La Dame de chez Maxim – Théâtre 13 Jardin

C’est une superbe version décapée de la pièce décapante de Feydeau que donnent Les Sans Chapiteau Fixe au Théâtre 13. Une version énergique, chantée, dansée, au cordeau, à aller voir absolument.

Feudeau

La Dame de chez Maxim est la pièce la plus longue de Feydeau. Une suite de quiproquos, le docteur Petypon fait – pour une fois – la fête jusqu’au matin, revient chez lui accompagné de La Môme Crevette, elle se réveille quand arrive l’oncle à héritage qui la prend pour madame Petypon et l’invite au mariage de sa nièce Clémentine. Tout est en place pour une confusion enchainée, un tableau critique des mœurs des uns et des autres.

Johanna Boyé et Pamela Ravassard ont dépoussiéré la pièce. Non, pas dépoussiéré. Elles ont décapé la pièce, ont passé la paille de fer, sont revenues à l’essence de chaque sentiment, et ont passé une lasure qui le met en avant tout en le laissant respirer. Le résultat est endiablé, je me demandais si la main de Puck ne trainait pas quelque part dans les coulisses pour désorganiser tout ça. A la comédie de mœurs 1900 où chaque classe sociale regarde avec envie les autres classes, elles ont ajouté avec tact et finesse l’ambiguïté du genre, quand un même acteur alterne un rôle masculin et un rôle féminin avec naturel, sans tomber dans la caricature ou le grotesque.

La pièce commence dans une ambiance ambiguë et suggestive qui ne retombera pas. Séquences jouées, chantées, dansées, respirations musicales dans l’air du temps,  une ambiance sonore moderne, la pièce mérite son sous-titre, cabaret burlesque.

Le dispositif scénique est épuré, les acteurs alternent les rôles et les changements de costumes. J’ai ressenti la mise en scène de Johanna Boyé comme je ressent une danseuse classique : elle va au bout des choses, et puis elle tire encore un peu pour aller vraiment au bout, sans jamais aller trop loin. Il y a un travail énorme, je le sais, et la magie prend quand on oublie tout le travail pour ne plus voir que la beauté. C’était le cas hier soir.

Vanessa Cailhol déploie son talent multiforme, elle joue, danse, chante, donne une Môme Crevette au regard perpétuellement séducteur, à la recherche permanente d’une branche vigoureuse sur laquelle se poser, gouailleuse sans jamais tomber dans la vulgarité, j’ai admiré la palette de son jeu.

Quand Arnaud Dupont est Mongicourt puis La Duchesse, on oublie la rapidité du changement de costume, le burlesque vient de la Duchesse qu’il donne, et non pas du fait que c’est un homme qui interprète le rôle.

Je pourrais citer Vincent Viotti, un Général Petypon ample et enjoué, Lauri Luppi (Etienne, Corignon, l’Abbé), Garlan le Martelot (Clémentine, le Duc), Pamela Ravassard (Gabrielle Petypon, madame Vidauban), et bien sûr Mahdi Bourayou (Emile), qui multiplie les instruments et sons sur scène, qui est l’auteur des musiques du spectacle.

J’ai senti que la troupe s’amusait, prenait plaisir à jouer ensemble. Sentiment partagé par mes commères du soir et plus généralement par le public, les applaudissements et les bravo ont fusé à la fin de la pièce.

Mon seul regret ? J’aurais rêvé de repartir avec un CD des airs et musiques de la pièce, pour les mélodies, pour les paroles délirantes aussi, je l’avoue.

Est-ce que vous devez y aller ? Oui. Oui, parce que c’est un grand Feydeau, qu’on peut voir et revoir. Oui parce que c’est une superbe version de la pièce, qu’elle passe avec aisance une barre placée très haut.

Au Théâtre 13 jusqu’au 15 octobre. Mardi – samedi : 20h00 – dimanche : 16h00.

 

 

 

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