A la Vaca Mariposa – Tremplin Théâtre

La vaca Mariposa, c’est la vache papillon, ainsi nommée à cause des taches sur son pelage, parce que les paysans vénézuéliens donnent à leurs vaches des noms poétiques, parce qu’ils chantent leurs vaches pour faire passer le temps, des petites chansons improvisées sur ce qui se passe, ce qu’ils voient. Sur la vie qui passe, la vie c’est séduire, aimer, ne plus être aimé, mourir.

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J’ai vécu le spectacle comme un papillon, j’étais ce papillon qui vole doucement dans le vent, qui se promène dans la plaine, tiens un troupeau avec son gardien à pied, en voilà un autre à cheval avec sa harpe sur le dos, et me voilà en ville.

Emmanuelle Saby chante le Venezuela, accompagnée de Cristobal Soto et ses cordes magiques (guettez ses doigts dans l’effet stroboscopique de l’éclairage), Marius Pibarot et ses cordes plus longues et plus graves.

Ils chantent, et racontent le Venezuela, le papillon explore, découvre, apprend. Que la plaine de l’Orénoque est grande et plate (avec une petite rivière tous les cinquante kilomètres), les vaches n’ont pas besoin de cloches, pour les trouver il suffit de lever la tête. Qu’à Caracas il y a une place où voisinent un hôtel spécialisé dans les rencontres furtives, une pharmacie, et un funérarium, vivre, souffrir, mourir, tout est dit. Que le cuatro n’est PAS une petite guitare à quatre cordes, que d’ailleurs il ressemble fort à l’instrument que les espagnols ont apporté avec eux au quinzième siècle, dont descend la guitare bodybuildée. Que la harpe des vachers est petite et légère, pour être portée sur le dos du cavalier (et non ce n’est pas un bateau qui passe).

De belles chansons, de belles anecdotes, mon papillon voletait, découvrant avec plaisir un Venezuela humain, romantique et attachant, que ce n’est pas seulement « … fait partie des pays ayant le plus fort taux de criminalité au monde, les conditions de sécurité continuent de s’y dégrader rapidement », que c’est un pays avec des gens qui y vivent, que la musique accompagne leur vie.

La (petite) salle du Tremplin Théâtre,  pleine à craquer, a longuement applaudi les artistes, et moi aussi.

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Les Caprices de Marianne – Ciné XIII

Très beau moment de théâtre hier soir au Ciné 13, avec Les Caprices de Marianne. C’est pour avoir de belles surprises que je hante les salles, et quand j’en trouve, je dis BRAVO.

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Je ne vous raconte pas l’argument de la pièce, Marianne, Claudio, Celio, Octave, ils sont tous là, Marianne fait sa mijaurée, Claudio tente d’éviter le destin qu’il s’est choisi, Celio souffre mollement, et Octave meurt en bad boy.

Les Chaises de Jardin donne une version actualisée de la pièce de Musset, en gardant le texte, en transposant l’action dans un univers à La Fureur de Vivre d’Octave, et d’une touche de Godard, pour la mijaurissime  Marianne.

Je ne suis pas le plus grand des romantiques, Les Caprices renvoient à bien des épisodes de ma vie, j’en ai croisé des Claudio qui souffraient des écarts de leur trophée, des Marianne desséchées de n’avoir pas cédé ou épanouies de l’avoir fait, quand à Octave, dans la vraie vie, il saute sur l’occasion, enfin je crois, et puis quand on peut rendre service…

J’ai vu bien des versions ennuyeuses et morales des Caprices, là j’ai vraiment adoré la mise en scène de Patrick Alluin et Simon Coutret, la façon actuelle dont ils font dire le texte, la magie avec laquelle les longues tirades sont expédiées, on est là pour éprouver de l’empathie pour le rôle, pour enchainer l’action, pas pour entendre un acteur qui s’écoute déclamer une longue envolée.

J’ai apprécié la scénographie, ce plateau tournant qui transforme en un instant la porte de la maison d’Octave en chambre de Marianne, j’ai ri aux intermèdes chantés (vous n’entendrez plus Hélène de Roch Voisine sans éclater de rire). J’ai beaucoup aimé Simon Coutret en Octave Dean, Justine Thibaudat en Marianne Javal. J’ai une certaine admiration pour la façon dont Constantin Balsan est Celio, qui lancine mollement.

J’ai surtout admiré le travail de troupe, l’un sort de scène et va immédiatement changer un rideau, l’autre pousse le plateau tournant pendant que l’action se poursuit, surtout, à la fin de la pièce, après des applaudissements nourris et mérités, ils s’y mettent tous, il faut démonter le décor, une pièce se donne dans une demi heure, pas le temps d’attendre que les spectateurs aient quitté la salle.

OliveOyl a beaucoup aimé le parti pris de la mise en scène et le jeu d’Octave, Baroudeur a trouvé la pièce « très bien ».

Je laisse le mot de la fin à Fléchette : « Un peu compliqué à suivre mais j’ai suivi. En fait ça raconte les caprices des hommes pour Marianne. C’était beau et bien joué. J’ai eu un peu peur à un moment. »

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Ala-e-Din – Ciné XIII

La compagnie Acte II donne Ala-e-Din au Ciné 13 dans une version bourrée d’énergie et de rythme.

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L’histoire est connue, un jeune homme du peuple et une princesse rebelle tombent amoureux, avec en arrière plan un vizir qui veut devenir calife, un génie dans une lampe, un peuple oppressé, et une mère malade.

Quand Matthieu Brugot entre en scène, le vizir manipulateur au regard perçant saisit l’attention des petits et des grands. Edward Wolf donne un Aladin bondissant, Jonathan Dos Santos est le calife dépassé et un génie déjanté, Morgane Quiguer une Jasmine rebelle et combative.

Un décor très simple, 5 colonnes triangulaires et 3 cubes, une belle lumière, des scènes jouées, chantées, chorégraphiées. Des combats bien réglés, je me suis pris à craindre que les cimeterres ne passent un peu près, mais non. À nouveau, Edward Wolf, Matthieu Brugot, Jonathan Dos Santos et Morgane Quiguer déploient une énergie féroce et contagieuse, ils entrainent le public dans leur vision des aventures d’Aladin.

Un vrai regret, les scènes chantées le sont sans micro, leurs voix sont perdues dans la musique. C’est une belle pièce un peu chantée, pas un musical, mais ça serait une très belle pièce avec des séquences Musical si ils utilisaient des micros et un peu de réverb pour soutenir les voix dans ces séquences (sans tomber dans le travers de les utiliser aussi pour les scènes jouées, ils ont de belles voix qui portent, qu’ils contrôlent, que  j’ai aimé apprécier au naturel)

Baroudeur et Fléchette étaient là, leur commentaire rejoint celui de tous les enfants qui sortaient de la salle les yeux pleins d’étoiles : « SUPER !!! » (avec, pour Fléchette, l’exégèse des différences avec le dessin animé :-).

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Peau Neuve – Ciné XIII

Bon moment de fraicheur, poétique et attachante, au Ciné 13, avec Peau Neuve, le spectacle musical de Lili Cros et Thierry Chazelle. Thierry Cros, voix, mandoline et guitare, Lili Cros, voix et guitare basse, une belle guitare basse acoustique, comme on en entend rarement.

Pourquoi Peau Neuve ? parce qu’il faut sept ans pour que toutes les cellules d’un corps humain se régénère, et que leur duo a sept ans. Leur complicité fait plaisir à voir, une complicité des voix, des yeux, des corps.

Peau Neuve, ce sont des chansons scénarisées, des petites histoires, pleines d’un humour souvent caustique, jamais méchant, ils regardent la vie avec un regard toujours ému, jamais dupe.

C’est l’histoire d’un vieux chien, mais il est mort; c’est l’évidence des petits qui poussent, des cris et leur mère à la crise de nerf; voilà la basse acoustique qui entre en action, pour soutenir que le rythme est amour.

Voilà qu’ils apprennent aux jeunes femmes comment éviter de rencontrer l’homme de sa vie, qu’ils nous racontent l’histoire des Trois Baudets, où tant de grands noms ont commencé, devenu un temple de l’érotisme, redevenu une salle de spectacles.

La mode est aux chansons française en anglais ? voilà I am a dog, un tatouage venu des brumes, celles de l’alcool, qui prenait un autre sens en inversant deux lettres. Je ris encore des rimes endormies de cette hommage aux narcoleptiques, forcément amateurs de haïku !

Pour terminer, un bonbon, Les Amoureux, a capella.

J’ai souvent apprécié le travail de la lumière au Ciné 13, c’est encore le cas, un bel écrin vient souligner chaque chanson, j’ai découvert la pureté que le son amplifié peut avoir dans cette salle, c’est suffisament rare pour être souligné.

La salle était pleine et conquise, ne mégotant pas ses applaudissements.

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De Lorca au Tango – Folie Théâtre

Maiko Vuillod est entrée en scène, elle a caressé son violon et elle a chopé mon cœur, sans le lâcher pendant 40 minutes. Elle a créé une connexion, une empathie, avec ses gestes lents et sensuels, avec ses yeux, ses sourires.

Son jeu et sa danse hypnotiques et sensuels, ont saisi créé une tension, saisi l’attention de la salle, l’ont figée, retenant les respirations, pas un bruit, attentive comme rarement.

De Lorca au Tango, c’est l’histoire d’une femme, d’une rencontre, d’un amour. C’est de la séduction pure. Une femme qui rêve de lumière, en manque de lumière, qui rencontre la lumière, elle a la forme de Yannick Lhermitte, danseur de tango barbu, et chorégraphe du spectacle. Une femme. Peu de mots, dits d’une voix douce, des corps qui dansent, dans le silence ou sur une musique prenante, deux tangos, l’un dans une tension langoureuse, le second épanoui et détendu, pour nous ramener à la réalité, nous faire atterrir sans trop de dommages. Reprendre nos respirations, retrouver notre souffle.

De Lorca au Tango, c’est du tango, superbe, plein de petits mouvements de corps serrés, de mai, de jambe, de pieds, j’aurais pu rester figé à simplement observer le mouvement des jambes qui se frôlaient et s’entrecroisaient. C’est de la danse, les corps sont plus éloignés, la distance crée une tension différente, mais la tension est là. Ce sont des mots, les mots de Lorca, de sa jeunesse, dits d’une voix sourde, une fois la voix s’élèvera, quelques grognements. De la musique.

Il y a tout ce que j’attends d’un spectacle à  travers lequel, au fond, je remonte la chaine de mes racines. De la langueur triste, et de la tristesse langoureuse. Des regards durs et hautains, cassés d’un éclair dans les yeux. La vie, telle qu’elle est, cruelle et belle.

Je la pris près de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu’elle était adultère
C’était la Saint Jacques, la nuit

Les mots de Lorca, le Romancero Gitan, au coeur de ce spectacle hypnotisant, enivrant, addictif, saisissant. Voilà. Saisissant. C’est un spectacle saisissant

Le spectacle est court, 40 minutes, il se donne encore deux fois, en préambule aux Noces de Sang, à venir dans une dizaine de jours. C’est un superbe préambule, il m’a saisi par surprise, je ne savais pas vraiment ce que j’allais voir, je n’attendais rien.

Avec De Lorca Au Tango, la compagnie La Grue Blanche a mis la barre très haut. Je leur fait confiance pour transformer l’essai avec Noces de Sang.

Un grand bravo, un grand Coup de Cœur.

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Les fables de La Fontaine – La Folie Théâtre

On a pris un bol d’énergie enthousiaste avec les fables de La Fontaine, et ça fait du bien.

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Le texte est bien celui de Jean de La Fontaine, les parents sourcilleux ne sont pas dépaysés. Les fables sont racontées, dansées, chantées et non point déclamées sur un ton moralisateur, les enfants apprécient.

Sans tout dévoiler, je revois le corbeau danser, quand il ne se sent plus de joie, sa joie est communicative; l’air apeuré du lièvre, celui qui songe en son gite, et se découvrira guerrier; la gambade de l’agneau insouciant, avant qu’il ne vienne se désaltérer dans le courant de l’onde pure; le travail d’une cigogne bien outillée, pour retirer l’os demeuré bien avant au gosier du loup; oh… et la grenouille, qui enfle, enfle…

Le spectacle est rythmé, et plein de fantaisie, bravo Joyce Brunet pour cette mise en scène. Les acteurs de la compagnie d’Eos expriment le sentiment des animaux, on est dans le registre d’expression du clown, ils peuvent prendre des airs, tenir des mines, ils sont pleins d’une énergie communicative, d’un entrain roboratif, ils s’amusent, nous amusent.

J’ai adoré les costumes et l’imagination qui les a conçus, on sourit en reconnaissant chaque animal, j’ai aimé la musique, bien actuelle, on échappe au clavecin du dix-septième siècle.

L’avis de Baroudeur (« Archi bien »), celui de Fléchette (« Très bien ») conforte l’opinion de la salle, qui faisait la queue pour obtenir de La Fourmi (restée dans son costume de femme fatale) qui une affiche, qui une photo, qui un bisou.

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Silence on tourne – Théâtre Fontaine

Silence On Tourne remplit sa salle, la fait rire aux éclats, et c’est l’essentiel. Les rires fusent, les spectateurs repartent heureux, je m’en réjouis, pour eux, et pour les 12 acteurs qui sont sur scène.

C’est une pièce efficace, on y trouve ce qu’on vient y chercher : un amant évincé, une femme vengeresse, une intrigue simpliste. Des effets faciles, des blagues lourdingues, c’est  surjoué (je n’en doute pas, volontairement), il y a le gimmick répétitif qui alimentera les plaisanteries entendues des spectateurs pendant le diner qui va suivre, jusqu’au prochain réveillon leur visage s’éclairera en entendant « Où est Philippe ? ».

Je ne suis pas vraiment rentré dedans, jusqu’à la séquence de la chemise bleue, je me suis d’autant plus fait avoir que c’est l’homme assis à ma droite sur qui le sort est tombé, là c’était un vrai moment de théâtre, joué juste, qui emportait l’empathie. Il ne me reste que cette séquence, elle m’a scotché.

Avec le retard à l’installation et les intermèdes musicaux, la représentation dure deux heures.

Fléchette m’avait accompagné, son commentaire est « Bof ».

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Moi et François Mitterrand – La Pépinière

Sentiment mitigé à la sortie de Moi et François Mitterrand.

C’est l’histoire d’un homme simple, avec des problèmes de cœur, d’emploi, qui s’évade de sa vie en inventant une correspondance avec 4 présidents de la République successifs, lui écrit, le secrétariat lui répond par une lettre type, dont ni le texte ni la signature ne varieront au fil des années.

Ecrire des lettres pleines de non sens, obtenir des réponses, un bel exercice Oulipien (Hervé Le Tellier est membre de l’Ouvroir), on lira avec plaisir les Lettres de Non Motivation de Julien Prévieux sur une variation proche. J’aime bien l’exercice.

Explorer la vie, les sentiments, les soucis d’un homme simple, explorer la façon dont il se construit, pas à pas, une fenêtre ensoleillée, le rêve éveillé qui lui permet de s’imaginer une influence qui n’existe pas, c’est touchant, parfois poignant, et Hervé Broche le rend bien, il donne un être enthousiaste, et transparent, désarçonné devant les tracas de la vie sans jamais perdre son espoir ni son optimisme.

Le mélange des deux… je suis moins fan. Le passage répétitif de l’éternelle même lettre a fini par me lasser, peut-être manquait-il plus de variation dans le temps, peut-être, simplement, le mélange n’est-il pas, au fond, trop fin ?

Bref j’ai savouré la première partie François Mitterrand, apprécié Jacques Chirac, commencé à m’ennuyer à Nicolas Sarkozy.

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Trahisons – La Croisée des Chemins

Elles ont commencé à parler dès les saluts, on aurait dit deux Vamps, flétries devant leur télévision. Elles ont continué, pendant toute la pièce, j’étais 4 rangs derrière elles, je les entendais commenter pour le plus grand bénéfice des acteurs et des spectateurs ce qui se passait sur scène, se demander si le contenu de la bouteille de whisky est de l’alcool ou du jus de pomme, apprécier telle réplique, rire de telle situation, applaudir tel moment.

Deux Vamps, sourdes et desséchées devant leur télévision, commentant en s’esclaffant la rediffusion matinale d’une pièce de boulevard vue et revue, alliant la créativité de Poiret à la gouaille de Maillan, connue par cœur, et commentée dans l’intimité de leur salon, je l’imagine couvert de ces petits ouvrages au crochet…

La salle était pleine, désarçonnée devant ce comportement. L’une bougeait pour essayer d’entendre, l’autre regardait son compagnon d’un air furieux et assassin.

Et directement sous le feu des commentaires, Sonia Ouldammar, Lajos Kulcsar, Mahmoud Ktari et X ont tenu bon, je les en admire. Que restait-il de la mise en scène de Patrick Rouzaud, il faudrait que je retourne voir la pièce pour le savoir. Il a poussé la logique de la pièce à rebours jusqu’au bout, laissant le spectateur sur une frustration à la sortie de la salle, frustration amplifiée par la volonté de fuir enfin… vous savez, comme quand, en descendant du taxi, on échappe enfin aux blagues éculées qu’on entend sur RTL en fin d’après midi.

Avec une nuit de recul, le résultat est étrange. Un Jerry désabusé à la fureur rentrée, une Emma déstabilisée, un Robert machiavélique aux yeux brillant de colère, ce n’est pas le Trahisons qu’on peut voir d’habitude. Le hasard a donné des moments intéressants, des moments que je vais garder pour moi, parce que je vous souhaite, je leur souhaite, de ne pas les vivre à nouveau. Mais est-ce vraiment du hasard ?

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Babacar ou l’Antilope – Théâtre 13

En sortant du Théâtre 13, j’avais les yeux pleins de l’histoire de Babacar, et de son trajet désespéré depuis le Sénégal, pleins des larmes de Gina à la fin de la pièce. Babacar ou l’Antilope, c’est l’histoire d’une rencontre improbable, impossible, une histoire d’amour, de la catégorie de celles qui finissent mal, l’histoire dramatique d’une migration. J’avais le sentiment d’être passé à côté des séquences chorégraphiées pendant lesquelles tous les 8 acteurs sont sur scène en même temps.

Je revoyais les étapes de Babacar, le migrant à l’optimisme résigné chevillé au corps, face au garde frontière dont le reste d’humanité est un jeu pervers, face à l’administration qui gère des dossiers et des statistiques en omettant ce qu’elle considère  comme un inévitable humain sous jacent. Je revoyais la transformation de Gina, larve consolaire qui se découvre femme.

Ce matin, ce sont au contraire les séquences de groupe qui m’obsèdent, ces danses orchestrées par un personnage halluciné qui ferait passer le Joker dans Batman pour un être paisible et bienfaisant, qui dressent le portrait d’un monde incompréhensible dans lequel personne ne fait l’effort de s’intéresser à l’autre. Monsieur H, dans son uniforme orange, son manteau, son maquillage. C’est un leader, un leader violent, un leader destructeur, la terre vole, il tire les lignes des frontières, monte les barbelés. La ligne est bien tirée, du point A au point B. Le barbelé est dressé sur la ligne, mais pourquoi cette violence, pourquoi le point A est-il là ? Pourquoi sont ils aussi violents, aussi monstrueux ? Sont-ils humains, sont-ils spectateurs sur la défensive ou acteurs manipulés ? Une ébauche de réponse vient peut-être de l’Avare, celui de Molière, réduit à l’essentiel, quand Harpagon croit que Valère a volé sa cassette quand il n’a pris que le cœur de sa fille.

Comme souvent au Théâtre 13 Seine, la mise en scène tire un beau parti de l’immense plateau, la lumière est magnifique, et les acteurs sont dedans et justes.

Salle pleine au tiers (un mardi soir) et enthousiaste. La violence et le désespoir du propos me font conseiller d’éviter d’emmener des yeux trop sensibles ou immatures.

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ARCHIBALD – GAF*GIG

Achibald est un explorateur imaginaire, incarné et chanté par Roxane Terramorsi (elle est aussi Emilie dans l’épopée des Franglaises), soutenue par Nicolas Gardel à la guitare, complétés par une section piano / contrebasse / batterie pour faire un quintet efficace.

Roxane est une personne singulière, extraordinaire au sens vrai du terme, elle a fait des études de biologie et d’éthologie, parcouru le monde, étudié les singes en Afrique et les blattes en laboratoire, exploré le Cap Horn (qui est une ile) et l’épave du navire d’un explorateur retrouvée par des pêcheurs pirates chinois, le plaisir d’un concert d’Archibald vient pour moitié de la musique et pour moitié des contes de Roxane. Forcément, elle a le sentiment d’appartenir à l’humanité, la conscience qu’elle est partie d’un tout. Elle met dans ses chansons l’aventure, les modes de vie nomades, la musicalité des langues.

Chaque chanson a une histoire, fait partie de son histoire, parfois a attendu que son histoire se déroule avant de prendre sens.

Archibald est un explorateur imaginaire, il peut voyager dans l’espace, dans le temps, les contraintes des frontières sont pour lui la démarcation des espaces à découvrir, des souvenirs à rapporter.

A l’arrivée, une musique inclassable, qui me donne érection pilaire sur érection pilaire, à base de notes soutenues, sa voix laisse aux instruments le soin de dérouler les lignes mélodiques, c’est magique. Une forte teinture jazzy, c’est vrai, seulement une teinture, sa musique est personnelle et universelle.

Archibald se produit parfois en duo intimiste, la voix de Roxane Terramorsi sur les notes de la guitare de Nicolas Gardel, parfois en formation complète, la musique prend alors toute son ampleur, et vous emmène pour un voyage qui vous ouvre l’esprit, vous fait découvrir des contrées inconnues, le secret de la vie, regarder, recevoir.

Le site d’Archibald

Légende d’une vie – Théo Théâtre

Un ange passe au Théo Théâtre, et vous avez sacrément intérêt à aller le voir, dans 10 ans vous pourrez dire « Vous savez, je l’ai vu quand il avait 25 ans ».

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Légende d’une Vie est une des rares pièces de Stefan Zweig, je l’ai découverte hier. Je reste souvent froid devant les textes de Zweig, que je trouve surannés, pourtant je suis rentré immédiatement dans ce texte, qui dépeint les pratiques d’une époque révolue, quand les mariages se faisaient pour allier position sociale, fortune et nom, quand les vieilles douairières tenaient avec une force violente l’image de la perfection familiale, au prix de la dissimulation de nombreux secrets. J’ai aimé la façon dont Légende d’une Vie aborde le sujet, la pression sociale sur le fils d’un poète célèbre (je ne peux m’empêcher de penser au sort du fils de Rudyard Kipling, pour qui avait été écrit Tu Seras Un Homme Mon Fils) à qui a été imposée une première lecture publique de ses poèmes, la découverte progressive de sa passion pour une cousette, la découverte progressive des pans cachés de la vie de son père, jusqu’à ce passé ressurgisse, jusqu’à ce que la vérité apparaisse, jusqu’à ce que l’image du père s’humanise, jusqu’à ce que chacun puisse enfin assumer son destin.

En voix off, un Patrick Poivre d’Arvor joue son rôle de journaliste pompeux qui sait surtout s’écouter parler, c’est précieux pour l’image de la pièce, ça lui donne de la visibilité.

Légende d’une Vie est produit par la Compagnie Thylen, sur scène, c’est Lennie Coindeaux, et Caroline Rainette. Elle a traduit et adapté le texte (c’est donc elle que je dois remercier pour avoir peigné la langue et la rendre actuelle !), ils signent la mise en scène, ils jouent. Ils jouent bien. Vraiment bien.

J’ai été bluffé par le jeux de Lennie Coindeaux. Retenez bien ce nom. Il a 26 ans, il joue de façon magistrale. J’ai eu l’impression, hier soir, de voir un comédien mûr, mature, expérimenté. Il est encore tout jeune, il joue comme si il avait l’expérience d’un Francis Huster à 40 ans, au sommet de sa carrière. Il est dans le rôle dès le premier instant, ne le quitte pas un instant, il joue bien, juste. C’est pour recevoir ce genre de cadeaux que je vais dans les petites salles, pour sortir de la salle le souffle coupé par ce que je viens de voir, de recevoir, et là… juste waow.

J’ai bien sûr apprécié la mise en scène, son adaptation à l’espace particulier du Théo Théâtre. Et le travail sur les lumières, qui vient soutenir chacun des moments de la pièce.

Hier soir, c’était leur sixième représentation. Il jouent jusqu’au 17 février, les jeudi et vendredi à 21h00. Il vous reste 8 chances d’aller les voir. Ne les laissez pas passer.

A la fin de la pièce, applaudissez. Et applaudissez encore. En sortant, félicitez les, ils sont professionnels jusqu’au bout, le temps que vous remontiez, ils sont là pour vous saluer, vous remercier.

Lennie, Caroline, vous méritez un triple bravo, vous méritez une grande carrière.

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Le spectacle est éligible aux P’tits Molières.

Au fil du temps

Au fil du temps, un court métrage de 10 minutes. Ça c’est factuel. Un coup de poing, ça c’est mon émotion.

10 minutes pour raconter une histoire simple, l’histoire la plus simple, un homme, deux femmes, ils sont dans là chambre où ils ne sont pas supposés se rejoindre, elle laisse des messages sur son répondeur.

10 minutes qui ont commencé en m’attrapant par les tripes, et qui me les ont serrées ensuite.

Deux acteurs silencieux, leur jeu est une danse, la danse des corps, la danse des coeurs, la danse des âmes, et puis leur danse devient le jeu, la lumière danse avec eux, hypnotisante comme la musique d’Adrien Graf devient peu à peu obsédante, la tension monte avec la voix du répondeur, la seule voix qu’on entend.

Mike Desa est lui, Mélodie Décultieux est elle, mis en scène par Tom Guillaumot-Treppoz, retenez ces noms, vous les verrez un jour en grand sur des affiches.

Une histoire simple, racontée mille fois. Racontée de tant de façons verbeuses, moralisatrices ou larmoyantes.

Là, l’histoire simple est racontée de la façon la plus cash et la plus réaliste. Il n’y a pas de vie imaginaire, fantasmée ou enjolivée, il y a juste la vie, comme elle est. Et ça marche, ça marche magistralement bien.
Et ça m’a touché. Bravo, et merci.

Hobobo – Ciné 13 Théâtre

Hobobo, quatrième fois ? Oui, et je ne regrette pas de l’avoir revu, avec une salle différente des précédentes.

Tout est venu de Fléchette, à qui Baroudeur a raconté le spectacle dans tous les sens, lui l’a vu deux fois, et qui m’a demandé de l’emmener, pour une fois aller voir un spectacle adulte juste elle et moi.

Je l’avais vu au tout début, avec une pèche fantastique, une deuxième fois avec une petite salle un peu endormie, une troisième fois avec une moyenne salle regroupée et énergique. Ce soir, c’était une salle de dimanche en fin d’après midi, presque comble, et pleine d’enfants. Ca m’a fait plaisir de voir qu’autant de parents emmènent leurs jeunes enfants voir cette pièce, qui ne leur est pas a priori destinée.

Un enfant a cette caractéristique de tout prendre au pied de la lettre, quand Patrick de Valette pose une question rhétorique, les enfants répondent, quand il évoque l’Homo Sapiens, une petite voix précise qu’il s’agit de l’Homo Sapiens Sapiens, mais la petite voix ne réagira pas au nom d’Adam Smith. Parfois, après l’intervention d’un enfant, il faut arriver à reprendre le fil, et quand c’est fait avec humour, c’est savoureux.

La salle riait, répondait, renvoyait. Et moi j’ai revu avec un plaisir non dissimulé la bactérie en pleine descente d’acide, la danse moderne, la séquence CroMagnon, toutes les séquences, en fait, j’avais beau savoir qu’elles arrivaient, elles me prenaient encore par surprise, et je riais, comme Fléchette riait, elle attendait quelques moments précis racontés par son frère, qu’elle s’est empressée de lui raconter dès qu’on est rentrés.

Le fil conducteur ? Hubert O’Taquet répond aux questions existentielles, d’où venons-nous, où allons-nous. Il y répond d’une façon totalement barrée, qui ferait passer les maîtres du non sense pour des étrangers égarés sur la dalle Montparnasse un soir de pluie verglaçante, je suis à nouveau ressorti de la salle plein d’optimisme et de joie, comme si le monde avait, malgré tout, un peu changé.

Si vous vous posez encore la question d’aller voir le spectacle, je ne peux que vous recommander de vous dépêcher, parce qu’il vous restera peu de temps pour aller le revoir, et que tous ceux qui sont allés le voir sur ma recommandation en éprouvent aussi l’envie.

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Hobobo est éligible aux P’tits Molières.

La revanche du capitaine Crochet – Théâtre des Variétés

Mauvais choix d’être allé voir ce pseudo Musical aux Variétés. Pourtant j’aimais bien le pitch, le capitaine Crochet revient et se venge, avec des effets spéciaux, de la magie, des cascades, des combats. Par effet spécial, il faut entendre ombre chinoise, j’ai du m’endormir et rater la magie etc…

Le décor est ringard, les acteurs sont mal dirigés, du coup leur jeu est surjoué et caricatural. Au moins leurs voix ne risquent rien, ils ne les poussent pas.

Le pire pour un spectacle destiné aux enfants ? Ca ne tient pas leur attention, ils bougeaient, s’ennuyaient. Je ne parle pas de Fléchette et Baroudeur, mais de toute la salle, à ma droite il y avait une petite fille qui soupirait en regardant son père les yeux implorant, et un brouhaha incessant que ce soit à l’orchestre ou en corbeille.

Quand le capitaine Crochet s’est transformé en crooner pour séduire Wendy j’ai espéré que le comble du ridicule était atteint.  J’ai ensuite regretté que mon espoir soit déçu.

C’est long. Très long. Annoncé pour 85 minutes, ça a duré 100 minutes, 100 minutes qui passaient très lentement.

Le mot d’OliveOyl qui était là ? Catastrophique.

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Oliver Twist – Salle Gaveau

Ladislas Chollat a fait un superbe travail pour mettre en scène Oliver Twist dans l’espace suranné de la salle Gaveau, tant dans l’adaptation du livre que dans son exploitation de l’espace dans toute ses dimensions, toute sa hauteur.

Je l’avoue, j’appréhendais une représentation un peu austère dans un espace qui l’est structurellement. J’ai vu un vrai Musical, comme ils savent les faire à Londres, et pas une comédie musicale comme on sait les faire à Paris. Et j’ai apprécié. J’ai apprécié la façon dont la scénographie occupe l’espace, dont la video transforme le fond de scène. Tout bouge en permanence, il n’y a pas de temps mort, pas de moment où l’attention retomberait.

Si l’histoire reste triste et larmoyante telle que Dickens l’a écrite, l’adaptation de Christophe Delarue abrège ses souffrances nous épargne bien des épreuves que subit Oliver Twist, et fait de Fagin, interprété par David Alexis, un personnage presque aussi central,  au comportement ambigu, à l’apparence de Jack Sparrow. On évite ainsi de se noyer dans le pathos, pour prendre plaisir à voir les comédiens jouer, danser et chanter, dans leurs costumes enjoués et colorés, on n’est plus dans le Londres d’il y a 200 ans, on est dans un Pirates des Caraïbes revu par Tim Burton.

C’et une grosse production, 15 artistes sur scène, 6 musiciens bien dirigés, pour deux actes d’une heure avec entracte de 20 minutes.

J’ai trouvé le jeu de Prisca Demarez bien au dessus du reste de la troupe, elle attire l’attention à chacune de ses interventions. J’ai trouvé par contre que Nicolas Mottet donne un Oliver un peu transparent.

J’ai trouvé le son un peu confus, j’étais parfois content d’apercevoir les sur-titres en anglais pour comprendre ce qui se chantait.

Bref j’ai été très agréablement surpris, et suis heureux d’avoir passé deux heures devant ce musical de qualité.

OliveOyl a apprécié le spectacle, bien que n’étant pas non plus fan des aventures du petit Oliver.

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Le Fauteuil – La Folie Théâtre

Le fauteuil est à cour, sur le devant de la scène, et dans le fauteuil il y a le maître du temps, qui va tenir le rythme de l’histoire, lancer, relancer. Pour travailler le temps, il s’appuie sur trois acteurs, une musicienne, et le public, qui va, par ses suggestions élucubrantes, décider du destin des personnages, des personnages aussi, d’ailleurs.

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Hier soir, ça a fait une histoire insolite, amusante, touchante, ça ne sert à rien de vous la raconter, la Honte de Caroline n’a eu qu’une soirée d’existence, vous ne la reverrez sans doute jamais. Mais nous on l’a vue, et on a passé une soirée trop courte à rire plus ou moins jaune, à rire tout le temps.

Ca n’est pas un match d’improvisation, qui peut s’enliser. C’est du vrai théâtre, du vrai théâtre improvisé, où chacun reçoit, prend et relance la balle de l’autre, quand parfois ils ne sont pas dans le même plan, ça ajoute du sel à la chose. C’est du théâtre maîtrisé, si l’un a construit un mur, l’autre attendra qu’il y ait une porte pour le franchir. C’est du théâtre rythmé, la maitresse du temps est là, relance, oriente, ajoute une épice quand il en est besoin. C’est une vraie maîtresse, l’œil sur la montre, « ça on le verra pas il va falloir conclure », quoi ? déjà ? c’est tellement prenant que je n’avais pas vu passer le temps. C’est du vrai théâtre, avec une histoire qui se tient, qui fait des tours et des détours au hasard des instant, avec des personnages tranchés et touchants, avec un destin qui nous implique.

Baroudeur et Fléchette étaient là, Fléchette qui n’a peur de rien a ajouté son grain de sel, quand on pose une question, elle répond. C’est donc elle qui a remué la clochette, choisi la posture de départ, que la salle a pimenté en « Ca se passe dans un mariage, l’une a envie de faire pipi, l’autre tient un cactus ».

Si vous doutez qu’on peut passer un excellent moment avec ce point de départ, allez vérifier. La seule chose que je peux vous dire, c’est qu’on a tous les trois passé un moment mémorable. Vous doutez encore ? La seule façon que vous avez de savoir, c’est d’aller voir.

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Surprise – Cirque d’hiver Bouglione

Arrivés avec une demi heure d’avance, nous nous retrouvons au loin d’une queue impressionnante, ce n’est pas la sécurité qui veut ça, mais l’organisation, ils enchainent 3 spectacles, c’est calé au millimètre. Un peu, juste un peu, une sorte de petit zeste ne nuirait pas chez les ouvreuses, payer pour se faire engueuler, c’est pas là, si ?

Et puis le spectacle commence, et la magie arrive dans l’écrin du chapiteau des Bouglione.

Il y a, forcément, des numéros avec des animaux, familles Casselly et Bouglione oblige, sur le premier tableau je regardais plus l’œil attentif et contrôleur du père, l’œil admiratif de la mère, aux vraies commandes devant junior (René junior, c’est son nom) et ses poneys. Junior reviendra dans le tableau final sauter d’éléphants en éléphants.

Il y a les numéros sans intérêt (est-ce qu’il y a un sort sur les Victoria B cette année ?).

Il y a les numéros bravo, équilibre sur roller ou dans une fusée

Et puis il y a les numéros BRAVO. Scott et Muriel dans deux numéros de magie comique où, avec la participation d’un membre du public, le numéro commence comme un tour et finit comme un autre, où chaque maladresse n’est là que pour nous perdre, c’est marrant, totalement incongru, inattendu. Les frères Meleshin, sur leur numéro d’équilibre sur rouleau à retenir sa respiration.

Enfin, le numéro WAOW, celui qui vous coupe le souffle pendant 10 minutes, celui pendant lequel on admire la puissance et la maitrise des artistes. AA (c’est le nom du duo, AA), deux artistes qui font un numéro d’équilibre mano a mano en force lente, c’est lent, c’est puissant, c’est époustouflant. Ils passent d’un équilibre à l’autre dans un mouvement continu, lent, sans à coup, sans frémir (on voit quand même les muscles qui vibrent). C’est majestueux.

Au bout de deux heures et quart après, on ressort. On coupe la file d’attente, dans une heure, tout sera à nouveau prêt.

Le journal d’une femme de chambre – La Folie Théâtre

Putain de belle pièce, et putain d’actrice. Pourtant j’en ai vues, mais des comme ça, jamais. Karine Ventalon m’a chopé par les tripes dès son entrée en scène, sans même prononcer un mot, et ne m’a pas laché avant que n’éclatent les salves d’applaudissement, elle aurait mérité qu’elles continuent.

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Mise en scène par William Malatrat, Karine Ventalon donne une Célestine différente de celles que j’avais pu voir. On n’est pas dans la manichéisme de la pauvre jeune fille exploitée par une classe possédante. Sa Célestine est délurée, elle a découvert qu’elle aime le sexe, et le pouvoir que cela lui donne. Les hommes abusent de sa Célestine, sa Célestine use des hommes, elle est manipulatrice, avec un zeste de perversité.

Il y a le parti pris de la pièce, et puis le jeu de Karine Ventalon.

Dans la petite salle de La Folie Théâtre, à deux mètres des spectateurs du premier rang, Karine Ventalon se met en danger, ose, s’expose. Elle multiplie les impersonations, les mimiques, les postures et les voix. Célestine est délurée, son jeu cru et sensuel la montre ainsi, le spectateur ressent plus qu’il ne comprend comment les hommes qui croisaient cette Célestine impitoyable n’avaient, au fond, aucune chance, si eux croyaient jouer un jeu, elle maîtrisait ce jeu. Si les mots couverts évoquent, le jeu montre sans équivoque, les actes sont mimés sans ambiguïté, appuyés sur une valise essentielle, la malle qui contient sa vie, la malle qu’elle est prête à faire à tout instant.

Le jeu et la mise en scène explorent un registre que j’ai rarement vu exposé, surfant sur la limite de la sensualité, sans franchir celles de l’érotisme ou du mauvais goût, un grand bravo pour avoir osé, un double bravo pour l’avoir fait, un triple bravo pour avoir réussi.

J’ai passé un excellent moment, la salle aussi, qui a applaudi à tout rompre dès le noir revenu.

La pièce se donne jusqu’à début mars, si vous n’avez pas une pudeur de chaisière, allez la voir. Si vous en avez une aussi, d’ailleurs.

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MessieuDames – La Folie Théâtre

Un tiers de vaudeville, un tiers d’angélisme, un tiers d’incitation à l’acceptation de l’autre pour ce qu’il est, un tiers de jeu maladroit, voilà ce que j’ai ressenti hier soir devant MessieuDames.

C’est l’histoire d’un secret de famille qui va se dévoiler, et tout finira bien. Si ce n’est que le secret, c’est que Joël est devenu Joëlle, le tout avec l’amour et les compromis de sa femme et de sa fille.

J’ai été touché par le sujet, les larmes des acteurs à la fin de la pièce. J’ai trouvé le texte un peu court, les situations parfois un peu rentre dedans.

Mais surtout la représentation s’est manifestement mal passée, les acteurs ne jouaient pas d’une façon fluide, se trompaient souvent dans le texte, dans les placements, il y avait du bruit dans la coulisse, c’était très bizarre, le quatrième tiers ne passait pas.

Bref je n’ai pas été convaincu

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