Irma rit Rose – Folie Théâtre

Irma rit Rose, c’est d’abord un spectacle truculent, qui enchaine les caricatures et les bons mots sur un rythme échevelé, on suit la vie de Stéphanie, célibataire, celle de son amie Noémie, surtout… voilà Melchior et Balthazar, les enfants, Paul, le mari, Simone, la tante, tout un petit monde qui va converger pour un réveillon fédérateur, avec le pote slameur, la fiancée décérébrée…

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Noces de Sang – Folie Théâtre

Noces de sang, c’est l’histoire d’une mère que le sort a privé de son mari, de son fils ainé, qui vit pétrifiée à l’idée de perdre son second fils. C’est l’histoire d’une jeune femme, que son père veut marier pour gagner des terres et des bras. Une jeune femme qui n’a pas oublié son premier amour, mais il n’apportait pas de terres.

C’est une époque, quand des générations successives mères décharnées prévenaient leurs filles des brulures de l’amour. Et, génération après génération, elles se brulaient.

Noces de sang, c’est la vie, la vie c’est l’amour, la violence, la mort. Vida, pasion y muerte.

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De Lorca au Tango – Folie Théâtre

Maiko Vuillod est entrée en scène, elle a caressé son violon et elle a chopé mon cœur, sans le lâcher pendant 40 minutes. Elle a créé une connexion, une empathie, avec ses gestes lents et sensuels, avec ses yeux, ses sourires.

Son jeu et sa danse hypnotiques et sensuels, ont saisi créé une tension, saisi l’attention de la salle, l’ont figée, retenant les respirations, pas un bruit, attentive comme rarement.

De Lorca au Tango, c’est l’histoire d’une femme, d’une rencontre, d’un amour. C’est de la séduction pure. Une femme qui rêve de lumière, en manque de lumière, qui rencontre la lumière, elle a la forme de Yannick Lhermitte, danseur de tango barbu, et chorégraphe du spectacle. Une femme. Peu de mots, dits d’une voix douce, des corps qui dansent, dans le silence ou sur une musique prenante, deux tangos, l’un dans une tension langoureuse, le second épanoui et détendu, pour nous ramener à la réalité, nous faire atterrir sans trop de dommages. Reprendre nos respirations, retrouver notre souffle.

De Lorca au Tango, c’est du tango, superbe, plein de petits mouvements de corps serrés, de mai, de jambe, de pieds, j’aurais pu rester figé à simplement observer le mouvement des jambes qui se frôlaient et s’entrecroisaient. C’est de la danse, les corps sont plus éloignés, la distance crée une tension différente, mais la tension est là. Ce sont des mots, les mots de Lorca, de sa jeunesse, dits d’une voix sourde, une fois la voix s’élèvera, quelques grognements. De la musique.

Il y a tout ce que j’attends d’un spectacle à  travers lequel, au fond, je remonte la chaine de mes racines. De la langueur triste, et de la tristesse langoureuse. Des regards durs et hautains, cassés d’un éclair dans les yeux. La vie, telle qu’elle est, cruelle et belle.

Je la pris près de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu’elle était adultère
C’était la Saint Jacques, la nuit

Les mots de Lorca, le Romancero Gitan, au coeur de ce spectacle hypnotisant, enivrant, addictif, saisissant. Voilà. Saisissant. C’est un spectacle saisissant

Le spectacle est court, 40 minutes, il se donne encore deux fois, en préambule aux Noces de Sang, à venir dans une dizaine de jours. C’est un superbe préambule, il m’a saisi par surprise, je ne savais pas vraiment ce que j’allais voir, je n’attendais rien.

Avec De Lorca Au Tango, la compagnie La Grue Blanche a mis la barre très haut. Je leur fait confiance pour transformer l’essai avec Noces de Sang.

Un grand bravo, un grand Coup de Cœur.

Le site du théâtre pour que vous réserviez.

Le site de la compagnie et sa page Facebook

https://www.facebook.com/events/1882410865372369/

Les fables de La Fontaine – La Folie Théâtre

On a pris un bol d’énergie enthousiaste avec les fables de La Fontaine, et ça fait du bien.

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Le texte est bien celui de Jean de La Fontaine, les parents sourcilleux ne sont pas dépaysés. Les fables sont racontées, dansées, chantées et non point déclamées sur un ton moralisateur, les enfants apprécient.

Sans tout dévoiler, je revois le corbeau danser, quand il ne se sent plus de joie, sa joie est communicative; l’air apeuré du lièvre, celui qui songe en son gite, et se découvrira guerrier; la gambade de l’agneau insouciant, avant qu’il ne vienne se désaltérer dans le courant de l’onde pure; le travail d’une cigogne bien outillée, pour retirer l’os demeuré bien avant au gosier du loup; oh… et la grenouille, qui enfle, enfle…

Le spectacle est rythmé, et plein de fantaisie, bravo Joyce Brunet pour cette mise en scène. Les acteurs de la compagnie d’Eos expriment le sentiment des animaux, on est dans le registre d’expression du clown, ils peuvent prendre des airs, tenir des mines, ils sont pleins d’une énergie communicative, d’un entrain roboratif, ils s’amusent, nous amusent.

J’ai adoré les costumes et l’imagination qui les a conçus, on sourit en reconnaissant chaque animal, j’ai aimé la musique, bien actuelle, on échappe au clavecin du dix-septième siècle.

L’avis de Baroudeur (« Archi bien »), celui de Fléchette (« Très bien ») conforte l’opinion de la salle, qui faisait la queue pour obtenir de La Fourmi (restée dans son costume de femme fatale) qui une affiche, qui une photo, qui un bisou.

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Le Fauteuil – La Folie Théâtre

Le fauteuil est à cour, sur le devant de la scène, et dans le fauteuil il y a le maître du temps, qui va tenir le rythme de l’histoire, lancer, relancer. Pour travailler le temps, il s’appuie sur trois acteurs, une musicienne, et le public, qui va, par ses suggestions élucubrantes, décider du destin des personnages, des personnages aussi, d’ailleurs.

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Hier soir, ça a fait une histoire insolite, amusante, touchante, ça ne sert à rien de vous la raconter, la Honte de Caroline n’a eu qu’une soirée d’existence, vous ne la reverrez sans doute jamais. Mais nous on l’a vue, et on a passé une soirée trop courte à rire plus ou moins jaune, à rire tout le temps.

Ca n’est pas un match d’improvisation, qui peut s’enliser. C’est du vrai théâtre, du vrai théâtre improvisé, où chacun reçoit, prend et relance la balle de l’autre, quand parfois ils ne sont pas dans le même plan, ça ajoute du sel à la chose. C’est du théâtre maîtrisé, si l’un a construit un mur, l’autre attendra qu’il y ait une porte pour le franchir. C’est du théâtre rythmé, la maitresse du temps est là, relance, oriente, ajoute une épice quand il en est besoin. C’est une vraie maîtresse, l’œil sur la montre, « ça on le verra pas il va falloir conclure », quoi ? déjà ? c’est tellement prenant que je n’avais pas vu passer le temps. C’est du vrai théâtre, avec une histoire qui se tient, qui fait des tours et des détours au hasard des instant, avec des personnages tranchés et touchants, avec un destin qui nous implique.

Baroudeur et Fléchette étaient là, Fléchette qui n’a peur de rien a ajouté son grain de sel, quand on pose une question, elle répond. C’est donc elle qui a remué la clochette, choisi la posture de départ, que la salle a pimenté en « Ca se passe dans un mariage, l’une a envie de faire pipi, l’autre tient un cactus ».

Si vous doutez qu’on peut passer un excellent moment avec ce point de départ, allez vérifier. La seule chose que je peux vous dire, c’est qu’on a tous les trois passé un moment mémorable. Vous doutez encore ? La seule façon que vous avez de savoir, c’est d’aller voir.

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Le journal d’une femme de chambre – La Folie Théâtre

Putain de belle pièce, et putain d’actrice. Pourtant j’en ai vues, mais des comme ça, jamais. Karine Ventalon m’a chopé par les tripes dès son entrée en scène, sans même prononcer un mot, et ne m’a pas laché avant que n’éclatent les salves d’applaudissement, elle aurait mérité qu’elles continuent.

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Mise en scène par William Malatrat, Karine Ventalon donne une Célestine différente de celles que j’avais pu voir. On n’est pas dans la manichéisme de la pauvre jeune fille exploitée par une classe possédante. Sa Célestine est délurée, elle a découvert qu’elle aime le sexe, et le pouvoir que cela lui donne. Les hommes abusent de sa Célestine, sa Célestine use des hommes, elle est manipulatrice, avec un zeste de perversité.

Il y a le parti pris de la pièce, et puis le jeu de Karine Ventalon.

Dans la petite salle de La Folie Théâtre, à deux mètres des spectateurs du premier rang, Karine Ventalon se met en danger, ose, s’expose. Elle multiplie les impersonations, les mimiques, les postures et les voix. Célestine est délurée, son jeu cru et sensuel la montre ainsi, le spectateur ressent plus qu’il ne comprend comment les hommes qui croisaient cette Célestine impitoyable n’avaient, au fond, aucune chance, si eux croyaient jouer un jeu, elle maîtrisait ce jeu. Si les mots couverts évoquent, le jeu montre sans équivoque, les actes sont mimés sans ambiguïté, appuyés sur une valise essentielle, la malle qui contient sa vie, la malle qu’elle est prête à faire à tout instant.

Le jeu et la mise en scène explorent un registre que j’ai rarement vu exposé, surfant sur la limite de la sensualité, sans franchir celles de l’érotisme ou du mauvais goût, un grand bravo pour avoir osé, un double bravo pour l’avoir fait, un triple bravo pour avoir réussi.

J’ai passé un excellent moment, la salle aussi, qui a applaudi à tout rompre dès le noir revenu.

La pièce se donne jusqu’à début mars, si vous n’avez pas une pudeur de chaisière, allez la voir. Si vous en avez une aussi, d’ailleurs.

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MessieuDames – La Folie Théâtre

Un tiers de vaudeville, un tiers d’angélisme, un tiers d’incitation à l’acceptation de l’autre pour ce qu’il est, un tiers de jeu maladroit, voilà ce que j’ai ressenti hier soir devant MessieuDames.

C’est l’histoire d’un secret de famille qui va se dévoiler, et tout finira bien. Si ce n’est que le secret, c’est que Joël est devenu Joëlle, le tout avec l’amour et les compromis de sa femme et de sa fille.

J’ai été touché par le sujet, les larmes des acteurs à la fin de la pièce. J’ai trouvé le texte un peu court, les situations parfois un peu rentre dedans.

Mais surtout la représentation s’est manifestement mal passée, les acteurs ne jouaient pas d’une façon fluide, se trompaient souvent dans le texte, dans les placements, il y avait du bruit dans la coulisse, c’était très bizarre, le quatrième tiers ne passait pas.

Bref je n’ai pas été convaincu

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Bilan 2016

C’est l’heure des bilans ? Allons-y. Je viens de repasser la liste des spectacles vus cette année, il y en a 155. Avec forcément des mauvais souvenirs, et malheureusement des absences totales de souvenirs, des pièces que j’ai vues, et même en faisant un effort, je ne me souviens de rien.

En haut du podium, hors catégorie, Le Conte d’Hiver, vu au Théâtre 13. Avec Baroudeur, on l’a vu 3 fois en 15 jours, et on regrette de ne pas l’avoir vue encore. Je crois que je suis tombé amoureux, amoureux d’une pièce de théâtre, du coup j’ai compris que l’amour impossible pouvait exister, compris comment un cœur perdu pouvait aller acheter son pain à l’autre bout de la ville pour simplement sentir le parfum de celle qu’il aime et qui ne l’aimera jamais. Evidemment, je n’irai pas à Andrézieux-Bouthéon (oui, la ville de L’Echo de la Fouillouse), mais à Pontault-Combault, à Chevilly-Larue… c’est là, si vous voulez venir.

Maintenant que j’ai triché… passons au podium.

Sur mon podium, je voudrais mettre 3 salles, parce qu’une salle c’est une ligne éditoriale, le choix forcément subjectif de faire venir une pièce ou pas, et que je fais une confiance aveugle à certaines salles de ce point. Il y a le Théâtre 13, La Folie Théâtre, et le Ciné 13 Théâtre, trois salles dans lesquelles je vais les yeux fermés, en confiance, voir les pièces qui y sont programmées simplement parce qu’elles y sont programmées, trois salles dans lesquelles j’ai eu de très belles surprises.

Je voudrais, sur le deuxième marche de mon podium, mettre de ces belles surprises… je voudrais juste citer Transsibérien si je suis, Hobobo, Mademoiselle Frankenstein et Bigre, les pièces qu’on a vues, voire revues, de vrais moments de magie théâtrale.

Evidemment, Le Cirque Invisible est passé au Rond Point, et évidemment on l’a vu, encore.

Une catégorie à part, les pièces bonbon, mes pastilles Valda, ces pièces sans prétention que j’ai vues et après lesquelles je me suis senti tellement bien, des pièces de troupe, entrainantes. Cette saison, il y a eu Comédiens, et La Vie est Une Chienne, Jordan.

Une catégorie rien que pour eux, parce que je me demande comment ils vont évoluer, parce que j’aime ce qu’ils font : la Compagnie du Homard Bleu, qui ose s’attaquer au Monstre Sacré, qui le fait avec talent. Leur Bourgeois Gentilhomme partait un peu dans tous les sens, avec Le Mariage Forcé de Georges Dandin, ils se sont canalisés, affutés, le message est devenu clair, je les attends de pied ferme l’an prochain.

Allez, bonne année à tous !

Le Jeu de l’Amour et du Hasard – La Folie Théâtre

En une phrase : une version acidulée et transgressive de la pièce de Marivaux, exactement comme je les aime.

On ne refait pas Marivaux, une transgression vue avec bienveillance bouleverse le monde, et à la fin tout revient en place. On ne le refait pas, mais on le transpose, et quand, comme le fait Ewa Rucinska dans la version que j’ai vue hier soir à La Folie Théâtre, je trouve ça magique.

Le jeu de l’amour et du hasard, Silvia doit épouser Dorante, et pour le mieux jauger, se fait passer pour sa suivante, pendant que Dorante, pour les mêmes raisons, se fait passer pour son serviteur, deux couples vont se former, chacun étant écartelé entre l’attrait de l’autre et la peur de ce qui se passera quand cet autre découvrira son état réel.

La mise en scène d’Ewa Rucinska et les costumes d’Ela Tolak, m’ont emmené dans un monde coloré et acidulé, ailleurs et intemporel. Un monde poétique, aussi, quand les oiseaux roucoulent, quand les lumières dansent dans l’obscurité. J’y ai trouvé des échos de Tim Burton dans le couple Silvia Dorante, mâtiné d’un zeste de Rowan Atkinson dans le couple Lisette Arlequin pour détendre l’atmosphère.

La tension de la relation entre Dorante et Silvia est poussée à son paroxysme, je ressentais la pression physique irrésistible qui emplissait les deux personnages, et les liait peu à peu, on n’est pas dans le registre la séduction policée du texte déclamé, on est dans le registre de la passion animale qui griffe, crache et dévore. Ca reste Marivaux, la passion animale dévore, mais à la fin elle ne brûlera pas, chacun retrouve sa place.

Tiphaine Sivade était solaire, elle a donné une Silvia féline aux airs de fausse ingénue au fond pas sage du tout, Victor Bouis subissant son charme et ses manipulations avec pudeur et panache.

Dans les seconds rôles, j’ai particulièrement apprécié Anthony Fernandez, Mario lunaire et mystifiant, si vous allez voir la pièce à La Folie Théâtre, tournez parfois la tête vers le fond de la salle, il est peut-être là.

Le public était conquis, il aurait volontiers donné un ou deux rappels de plus.

PS : la pièce est éligible aux P’tits Molières

Le site du théâtre

Le site de la compagnie

Légende – La Folie Théâtre

En une phrase : l’épopée médiévale et déjantée du chevalier Banal pour retrouver sa princesse, ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants (surtout l’un d’entre eux).

La pièce commence en fait 10 minutes avant l’heure. On entre dans la salle en avance, le désordre est déjà installé, et ne nous quittera plus.

Le pitch ? C’est le bordel, à 5 minutes du lever de rideau, il n’y a de présent qu’un seul acteur, et le régisseur. Rapidement rejoints par un animateur de la ville de Paris – celui qui a perdu la troupe dans les catacombes, ils improvisent la pièce à trois. Les rôles sont interprétés successivement par chacun des acteurs, les tableaux se succèdent dans un univers où le non sens est roi, le chevalier (ben oui, c’est à l’époque médiévale, il y a un chevalier, un roi, une princesse, une marâtre, un fou, Boucle d’Or, le Petit Chaperon Rouge, une fée qui refuse de travailler, Esméralda, un ours qui ne sait plus très bien s’il n’est pas un loup…), le chevalier, donc, est successivement maigre et dégarni, noir bedonnant et chauve, décharné et chevelu…

La troupe des Trimarrants, le trio burlesque des Tombés de la Lune, joue avec la salle, dans la salle autant que sur la scène, c’est déjanté, ça pétille dans tous les sens, on rit à gorge déployée, ça tombe bien, c’est ce qu’on attendait, c’est pour ça qu’on était venus, et on a été servis. Et largement, généreusement servis, la mise en scène de Jérôme Côme ne laisse aucune place à un quelconque moment de mélancolie, de réflexion dramatique. C’est de l’humour britannique, du non sense à l’état brut, on y trouve des effluves de Monty Python, le rythme de Benny Hill. Le parti pris est de nous faire rire sans trop tenir compte de ce qui est politiquement correct, sans forcer l’exagération. C’est un art, de savoir ne pas forcer l’exagération. Hier soir, Jérôme Côme, Jo Freeman et Félix Debarre surfaient parfaitement sur la limite.

La pièce n’est pas très longue (soyez un peu en avance !), elle se donne à 20h00, elle est parfaite pour un moment de rigolade en famille, ne vous privez pas de ce plaisir. Nous, on a adoré.

Baroudeur a adoré, OliveOyl a ri et l’a qualifiée de déjanté, Fléchette était aux anges d’avoir fait entonner Une Souris Verte à la salle entière.

Le site de La Folie Théâtre

Mademoiselle Frankenstein – La Folie Théâtre

En une phrase : Mary Shelley, 15 ans après avoir écrit Frankenstein, face à sa création.

J’avoue, j’adore cette pièce, je l’ai vue trois fois en deux ans dans son écrin, la Petite Folie.

Mademoiselle Frankenstein, c’est la rencontre de Mary Shelley et de sa création, l’exploration de sa vie, des circonstances de l’écriture, la rencontre de Mary Shelley et de sa créature.

Vous ne verrez pas de monstre couturé pour vous faire hurler de peur, ni de rire. Vous rirez, ça détend, de certaines réparties. L’ambiance de la scène est angoissante, elle n’est là que pour nous accompagner dans la découverte des blessures de l’une, la frêle jeune fille qui a enfanté DU livre, de l’autre, enfanté dans une expérience maléfique. Ils se découvrent, se rejoignent.

Vous verrez deux êtres malheureux, qui se défendent avec leurs armes, vous serez tristes avec eux.

Mademoiselle Frankenstein, c’est un peu comme un film de M Night Shyamalan, une pièce à voir deux fois, une fois pour ressentir l’angoisse et la tension, une fois pour ressentir la tristesse et l’empathie.

Les deux acteurs sont fantastiques. Christelle Maldague livre une Mary Shelley à la solidité tranchante d’une vieille anglaise distinguée, Frédéric Gray est un Lazarro étrange et démoniaque.

Je sais bien qu’on a déjà vu la pièce en février dernier, vous m’aviez fait la confiance d’être 10 à m’accompagner. Croyez-moi, retournez la voir, redécouvrez la.

Baroudeur était là, hier soir. Il n’a pas tout compris, il n’a pas encore lu le livre. Il en a reçu suffisament pour suivre malgré l’heure tardive, pour ressentir au fond de lui la tristesse et la solitude des personnages.

Un grand bravo à toute l’équipe.

La vie rêvée des Andes – La Folie Théâtre

En une phrase : un comédien français part au bout du monde participer à l’unique représentation d’une troupe amateur chilienne.

La pièce est sympathique et dynamique. Narcissique et bordélique, aussi.

Aurélien Saget joue un texte d’Aurélien Saget dans lequel un acteur nommé Aurélien part au bout du monde jouer le personnage d’un nommé Aurélien qui aurait régné sur la Patagonie pendant 4 jours sous le second Empire, à travers une galerie de personnages caricaturaux basés sur les mimiques, les voix et les bruits de bouche.

J’ai eu l’impression que la pièce cherchait à pouvoir plaire à des publics et circonstances variés, café théâtre, théâtre de rue, théâtre pour jeunes, sketch, fin de repas de famille. Quelques minutes peuvent être savoureuses malgré le jeu souvent approximatif. L’histoire est faible, sur la durée c’est lassant.

Baroudeur, qui était là, a explosé de rire à plusieurs reprises.

Valjean – La Folie Théâtre

En une phrase : Jean Valjean raconte sa vie à Marius

Christophe Delessart est habité par ce texte. On l’a croisé après le spectacle, aux 100 kilos indispensable avant ou après une pièce à La Folie Théâtre, il a écrit ce texte il y a 30 ans, un texte qui a attendu que son auteur murisse, mature, prenne quelques rides. Je sentais cette habitation dans son regard, qui brille, pétille, pendant toute la pièce. Presque trop habité, d’ailleurs, parfois, pour la salle intimiste qu’est la Petite Folie.

Pourtant, Hugo, c’est pas mon truc. Dumas, oui, mais pas Hugo. Je devais avoir 12 ans quand j’ai lu les deux intégrales dans la bibliothèque parentale, passionné par l’une, ennuyé par l’autre. Du coup commencé à regarder Valjean avec mon cerveau qu’avec mon cœur, alors que la pièce, je le sentais, voulait parler à mon cœur.

Et puis la mayonnaise a pris, je me suis surpris emplein de compassion pour cet homme qui vivait devant moi, qui, plus que sa vie, contait ce qu’il avait ressenti durant sa vie. J’ai quand même trouvé que la scène finale était un peu longue, un peu larmoyante pour le Valjean énergique et volontaire qui venait d’évoluer sous nos yeux pendant une heure.

L’histoire est un peu connue, Valjean est un bon moyen de la faire connaître à un public réfractaire à la lecture, allez-y avec vos ados, qu’ils la découvrent sans les pompes cinématographiques, ni les envolées de l’écriture d’il y a deux siècles.

Voilà, c’est ça, c’est une pièce jeune, rafraichissante.

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Billie Holiday – Sunny Side – Folie Théâtre

En une phrase : les souvenirs de Billie Holiday

Il m’a fallu un peu de temps pour entrer dans ce spectacle, le temps de comprendre qu’en fait il ne raconte pas la vie de Billie Holiday, mais raconte ses émotions à certains moments de sa vie. De me rendre compte qu’il ne s’adressait pas à mon cerveau, mais à mes tripes.Je suis donc passé à côté du premier tableau, qui faisait un peu Cosette.

Oui, le spectacle enchaine plusieurs tableaux, à chaque tableau une robe différente, quelques accessoires, un contexte raconté à la première personne, le texte d’une chanson, quelques mesures d’époque pendant lesquelles Naïsiwon El Aniou danse, pleine d’émotions.

Plus j’ai débranché mon cerveau, plus je me suis laissé prendre, plus j’aurais voulu que ça dure.

J’avoue, je découvrais les chansons, il y avait dans la salle des afficionados qui les connaissaient par coeur et commentaient à la sortie le choix de telle version, manifestement eux avaient vu la pièce avec leur cerveau de connaisseurs. Ils observaient, je ressentais, c’est un beau spectacle qui sait s’exprimer sur le plan que chacun attend.

Ils ont vu Billie Holiday, j’ai vu Sunny Side, c’est le message essentiel, où qu’on soit, il y a un côté ensoleillé. Le pilote en moi, qui un jour s’est retrouvé au milieu d’un ciel bien noir, avec juste un coin gris foncé, confirme le message. Le Sunny Side, c’est là où il y a un poil plus de lumière, c’est la direction à prendre. C’est souvent la seule, toujours la bonne.

La salle a longuement et chaleureusement applaudi, moi aussi.

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Sorcière Latrouille – Folie Théâtre

En une phrase : une jeune sorcière se prépare pour le bal des sorcières.


J’attends d’une pièce pour enfants qu’elle leur apprenne quelque chose, mise en exergue d’une valeur, d’un comportement, ouverture à une culture, une technique. C’est mon interrogation avec Sorcière Latrouille, je n’ai pas trouvé le fond de l’histoire.

Mais j’ai passé (et les Pirates avec moi) un super moment. Le jeu de Frédéric BASSEZ-KAMATARI est superbe. Il est précis, généreux. On sent les années de danse classique dans chacun de ses gestes, elle utilise tout son corps, ses yeux, ses cheveux, même sa langue.J’ai vraiment été bluffé par son jeu, la mise en scène, le parti tiré de l’espace. Elle occupe l’espace, physique, sonore, visuel.

Tout est juste, se tient, les enfants marchent à fond, sortent avec le sourire, les yeux qui brillent, ils ont passé un bon moment. Moi aussi.

Et ils se souviennent en souriant de Sorcière Latrouille. Moi aussi. Finalement, c’est l’essentiel, non ?

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Lettre d’une inconnue – Folie Théâtre

En une phrase : un écrivain lit la lettre d’une inconnue, ou plutôt de la femme qu’il n’a jamais reconnue.

Bon… c’est la pièce que je n’aurais pas dû aller voir. Le sujet qui l’introduit… est celui face à quoi je m’enferme à double tour dans une geôle étriquée, en ne laissant ouvert que la fente d’un guichet pour voir d’où va venir le prochain coup. Les images de la fin… bref. Allez, un peu d’acide caustique pour nettoyer ce magma psychanaliénant… Soudain, une inconnue ne vous offre plus de fleurs… voilé, c’est dompté.

Mais quand même… Deux Stefan Zweig en une semaine, admirable, non ?

J’ai admiré le jeu de Laetitia Lebacq. Elle vit la pièce sous nos yeux, de la première à la dernière seconde. Le texte roule, déboule, sans lui laisser un instant de pause. Elle joue vraiment super bien.

Je me suis plus senti entomoligiste qu’empathique, elle parlait à mon cerveau. J’ai trouvé la scène encombrée, ne laissant pas trop de place à l’imagination du spectateur, et surtout contraignant la mise en scène. J’ai d’ailleurs trouvé que la mise en scène en faisait trop, qu’il y avait des moments de gesticulation qui n’apportaient rien, voire des explorations à la lampe de poche qui suivaient trop la lettre du texte.

Un peu comme si l’équipe avait eu peur du texte et de son sujet, peur de tomber dans le pathos, et du coup s’était retrouvée à surjouer l’absence de sobriété.

La salle était conquise, a longuement applaudi à la fin, c’est l’essentiel, une pièce dont les spectateurs sont contents !

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La Chambre Mandarine – La Folie Théâtre

En une phrase : trois moments déjantés dans une chambre d’hôtel à la décoration Mandarine.


La chambre Mandarine m’a mis de bonne humeur dès les premières secondes. Une chambre, dans un hôtel parisien, trois couples s’y succèdent, c’est le squelette d’une pièce de boulevard. Mais un squelette déjanté, (des)habillé aux couleurs d’une époque à venir.

Avant tout : si pour vous on doit plein respect aux ministres des religions, si vous avez défilé avec la Manif pour Tous… n’y allez pas, vous serez choqués. Si vous avez l’esprit ouvert, vous pourrez passer un bon moment.

Trois acteurs pour trois histoires, deux hommes, une femme, qui changent de peau, de costumes, de coiffures à un rythme échevelé. Le triangle amoureux n’est pas celui qu’on croit, les hommes d’avant guerre ont disparu, dans la robe d’un grand auteur se cache un coeur de midinette.

C’est vraiment bien joué, enlevé, sans pudeur (oui, on voit des fesses et des baisers). Une mise en scène au cordeau, sans chichis inutiles, je me suis laissé entrainer, porter, je ne me suis pas ennuyé un instant.

J’y étais avec Baroudeur, 7 ans, une fois de plus le plus jeune, et de loin, à voir une pièce, c’est maintenant un spectateur aguerri.

Pour y aller : le site du théâtre.

Tout ira bien – La Folie Théâtre

En une phrase : la découverte, par une jeune femme, des circonstances qui ont entrainé la mort de son père.

Les premiers instants m’ont inquiêté, réminiscences du théâtre moderne du début des années 80, et puis j’ai aimé la façon dont l’actrice jouait ses émotions.
La pièce est un retour en arrière, les époques alternent, séparées par des noirs durant lesquels une voix off explique le temps qui passe… une sorte de nostalgie des panneaux du cinéma muet ? Je suis peut-être traditionaliste, une bonne mise en scène n’a pas besoin de la béquille de la voix off pour que le spectateur comprenne ce qui se passe, que les moments se déroulent dans des temps, voire des espaces différents.

Pendant toute la pièce, j’ai alterné entre ces deux sensations, apprécier le jeu des acteurs, resentir de vrais moments d’émotion, être ennuyé par le texte et la mise en scène.

Jusqu’à la scène finale, que j’ai trouvée dégoulinante de pathos, presque ridicule, j’ai retenu un éclat de rire, et l’ennui l’a emporté.

Pour y aller : le site du théâtre

Cuisine et dépendances – La Folie Théâtre

En une phrase : un dîner entre « amis » perdus de vue depuis 10 ans, jalousies, mesquineries.

C’est le même dispositif scénique que pour un Air de Famille, qui se donne en alternance sur la même scène tout le mois de juillet. Mais c’est loin d’être la même qualité de jeu, en tout cas ce soir.

Ce soir, les acteurs n’étaient pas dedans. Hésitations, ton incertain, erreurs. Je n’y croyais pas.

Pourtant la salle était pleine, un soir de 14 juillet, c’est rassurant. Une salle majoritairement âgée, les quelques commentaires échangés semblaient l’être entre personnes à l’ouïe incertaine.

J’y étais avec Patachon, 7 ans, assis à côté d’une femme seule qui lui rendait bien 60 ans, et qui a passé le tiers de son temps à le regarder. La première fois pour s’étonner, pourquoi pas, mais après… j’ai eu le sentiment que la présence d’un enfant, qui manifestement suivait, dévalorisait sa propre présence, comme d’ailleurs le bruit des pieds qui raclaient le sol ou celui des bonbons antitoux. Il a aussi trouvé que ce n’était pas bien joué.