Noces de Sang – Folie Théâtre

Noces de sang, c’est l’histoire d’une mère que le sort a privé de son mari, de son fils ainé, qui vit pétrifiée à l’idée de perdre son second fils. C’est l’histoire d’une jeune femme, que son père veut marier pour gagner des terres et des bras. Une jeune femme qui n’a pas oublié son premier amour, mais il n’apportait pas de terres.

C’est une époque, quand des générations successives mères décharnées prévenaient leurs filles des brulures de l’amour. Et, génération après génération, elles se brulaient.

Noces de sang, c’est la vie, la vie c’est l’amour, la violence, la mort. Vida, pasion y muerte.

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Jessica Gabrielle – Bus Palladium

Jessica Gabrielle a réveillé le Bus Palladium, samedi soir, et elle y a mis le feu.


Il faut avouer que ça ronronnait un peu, deux sets soporifiques indignes d’un festival folk de sous préfecture avaient endormi la salle, l’ingénieur lumière, jusqu’au diable rouge qui animait la soirée et s’inquiétait d’un éventuel abus de tranquillisants dans les boissons.

Quand Jessica Gabrielle est arrivée, avec un set très pro, parfaitement réglé, elle a envoyé du lourd, et ça faisait du bien à tout le monde, on bougeait, les lumières se sont animées, la vie a repris dès les premières mesures de l’impro. Enfin elle est entrée sur scène, sa voix a pris son ampleur, ses teintures soul, c’est devenu magique.

Elle s’appuie toujours sur la rythmique et les voix de Leo Anabia à la batterie, et Alexeï Derevitsky à la basse, et sur le clavier enchanté de Pierre Van De Walle. Mathias Di Giusto a rejoint le groupe, il lui apporte son jeu teinté rock et ses superbes solos de guitare.

Dans le set, il y avait tout Jessica Gabrielle, des titres figurant sur les EP Now you know (2014) et Run (2016), des titres plus anciens, et quelques titres de son album à venir le 17 avril prochain, réservez-le déjà 😉

Avec l’arrivée de Mathias Di Giusto, le son a évolué, il a pris une énergie revigorante, j’ai vraiment beaucoup aimé, c’est plus rock, toujours pop, sans avoir oublié les teintures soul, en particulier quand la voix de Leo Anabia vient renforcer celle de Jessica.

Samedi soir, Jessica Gabrielle était une rock star, pour un public enflammé qui en voulait encore.

Le site de Jessica Gabrielle et sa page Facebook

Merci à Charles Combarel de Colligence qui m’a transmis cette superbe photo de Ellison Photography. Rock star ? Rock star !

Les Caprices de Marianne – Ciné XIII

Très beau moment de théâtre hier soir au Ciné 13, avec Les Caprices de Marianne. C’est pour avoir de belles surprises que je hante les salles, et quand j’en trouve, je dis BRAVO.

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Je ne vous raconte pas l’argument de la pièce, Marianne, Claudio, Celio, Octave, ils sont tous là, Marianne fait sa mijaurée, Claudio tente d’éviter le destin qu’il s’est choisi, Celio souffre mollement, et Octave meurt en bad boy.

Les Chaises de Jardin donne une version actualisée de la pièce de Musset, en gardant le texte, en transposant l’action dans un univers à La Fureur de Vivre d’Octave, et d’une touche de Godard, pour la mijaurissime  Marianne.

Je ne suis pas le plus grand des romantiques, Les Caprices renvoient à bien des épisodes de ma vie, j’en ai croisé des Claudio qui souffraient des écarts de leur trophée, des Marianne desséchées de n’avoir pas cédé ou épanouies de l’avoir fait, quand à Octave, dans la vraie vie, il saute sur l’occasion, enfin je crois, et puis quand on peut rendre service…

J’ai vu bien des versions ennuyeuses et morales des Caprices, là j’ai vraiment adoré la mise en scène de Patrick Alluin et Simon Coutret, la façon actuelle dont ils font dire le texte, la magie avec laquelle les longues tirades sont expédiées, on est là pour éprouver de l’empathie pour le rôle, pour enchainer l’action, pas pour entendre un acteur qui s’écoute déclamer une longue envolée.

J’ai apprécié la scénographie, ce plateau tournant qui transforme en un instant la porte de la maison d’Octave en chambre de Marianne, j’ai ri aux intermèdes chantés (vous n’entendrez plus Hélène de Roch Voisine sans éclater de rire). J’ai beaucoup aimé Simon Coutret en Octave Dean, Justine Thibaudat en Marianne Javal. J’ai une certaine admiration pour la façon dont Constantin Balsan est Celio, qui lancine mollement.

J’ai surtout admiré le travail de troupe, l’un sort de scène et va immédiatement changer un rideau, l’autre pousse le plateau tournant pendant que l’action se poursuit, surtout, à la fin de la pièce, après des applaudissements nourris et mérités, ils s’y mettent tous, il faut démonter le décor, une pièce se donne dans une demi heure, pas le temps d’attendre que les spectateurs aient quitté la salle.

OliveOyl a beaucoup aimé le parti pris de la mise en scène et le jeu d’Octave, Baroudeur a trouvé la pièce « très bien ».

Je laisse le mot de la fin à Fléchette : « Un peu compliqué à suivre mais j’ai suivi. En fait ça raconte les caprices des hommes pour Marianne. C’était beau et bien joué. J’ai eu un peu peur à un moment. »

Le site du théâtre

La page Facebook de la pièce

De Lorca au Tango – Folie Théâtre

Maiko Vuillod est entrée en scène, elle a caressé son violon et elle a chopé mon cœur, sans le lâcher pendant 40 minutes. Elle a créé une connexion, une empathie, avec ses gestes lents et sensuels, avec ses yeux, ses sourires.

Son jeu et sa danse hypnotiques et sensuels, ont saisi créé une tension, saisi l’attention de la salle, l’ont figée, retenant les respirations, pas un bruit, attentive comme rarement.

De Lorca au Tango, c’est l’histoire d’une femme, d’une rencontre, d’un amour. C’est de la séduction pure. Une femme qui rêve de lumière, en manque de lumière, qui rencontre la lumière, elle a la forme de Yannick Lhermitte, danseur de tango barbu, et chorégraphe du spectacle. Une femme. Peu de mots, dits d’une voix douce, des corps qui dansent, dans le silence ou sur une musique prenante, deux tangos, l’un dans une tension langoureuse, le second épanoui et détendu, pour nous ramener à la réalité, nous faire atterrir sans trop de dommages. Reprendre nos respirations, retrouver notre souffle.

De Lorca au Tango, c’est du tango, superbe, plein de petits mouvements de corps serrés, de mai, de jambe, de pieds, j’aurais pu rester figé à simplement observer le mouvement des jambes qui se frôlaient et s’entrecroisaient. C’est de la danse, les corps sont plus éloignés, la distance crée une tension différente, mais la tension est là. Ce sont des mots, les mots de Lorca, de sa jeunesse, dits d’une voix sourde, une fois la voix s’élèvera, quelques grognements. De la musique.

Il y a tout ce que j’attends d’un spectacle à  travers lequel, au fond, je remonte la chaine de mes racines. De la langueur triste, et de la tristesse langoureuse. Des regards durs et hautains, cassés d’un éclair dans les yeux. La vie, telle qu’elle est, cruelle et belle.

Je la pris près de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu’elle était adultère
C’était la Saint Jacques, la nuit

Les mots de Lorca, le Romancero Gitan, au coeur de ce spectacle hypnotisant, enivrant, addictif, saisissant. Voilà. Saisissant. C’est un spectacle saisissant

Le spectacle est court, 40 minutes, il se donne encore deux fois, en préambule aux Noces de Sang, à venir dans une dizaine de jours. C’est un superbe préambule, il m’a saisi par surprise, je ne savais pas vraiment ce que j’allais voir, je n’attendais rien.

Avec De Lorca Au Tango, la compagnie La Grue Blanche a mis la barre très haut. Je leur fait confiance pour transformer l’essai avec Noces de Sang.

Un grand bravo, un grand Coup de Cœur.

Le site du théâtre pour que vous réserviez.

Le site de la compagnie et sa page Facebook

https://www.facebook.com/events/1882410865372369/

Légende d’une vie – Théo Théâtre

Un ange passe au Théo Théâtre, et vous avez sacrément intérêt à aller le voir, dans 10 ans vous pourrez dire « Vous savez, je l’ai vu quand il avait 25 ans ».

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Légende d’une Vie est une des rares pièces de Stefan Zweig, je l’ai découverte hier. Je reste souvent froid devant les textes de Zweig, que je trouve surannés, pourtant je suis rentré immédiatement dans ce texte, qui dépeint les pratiques d’une époque révolue, quand les mariages se faisaient pour allier position sociale, fortune et nom, quand les vieilles douairières tenaient avec une force violente l’image de la perfection familiale, au prix de la dissimulation de nombreux secrets. J’ai aimé la façon dont Légende d’une Vie aborde le sujet, la pression sociale sur le fils d’un poète célèbre (je ne peux m’empêcher de penser au sort du fils de Rudyard Kipling, pour qui avait été écrit Tu Seras Un Homme Mon Fils) à qui a été imposée une première lecture publique de ses poèmes, la découverte progressive de sa passion pour une cousette, la découverte progressive des pans cachés de la vie de son père, jusqu’à ce passé ressurgisse, jusqu’à ce que la vérité apparaisse, jusqu’à ce que l’image du père s’humanise, jusqu’à ce que chacun puisse enfin assumer son destin.

En voix off, un Patrick Poivre d’Arvor joue son rôle de journaliste pompeux qui sait surtout s’écouter parler, c’est précieux pour l’image de la pièce, ça lui donne de la visibilité.

Légende d’une Vie est produit par la Compagnie Thylen, sur scène, c’est Lennie Coindeaux, et Caroline Rainette. Elle a traduit et adapté le texte (c’est donc elle que je dois remercier pour avoir peigné la langue et la rendre actuelle !), ils signent la mise en scène, ils jouent. Ils jouent bien. Vraiment bien.

J’ai été bluffé par le jeux de Lennie Coindeaux. Retenez bien ce nom. Il a 26 ans, il joue de façon magistrale. J’ai eu l’impression, hier soir, de voir un comédien mûr, mature, expérimenté. Il est encore tout jeune, il joue comme si il avait l’expérience d’un Francis Huster à 40 ans, au sommet de sa carrière. Il est dans le rôle dès le premier instant, ne le quitte pas un instant, il joue bien, juste. C’est pour recevoir ce genre de cadeaux que je vais dans les petites salles, pour sortir de la salle le souffle coupé par ce que je viens de voir, de recevoir, et là… juste waow.

J’ai bien sûr apprécié la mise en scène, son adaptation à l’espace particulier du Théo Théâtre. Et le travail sur les lumières, qui vient soutenir chacun des moments de la pièce.

Hier soir, c’était leur sixième représentation. Il jouent jusqu’au 17 février, les jeudi et vendredi à 21h00. Il vous reste 8 chances d’aller les voir. Ne les laissez pas passer.

A la fin de la pièce, applaudissez. Et applaudissez encore. En sortant, félicitez les, ils sont professionnels jusqu’au bout, le temps que vous remontiez, ils sont là pour vous saluer, vous remercier.

Lennie, Caroline, vous méritez un triple bravo, vous méritez une grande carrière.

Le site du Théâtre

Le site de la compagnie

Le spectacle est éligible aux P’tits Molières.

Hobobo – Ciné 13 Théâtre

Hobobo, quatrième fois ? Oui, et je ne regrette pas de l’avoir revu, avec une salle différente des précédentes.

Tout est venu de Fléchette, à qui Baroudeur a raconté le spectacle dans tous les sens, lui l’a vu deux fois, et qui m’a demandé de l’emmener, pour une fois aller voir un spectacle adulte juste elle et moi.

Je l’avais vu au tout début, avec une pèche fantastique, une deuxième fois avec une petite salle un peu endormie, une troisième fois avec une moyenne salle regroupée et énergique. Ce soir, c’était une salle de dimanche en fin d’après midi, presque comble, et pleine d’enfants. Ca m’a fait plaisir de voir qu’autant de parents emmènent leurs jeunes enfants voir cette pièce, qui ne leur est pas a priori destinée.

Un enfant a cette caractéristique de tout prendre au pied de la lettre, quand Patrick de Valette pose une question rhétorique, les enfants répondent, quand il évoque l’Homo Sapiens, une petite voix précise qu’il s’agit de l’Homo Sapiens Sapiens, mais la petite voix ne réagira pas au nom d’Adam Smith. Parfois, après l’intervention d’un enfant, il faut arriver à reprendre le fil, et quand c’est fait avec humour, c’est savoureux.

La salle riait, répondait, renvoyait. Et moi j’ai revu avec un plaisir non dissimulé la bactérie en pleine descente d’acide, la danse moderne, la séquence CroMagnon, toutes les séquences, en fait, j’avais beau savoir qu’elles arrivaient, elles me prenaient encore par surprise, et je riais, comme Fléchette riait, elle attendait quelques moments précis racontés par son frère, qu’elle s’est empressée de lui raconter dès qu’on est rentrés.

Le fil conducteur ? Hubert O’Taquet répond aux questions existentielles, d’où venons-nous, où allons-nous. Il y répond d’une façon totalement barrée, qui ferait passer les maîtres du non sense pour des étrangers égarés sur la dalle Montparnasse un soir de pluie verglaçante, je suis à nouveau ressorti de la salle plein d’optimisme et de joie, comme si le monde avait, malgré tout, un peu changé.

Si vous vous posez encore la question d’aller voir le spectacle, je ne peux que vous recommander de vous dépêcher, parce qu’il vous restera peu de temps pour aller le revoir, et que tous ceux qui sont allés le voir sur ma recommandation en éprouvent aussi l’envie.

Le site du théâtre

Hobobo est éligible aux P’tits Molières.

Le journal d’une femme de chambre – La Folie Théâtre

Putain de belle pièce, et putain d’actrice. Pourtant j’en ai vues, mais des comme ça, jamais. Karine Ventalon m’a chopé par les tripes dès son entrée en scène, sans même prononcer un mot, et ne m’a pas laché avant que n’éclatent les salves d’applaudissement, elle aurait mérité qu’elles continuent.

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Mise en scène par William Malatrat, Karine Ventalon donne une Célestine différente de celles que j’avais pu voir. On n’est pas dans la manichéisme de la pauvre jeune fille exploitée par une classe possédante. Sa Célestine est délurée, elle a découvert qu’elle aime le sexe, et le pouvoir que cela lui donne. Les hommes abusent de sa Célestine, sa Célestine use des hommes, elle est manipulatrice, avec un zeste de perversité.

Il y a le parti pris de la pièce, et puis le jeu de Karine Ventalon.

Dans la petite salle de La Folie Théâtre, à deux mètres des spectateurs du premier rang, Karine Ventalon se met en danger, ose, s’expose. Elle multiplie les impersonations, les mimiques, les postures et les voix. Célestine est délurée, son jeu cru et sensuel la montre ainsi, le spectateur ressent plus qu’il ne comprend comment les hommes qui croisaient cette Célestine impitoyable n’avaient, au fond, aucune chance, si eux croyaient jouer un jeu, elle maîtrisait ce jeu. Si les mots couverts évoquent, le jeu montre sans équivoque, les actes sont mimés sans ambiguïté, appuyés sur une valise essentielle, la malle qui contient sa vie, la malle qu’elle est prête à faire à tout instant.

Le jeu et la mise en scène explorent un registre que j’ai rarement vu exposé, surfant sur la limite de la sensualité, sans franchir celles de l’érotisme ou du mauvais goût, un grand bravo pour avoir osé, un double bravo pour l’avoir fait, un triple bravo pour avoir réussi.

J’ai passé un excellent moment, la salle aussi, qui a applaudi à tout rompre dès le noir revenu.

La pièce se donne jusqu’à début mars, si vous n’avez pas une pudeur de chaisière, allez la voir. Si vous en avez une aussi, d’ailleurs.

Le site du théâtre

La page FB de la pièce