle Susanna Martini (que nous avons eu le plaisir de croiser en retirant nos places), mais non, c’est juste qu’on est addicts.

J’ai déjà vu des pièces de multiples fois (Le songe d’une nuit d’été, la nuit des rois) dans des versions très différentes, le même spectacle à chaque passage (le cirque invisible), je suis retourné voir un spectacle particulièrement apprécié (Bigre, Hobobo). Trois fois la même pièce en 15 jours, c’était la première fois.

La première fois, j’avais découvert, avec plaisir. La deuxième, j’attendais, c’est presque l’oeil technique. La troisième ? j’anticipais, et la magie était exponentielle. Attendre une réplique, l’anticiper, la savourer, en déguster l’effet, sur moi, sur la salle, le partager d’un sourire avec Baroudeur.

J’ai vécu un de mes plus beaux moments de théâtre, hier soir.

Ensuite, le cabaret. Les entendre chanter, leur générosité. Discuter, comprendre qu’on est loin d’être les seuls à être revenus, la dame à droite, la jeune femme en face, aussi, sont là pour la troisième fois. C’est un hasard, qui a réuni là trois addicts, trois addicts qui se racontent.

J’avais, un jour, théorisé la troisième fois, son importance. Première fois, appréhension de la découverte. Deuxième fois, application et performance. Troisième fois, savourer un chemin connu. Poursuivre et s’installer, ou décider d’arrêter et rester sur cette saveur.

Je viens de le vivre.

J’étais bien, pendant cette représentation, les répliques coulaient de mes lèvres, je savais où poser le regard, où guetter un sourire. J’avais aimé voir la pièce, j’ai adoré la vivre, la ressentir. J’étais dans l’envie, dans l’empathie. Ça s’est poursuivi pendant le cabaret.

Baroudeur a ressenti la fatigue, on s’est éclipsé, saluant d’un signe de tête. En franchissant la porte, j’ai réalisé que je ne les reverrai sans doute pas, en tout cas pas dans un horizon prévisible (oui, si je vois Agence des Voyages Imaginaires sur une affiche, je ne réfléchirai pas, je prendrai un billet). J’ai basculé dans la tristesse, malheureux. Le manque.

Le Conte d’Hiver par l’Agence des Voyages Imaginaires, quand on en a eu, on en veut encore, et quand on en a eu encore plus, on en voudrair encore encore plus. Sauf que je n’en aurai plus, il n’y en a plus. Alors je suis en manque. Je suis en pleine descente de Contediverite, c’est… pas facile.

Surtout que je suis addict. Si j’ai l’occasion d’en reprendre…