Un conte du Chat Perché – Ciné XIII Théâtre

Sympathique et intéressante, une version opéra pour les petits d’un des Contes du Chat Perché, de Marcel Aymé.

J’avoue, quand Baroudeur a pris le flyer en disant qu’il voulait aller voir ce spectacle… je me suis souvenu que je trouvais Delphine et Marinette bien nian-nian à l’époque où on me les lisait (le bon mot était suranné, mais je ne le connaissais pas alors). Pour une fois qu’il voulait aller voir une pièce pour sa classe d’âge 😉

Je me suis laissé prendre par le spectacle, par son parti pris original, on ne voit PAS les deux nunuches sur scène, par les nombreux petits airs d’opéra qui donnent vie au spectacle.

J’ai apprécié la mise en scène, elle est inventive, elle donne vie aux perspectives de l’histoire. Pas facile d’incarner une paire de cornes, seule trace visible d’une paire de boeufs blancs vexés de ne pouvoir être peints sur une toile blanche, pas facile d’incarner une petite espiègle de 7 ans quand on est un homme de 45+ ans portant barbe et bedaine, ils y arrivent, en tout cas j’y ai cru, j’ai marché, emmené par les voix de Marie Blanc et Philippe Scagni.

La salle était aux trois quart pleine d’enfants attentifs, découvrant que la palette des voix peut aussi servir à raconter des histoires.

Premier commentaire de Baroudeur : « c’était bien », et il a voulu acheter le disque, c’est plutôt bon signe.

Le site du théâtre, plus je vais au Ciné XIII plus je fais confiance à leur ligne éditoriale.
Le site de la compagnie In-Sense
Le spectacle est éligible aux P’tits Molières

Bigre – Théâtre Tristan Bernard

Baroudeur et Fléchette ont voulu revoir Bigre, alors on y est retournés, à nouveau au premier rang de balcon, l’endroit d’où on est le mieux placé pour goûter la pièce. A cour, cette fois-ci, la dernière fois on était à jardin, un point de vue un peu différent, une perspective un peu différente.

J’ai retrouvé les gags explosifs que j’avais adorés en juin dernier, vu des détails qui m’avaient échappés. Certaines pièces passent en roue libre quand elles durent, l’équipe de Bigre tient le choc, ils jouent , ils jouent bien, ils jouent chaque détail à fond. Au contraire, est-ce le jeu de l’attention qui attend le gag, j’ai eu le sentiment que chaque détail avait été revu, poussé, travaillé.

Je les ai revus comme on revoit des amis, les mines de Pierre Guillois en particulier, toujours magique, toujours fascinant, en particulier. Ils sont toujours aussi maladroits, rien de ce qu’ils tentent ne réussit, c’est leur vie.

Un geek maniaque de la propreté, un écolo barbu, une parisienne maladroite, l’un a un peu grossi, le second a amélioré ses grimaces, les cheveux de la troisième ont poussé. Les gags s’enchainent, les cataclysmes aussi, ils tentent de maitriser leurs vies, rien ne fonctionne, et les sentiments non plus. On rit de leur maladresse pour ne pas s’interroger sur notre chance ? Sans doute, et ça fait du bien !

Plus ça va, moins ça va, plus les défaillances de la mécanique et des cœurs pourraient les toucher, plus elles les touchent, jusqu’au paroxysme final, quand leur joie fait exploser le happy end.

La salle, comme la première fois, était pliée, et a longuement applaudi à la fin.

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La vie est une chienne, Jordan – Ciné XIII Théâtre

En une phrase : si vous vous demandez à quoi ça sert la vie, quand vous avez cessé d’être des enfants, pourquoi les choses ne se passent jamais comme prévu… les Capillotractés ont la réponse, ils se délectent de ces moments de joies où les rêves se trouvent soudainement anéantis par la réalité, ils savent rire de la vie et de ces grands moments qui nous construisent.

Une belle comédie de vie, ce soir, au Ciné 13 Théâtre, avec La vie est une chienne, Jordan. Ne pas oublier la virgule, qui donne tout son sens au titre… quand vous saurez qui est Jordan 😉

La Vie Est Une Chienne, Jordan, c’est une pièce pour une troupe, 5 comédiens (Margaux Bonin, Bertrand Lagnes, Julia Kouakou, Antoine Quintard, Max Millet) jouent Margaux, Bertrand, Julia, Antoine et Max, 5 amis qui vivent et ressentent, on les rencontre au spectacle de fin d’année de l’école maternelle, au moment où ils découvrent que le Père Noël n’existe pas, au moment où ils quittent l’enfance, à l’adolescence, à l’entrée dans le monde adulte, au premier mariage, j’en oublie forcément.

Les Capillotractés reconstituent pour nous chacun de ces moments, avec un trait précis, sans forcer le trait. J’ai ri à chaque tableau, d’émotion et non de moquerie, parce que c’est juste, c’est exactement ça. Chacun, tour à tour, connaitra son moment de solitude, le jeu de chacun m’a emmené dans une empathie totale.

Il n’y a pas de situation inextricable, d’intrigue alambiquée, pas de premier rôle mis en avant, il y a juste la vie telle qu’elle est, dans laquelle chacun prend tour à tour sa place, dont on peut rire ou pleurer, autant en rire, ça la rendra plus agréable. À nouveau, un rire d’émotion empathique, et non un rire de moquerie, je ne riais pas d’eux, je riais avec eux.

La pièce écrite par Margaux Bonin fonctionne, la troupe fonctionne, chacun sera tantôt devant, tantôt derrière. J’ai une admiration poussée pour la façon dont ils jouent le tableau pendant lequel les derniers lambeaux d’enfance disparaissent lorsqu’une princesse fête ses 12 ans.

C’est une pièce qui mérite le Prix Spécial du Jury, le prix qui récompense la pièce qui n’est ni la meilleure ci ni la meilleure ça, mais qui a fait le plus de bien.

J’ai aimé, Baroudeur a aimé.

Je devrais inventer la catégorie PastilleValda, pour les pièces de troupe qui font juste du bien, mais qui le font tellement bien, et y mettre Comédiens, vue deux fois l’an dernier au Théo Théâtre, et La Vie Est Une Chienne, Jordan, pourvu qu’ils prolongent, j’en veux encore. Parce que même si on continue à grandir…

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Légende – La Folie Théâtre

En une phrase : l’épopée médiévale et déjantée du chevalier Banal pour retrouver sa princesse, ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants (surtout l’un d’entre eux).

La pièce commence en fait 10 minutes avant l’heure. On entre dans la salle en avance, le désordre est déjà installé, et ne nous quittera plus.

Le pitch ? C’est le bordel, à 5 minutes du lever de rideau, il n’y a de présent qu’un seul acteur, et le régisseur. Rapidement rejoints par un animateur de la ville de Paris – celui qui a perdu la troupe dans les catacombes, ils improvisent la pièce à trois. Les rôles sont interprétés successivement par chacun des acteurs, les tableaux se succèdent dans un univers où le non sens est roi, le chevalier (ben oui, c’est à l’époque médiévale, il y a un chevalier, un roi, une princesse, une marâtre, un fou, Boucle d’Or, le Petit Chaperon Rouge, une fée qui refuse de travailler, Esméralda, un ours qui ne sait plus très bien s’il n’est pas un loup…), le chevalier, donc, est successivement maigre et dégarni, noir bedonnant et chauve, décharné et chevelu…

La troupe des Trimarrants, le trio burlesque des Tombés de la Lune, joue avec la salle, dans la salle autant que sur la scène, c’est déjanté, ça pétille dans tous les sens, on rit à gorge déployée, ça tombe bien, c’est ce qu’on attendait, c’est pour ça qu’on était venus, et on a été servis. Et largement, généreusement servis, la mise en scène de Jérôme Côme ne laisse aucune place à un quelconque moment de mélancolie, de réflexion dramatique. C’est de l’humour britannique, du non sense à l’état brut, on y trouve des effluves de Monty Python, le rythme de Benny Hill. Le parti pris est de nous faire rire sans trop tenir compte de ce qui est politiquement correct, sans forcer l’exagération. C’est un art, de savoir ne pas forcer l’exagération. Hier soir, Jérôme Côme, Jo Freeman et Félix Debarre surfaient parfaitement sur la limite.

La pièce n’est pas très longue (soyez un peu en avance !), elle se donne à 20h00, elle est parfaite pour un moment de rigolade en famille, ne vous privez pas de ce plaisir. Nous, on a adoré.

Baroudeur a adoré, OliveOyl a ri et l’a qualifiée de déjanté, Fléchette était aux anges d’avoir fait entonner Une Souris Verte à la salle entière.

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Columbo – théâtre Michel

En une phrase : le lieutenant Columbo élucide le meurtre d’une femme par son mari psychiatre manipulateur. Pour ceux qui n’ont pas connu les années 70, Columbo est le héros d’une série éponyme, un enquêteur fouineur et têtu, revêtu d’un imperméable miteux, fumeur de cigare, et attaché aux détails insignifiants.

Les épisodes duraient une heure, la pièce dure une heure quarante. Alors, forcément, c’est lent. Très lent. Si lent que pour la première fois Baroudeur s’est endormi au théâtre. D’un autre côté, il ne fallait pas brusquer la salle, la moyenne d’âge était… élevée, disons que le public était là pour la nostalgie de ses vertes années, et non pour découvrir le charme des 60’s à Los Angeles.

La pièce se passe tantôt dans le cabinet du psychiatre, tantôt dans son salon, un ballet dans la pénombre permet la transformation en quelques minutes. Ces transformations sont les moments qui ont le plus eu mon attention, veiller à chaque détail, me demander à quoi sert le panneau qui n’est pas tourné (spoiler : il s’agit en fait de la réserve d’alcool dans le cabinet du psychiatre)

La pièce se donne 7 fois par semaine depuis un mois et demi, elle s’est installée dans ses pantoufles, ronronne doucement, ça se sent. Martin Lamotte se demande manifestement ce qu’il fait là, il fait le job, sans le moindre plus, un Columbo plus lymphatique que nature. Heureusement Pierre Azéma fait quelques efforts, il donne un Roy Flemming manipulateur et pervers qui sauve (un peu) ma soirée.

OliveOyl a trouvé la pièce longue, et lente. Baroudeur a suivi « sauf la partie où je me suis endormi ». Le public figé s’est réveillé, a applaudi poliment, s’est laissé arracher un second rappel malgré lui.

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Quand Victor rencontre Lili – Théâtre La Boussole

En une phrase : un me too maladroit de Bigre, un geek, une lunaire, sous les toits de Paris.

La pièce est comme le décor, elle part en morceaux. Décor, texte, mise en scène de Vanessa Luna Nahoum, également sur scène, au bout d’un certain temps, à tout vouloir faire…

Il y a quelques rares moments qui font sourire. A signaler, un beau travail sur la lumière.

Je laisse la conclusion à Baroudeur, en sortant : « Celle-là, on pouvait l’éviter ».

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Mama Khan – Le chant de la terre Lakota – Théâtre La Croisée des Chemins

Mama Khan est un superbe objet, plus proche du voyage initiatique que de la pièce de théâtre. De et par Khadija el Mahdi.

Elle nous accueille sur scène, devient sous nos yeux, masque, perruque, robes, Mama Khan, grand mère Lakota (une tribu indienne des USA) qui nous raconte la terre, nous rappelle la terre, nouricière, origine. Les contes s’enchainent, chacun porteur d’une valeur morale, d’une leçon de vie, l’importance de la terre, des racines.

Moi qui crois qu’un galet a une forme de conscience, lente et limitée, je suis forcément attiré par l’histoire d’un caillou qui sourit.

L’actrice est habitée par son projet, sensible, attentive, on sent ses yeux aux aguets derrière le masque. On sent que face à nous il y a plus qu’une actrice qui joue, plus que l’auteur qui défend son texte. On sent qu’il y a une belle personne.

Je me laisse prendre, Baroudeur, Fléchette, et même OliveOyl aussi. Chacun a trouvé à réfléchir dans le spectacle, même si chacun de nous l’a trouvé un peu long (l’inconfort des bancs n’aide pas).

À la fin du spectacle, on échange quelques mots avec Khadija el Mahdi, sur son projet de 13 pièces parce que 13 grand mères, son/ses voyages, le masque, le galet. C’est son spectacle, son projet, je passerais une soirée entière à l’écouter en parler, à échanger.

C’est mon regret, en fait, ne pas avoir plus échangé. Je me demande s’il y a un module conférence de ce spectacle, 45 minutes de Mama Khan, suivies de 45 minutes de Khadija expliquant son projet, son voyage, son retour aux racines, elle a raison, c’est important de connaitre les contes de ses racines, on ne peut pas s’en extraire sinon.

Mama Khan, c’est un OTNI qui a embelli ma journée.

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Mademoiselle Frankenstein – La Folie Théâtre

En une phrase : Mary Shelley, 15 ans après avoir écrit Frankenstein, face à sa création.

J’avoue, j’adore cette pièce, je l’ai vue trois fois en deux ans dans son écrin, la Petite Folie.

Mademoiselle Frankenstein, c’est la rencontre de Mary Shelley et de sa création, l’exploration de sa vie, des circonstances de l’écriture, la rencontre de Mary Shelley et de sa créature.

Vous ne verrez pas de monstre couturé pour vous faire hurler de peur, ni de rire. Vous rirez, ça détend, de certaines réparties. L’ambiance de la scène est angoissante, elle n’est là que pour nous accompagner dans la découverte des blessures de l’une, la frêle jeune fille qui a enfanté DU livre, de l’autre, enfanté dans une expérience maléfique. Ils se découvrent, se rejoignent.

Vous verrez deux êtres malheureux, qui se défendent avec leurs armes, vous serez tristes avec eux.

Mademoiselle Frankenstein, c’est un peu comme un film de M Night Shyamalan, une pièce à voir deux fois, une fois pour ressentir l’angoisse et la tension, une fois pour ressentir la tristesse et l’empathie.

Les deux acteurs sont fantastiques. Christelle Maldague livre une Mary Shelley à la solidité tranchante d’une vieille anglaise distinguée, Frédéric Gray est un Lazarro étrange et démoniaque.

Je sais bien qu’on a déjà vu la pièce en février dernier, vous m’aviez fait la confiance d’être 10 à m’accompagner. Croyez-moi, retournez la voir, redécouvrez la.

Baroudeur était là, hier soir. Il n’a pas tout compris, il n’a pas encore lu le livre. Il en a reçu suffisament pour suivre malgré l’heure tardive, pour ressentir au fond de lui la tristesse et la solitude des personnages.

Un grand bravo à toute l’équipe.

La vie rêvée des Andes – La Folie Théâtre

En une phrase : un comédien français part au bout du monde participer à l’unique représentation d’une troupe amateur chilienne.

La pièce est sympathique et dynamique. Narcissique et bordélique, aussi.

Aurélien Saget joue un texte d’Aurélien Saget dans lequel un acteur nommé Aurélien part au bout du monde jouer le personnage d’un nommé Aurélien qui aurait régné sur la Patagonie pendant 4 jours sous le second Empire, à travers une galerie de personnages caricaturaux basés sur les mimiques, les voix et les bruits de bouche.

J’ai eu l’impression que la pièce cherchait à pouvoir plaire à des publics et circonstances variés, café théâtre, théâtre de rue, théâtre pour jeunes, sketch, fin de repas de famille. Quelques minutes peuvent être savoureuses malgré le jeu souvent approximatif. L’histoire est faible, sur la durée c’est lassant.

Baroudeur, qui était là, a explosé de rire à plusieurs reprises.

HOBOBO – Ciné XIII Théâtre

En une phrase : la réponse aux questions essentielles de l’humanité, Qui sommes nous, D’où venons nous, Où allons-nous… comme jamais vous ne l’avez vue, qui fait de déjanté une notion raisonnable.

J’ai ri d’un bout à l’autre de la pièce, je crois que je n’avais jamais ri comme ça. Patrick de Valette arrive sur scène, il est le Professeur Hubert O Taquet, il nous raconte l’histoire de l’humanité.

Le spectacle est au cordeau, mélange de mime, de danse, de yoga, de jeu de scène. Délirant ? dans les moments de calme, alors. Déjanté ? le mot est bien raisonnable. À ce niveau là, il n’y a plus de mots. C’est un grand spectacle, un très grand spectacle. Un énorme boulot, un superbe résultat. L’homme est élastique, modelable. Il devient sous nos yeux.

Écrit et joué par Patrick de Valette, mis en scène par Isabelle Nanty, la folie des Chiche Capon est focalisée, amplifiée. Mais au fait, quand il n’y a qu’un seul des Chiche Capon, on fait quoi du S qu’on a enlevé alors qu’il n’y était pas ?

Les images se bousculent, comment vous convaincre de vous ruer pour… voir mimer une bactérie, une cellule, une algue, un varan, le poussin qui sort de l’oeuf… réaligner vos chakras d’une façon… revisiter Hare Krishna… savoir enfin à quoi sert un tampon avec applicateur….

Au fait, la bactérie consomme de l’acide et rejette de l’oxygène. Vous comprendrez sur place la saveur de l’allusion.

Je suis allé voir ce spectacle par curiosité, sur la double mémoire des Chiche Capon, vu à La Pépinière, et de la qualité de laprogrammation du Ciné XIII Théâtre. J’aurais du le mettre en tête de ma to see list, ex aequo avec le Don Quichotte du Théâtre 13, y emmener le ban et l’arrière ban de mes amis.

Le spectacle se donne jusqu’au 12 novembre, je ne doute pas un instant de sa carrière future, de la taille croissante des salles qui vont l’accueillir.

Pour ceux qui ne connaissent pas la salle du Ciné XIII Théâtre, les trois premiers rangs sont des grands canapés de cuir rouge, et la salle est en placement libre. Alors si vous voulez pouvoir dire « j’y étais vraiment bien », arrivez en avance, patientez devant la porte tout en bas… et savourez. Sans oublier de prendre un verre au bar ensuite, y attendre l’artiste, le féliciter.

Vous pouvez y aller en famille, avec votre +1 si sérieux, avec votre ado boudeur, avec votre enfant trop jeune pour sortir le soir. Baroudeur (7ans), PtiBonom (16 ans) et OliveOyl ont adoré. Il y avait aussi un petit Tom qui devrait se souvenir longtemps de son voyage initiatique.

La salle, complête, était en folie à la fin du spectacle.

Le site du théâtre

La Chambre Mandarine – La Folie Théâtre

En une phrase : trois moments déjantés dans une chambre d’hôtel à la décoration Mandarine.


La chambre Mandarine m’a mis de bonne humeur dès les premières secondes. Une chambre, dans un hôtel parisien, trois couples s’y succèdent, c’est le squelette d’une pièce de boulevard. Mais un squelette déjanté, (des)habillé aux couleurs d’une époque à venir.

Avant tout : si pour vous on doit plein respect aux ministres des religions, si vous avez défilé avec la Manif pour Tous… n’y allez pas, vous serez choqués. Si vous avez l’esprit ouvert, vous pourrez passer un bon moment.

Trois acteurs pour trois histoires, deux hommes, une femme, qui changent de peau, de costumes, de coiffures à un rythme échevelé. Le triangle amoureux n’est pas celui qu’on croit, les hommes d’avant guerre ont disparu, dans la robe d’un grand auteur se cache un coeur de midinette.

C’est vraiment bien joué, enlevé, sans pudeur (oui, on voit des fesses et des baisers). Une mise en scène au cordeau, sans chichis inutiles, je me suis laissé entrainer, porter, je ne me suis pas ennuyé un instant.

J’y étais avec Baroudeur, 7 ans, une fois de plus le plus jeune, et de loin, à voir une pièce, c’est maintenant un spectateur aguerri.

Pour y aller : le site du théâtre.

La Dispute – Théâtre 13

En une phrase : Comment trancher la question de savoir qui de l’homme ou de
la femme, a été le premier infidèle en amour, une belle mise en scène dans
un dispositif scénique oppressant et inutilement coûteux.


La pièce est belle, bien jouée. Le parti pris, dans la seconde partie de la
pièce, de différencier l’archétype de comportement Nana/Mec de la
physiologie de naissance Homme/Femme (Dan Piraro a raison, ça devient
difficile d’exprimer les choses) ajoute à l’argument : les règles sociales
sont incapables de limiter la vie, l’anarchie du désir vaincra les
tentatives mortifères de le canaliser.

Les acteurs jouent juste, au milieu d’un plateau rond, est-ce une arène ou
un cirque, dans des couleurs fluos qui ne dépareraient pas les rayons d’un
Décathlon.

Autant j’ai aimé la pièce, et la façon dont elle est jouée, autant je suis
plus réservé sur le dispositif scénique. J’aime le théâtre 13 pour sa grande
scène, et ses rangées de gradins.

Pour La Dispute, les spectateurs sont assis en rond, sur de toutes petites
chaises inconfortables, dans des cellules minuscules et surchauffées,
derrière des glaces sans tain, la tête enserrée dans des casques. L’idée
était de s’assoir avec une inconnue, j’y ai échappé grace à Baroudeur, 7
ans. J’imagine assez mal avoir passé une heure à éviter de frôler une
inconnue, chacun retenant sa respiration pour s’éviter les effluves de la
transpiration de l’autre, et le tout sans communiquer à cause des casques
sur les oreilles. A la sortie, les commentaires tournaient plus autour de
l’inconfort que de la qualité du jeu.

Sur un autre plan, il y avait beaucoup de monde pour accueillir, beaucoup de
monde pour faire tourner le spectacle, le tout pour 56 spectateurs maximum
dans une salle qui peut en accueillir au moins 250.

Dieu sait que j’aime les petites salles, que j’ai vu des troupes donner
leurs tripes pour une salle clairsemée dont la recette ne couvrirait
manifestement pas le minimum garanti (en français courant : la troupe jouait
à perte et sans que les acteurs ne soient payés). Là, on était dans la
caricature de la culture qui coûte cher et est réservée à une élite. C’est
un peu dommage, la pièce dans cette mise en scène imaginative mérite d’être
vue.

Un air de famille – La Folie Théâtre

En une phrase : un dîner en famille, tradition du vendredi soir dans la famille Ménard


C’est du Jaoui/Bacri, ça pétille de bassesse, c’est horripilant de drôlerie. Ils se parlent en s’ignorant, quand ils ne se méprisent pas. C’est grinçant de réalisme. Et à la fin, on garde foi en l’homme.

La mise en scène de Cathy Guillemin est rythmée, le temps de ce dîner s’écoule plus vite pour nous que pour les acteurs.

Difficile de reprendre un rôle écrit pour un acteur aussi caractéristique que Bacri. Morad Tacherifet assume la bougonnerie voulue par le texte, sans en faire des tonnes.

J’avais emmené P’tit Bonhomme 16 ans, Baroudeur, 7 ans. Qui aurait voulu enchainer immédiatement avec Cuisine et dépendances, de la même compagnie. On y retourne jeudi prochain.

Bigre – Théâtre Tristan Bernard

En une phrase : sans un mot, les grands moments de la vie quotidienne de 3 habitants de chambres de bonnes, sous un toit de Paris


Au milieu, l’écolo recycleur. qui vit dans une chambre encombrée, dort dans un hamac. À gauche, le geek, chambre épurée qui se commande au claquement de doigts. À droite va arriver la fille, qui apprend ses métiers dans les livres. Ah, et toilettes à l’étage.

Bien sûr l’arrivée de la fille va perturber un quotidien fait de petits mépris, et de grands ratages, la pièce ira crescendo jusqu’à… l’explosion finale.

Les trois comédiens jouent sans un mot, c’est Buster Keaton qui est là avec ses mimiques, ses air.

C’est la vie, qui se dérègle, où au fond rien ne marche. Agathe L’huillier, La fille s’entrainera (sur ses voisins) à devenir ostéopathe, coiffeuse, infirmière. Le coeur solitaire du Geek qui chante J’ai encore rêvé d’elle dans un yaourt allemand se dérèglera comme le désordre entrera dans sa chambre immaculée. Pierre Guillois, auteur/metteur en scène, est magique en écolo imperturbable.

La salle est pliée de rire pendant une heure et demie, les moments s’enchainent, les quiproquo s’appuient sur le plus parfait non sens le plus logique possible.

En écrivant ces mots, les images me reviennent, une toilette automatique intempestive, un vide ordure, un moustique, un lapin, un poisson. C’est la magie de Bigre, cette alchimie équilibrée entre des moments visuels qui se succèdent, qui construisent une histoire émouvante.

Quand je suis allé réserver les places, j’ai décliné l’âge des « moins de 26 ans », finissant par 7 et 6 ans. « Je ne peux pas vous vendre des places pour des enfants aussi petits, attendez », et nous voilà partis dans les entrailles du théâtre, la scène était en cours d’installation. On croise un barbu (oui, l’écolo), « ce monsieur veut venir avec un enfant de 7 ans, je ne lui vends pas de places ? ». « 7 ans ? au contraire, il va être plié en deux d’un bout à l’autre, mets-le au premier rang de balcon pour qu’il voit bien tout ».

C’était exactement ce qu’il fallait faire. Comme toute la salle, 7 ans a rigolé du début à la fin, 5 ans aussi (j’avais un peu survendu la chose), même si elle n’attendait plus que son lit à la fin.

Un très beau moment, d’utilité publique en cette fin de printemps maussade.

Don Quichotte, ou presque – La Boussole

En une phrase : Le Don Quichotte de Cervantes, les moulins, les moutons, le tout à la sauce Benny Hill


Une lecture déjantée de Don Quichotte, qui surajoute du burlesque à une pièce qui n’en manque pas.

Les grands moments de Cervantes sont là, les moulins, l’armée des moutons, Dulcinée. Tout est prétexte à jeu de mot, et les acteurs s’en donnent à coeur joie pour en ajouter d’imprévus. Ils jouent autant avec les spectateurs que pour les spectateurs.

Les acteurs « secondaires » multiplient les rôles, mimiques et accents à l’appui.

Tout le monde s’amuse, eux les premiers.

Baroudeur, 7 ans, bien visible au second rang, est allé d’éclat de rire en éclat de rire.

Bref une bonne pièce qui ne se prend pas au sérieux pour rire entre gens qui ne se prennent pas au sérieux.

Archibald le Fou de Shakespeare – À la Folie Théâtre

En une phrase : un fou, perdu sur la scène d’un théâtre, se cherche et parcourt les grands moments des pièces de Shakespeare


Une pièce attachante, de et par Odile Burley, qui la joue avec ses tripes.

Elle occupe l’espace, se joue bien des quelques accessoires, un mannequin désarticulé, un crâne, une robe blanche qui sera Ophélie et Juliette, une fraise…

J’ai eu du mal avec « En une phrase », si j’ai aimé les moments d’anthologie de la pièce, j’ai eu du mal à en sentir le sens global. J’ai parfois eu du mal à saisir qui elle était en fonction des séquences.

Baroudeur, du haut de ses 7 ans, est rentré dans la pièce, je le sentais qui la vivait tout contre moi, sans être effrayé par le crâne qui vivait sous ses yeux, ou les gants sanguinolents de Mac Beth.

En écrivant me reviennent…

La tête de l’auteur, coupée par une Reine victorienne, répondant au crâne qui l’interroge sur ce qui l’a mené là…

Dieu se nourrissant de poussins…

Roméo, Juliette, scène finale…

La tempête, qui se noue sous nos yeux…

L’accouchement d’un crâne, mais est-ce un crâne ou La Parole…

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark…

To be or not…

Vraiment des beaux moments, que j’ai savourés les uns après les autres, pour un résultat qui reste un peu confus.

Le Songe d’une Nuit d’Été – Le Proscénium

En une phrase : quand la magie se mèle de contrarier les amours, quand le destin s’emmèle.

Habituellement, on a droit à une longue représentation, 25 acteurs au milieu d’un décor pompeux qui rendent l’histoire cryptique.
Là, non. 8 acteurs, un plateau vide. Une heure et 5 minutes.

La magie a pris, j’ai adoré. L’intrigue était là, limpide, claire. Les acteurs virevoltaient, passant d’un rôle à l’autre au fil des accessoires sortis des caisses qui délimitent le fond de la scène.

Tous égaux, tous bons.

Baroudeur, pas encore 7 ans, a adoré aussi.

Transsibérien si je suis – Théâtre 13

En une phrase : coincé dans les arcanes d’une administration Kafkaïenne, un auteur écrit l’histoire d’un chanteur dépassé que les vapeurs de l’alcool vont amener à imaginer qu’il fait une tournée Brest Vladivostok.

Une bombe émotionnelle, à bien des égards.

D’abord, la preuve qu’il faut faire confiance. Je vais au Théâtre 13 depuis… 2002, je suis (du verbe être) bien dans leur programmation. Transsibérien était étrangement annoncé, la création d’une pièce, un dimanche après midi, au milieu des vacances scolaires, la confiance est devenue aveugle.

Ensuite la pièce, superbe, une plongée dans un univers Kafkaïen dont on s’évade en inventant un héros comme seuls les Russes savent les inventer, qui rêvent leur vie dans les brumes de l’alcool, qui fuient leurs cauchemars en se laissant absorber par la vie qu’ils ont rêvée. Était-ce un seul en scène imagé, ou un spectacle onirique à la Savary ? En tout cas c’était magique, unique, beau.

Trois niveaux d’action intriqués, un œuvre magistrale.

Enfin… Baroudeur, c’est sa première pièce de « théâtre pour grand, j’en ai marre du théâtre pour petits », rentré dedans, subjugué, qui suivait tout, à sa façon, assis au milieu du premier rang. Je me souviens du regard intrigué de l’auteur-metteur en scène-acteur au moment des saluts.