Faada Freddy – Olympia

En une phrase : une performance vocale incroyable dans un écrin de lumière


Faada Freddy a mis le feu à l’Olympia, pour la soirée de soutien à Helen Keller International, association qui lutte par des moyens simples contre la cécité et la malnutrition.

Accompagné de ses 5 choristes, de ses seuls choristes, sans aucun instrument, Faada Freddy arrive sur scène comme un dandy ingambe, dans un écrin de lumière irréelle.

Les voix flottent, les oreilles ne se croient pas. Aucun instrument ? aucun instrument, juste des voix, des corps.

Mes yeux rejoignent mes oreilles, les chanteurs semblent flotter dans l’air.

Tout s’abstrait des contraintes de l’espace temps, c’est un voyage dans des mélodies irréelles, l’Olympia est debout, tapant dans ses mains, chantant.

Un moment d’humanité, d’union.

À mourir aux éclats – À la Folie Théâtre

En une phrase : descendante de suicidaires véléitaires, suicidaire véléitaire, une jeune femme met son expérience au service des autres et monte une entreprise qui vise à les aider à réussir joyeusement leur départ


Un joli moment que ce spectacle rondement mené. Marion Saussol, auteur et metteur en scène, donne à Marion Saussol, actrice, l’occasion de nous montrer une palette de personnages, jouant de leur intonation et de son écharpe blanche.

Le jeu de scène est bien amené, la mise en scène rythmée. Le texte a quelques manques (de jeunesse ?).

La ronde des personnages s’enchaine dans des dialogues, j’ai beaucoup souri, apprécié de rire, le sujet n’est pourtant pas évident.

La salle était enchantée.

Les Boulingrin et autres pièces – Théâtre Pixel

En une phrase : 4 petites pièces de Courteline s’enchaînent pour explorer l’ambigüité de l’âme des couples.


La première piécette rapidement terminée donne le ton du spectacle, des plaisanteries datées voire éculées, clamées bien trop fort à destination d’une troupe de cheveux gris heureux de revivre le souvenir des jeunes années de leurs parents, l’époque des jeux de mots-vais.

La mise en scène prend le parti pris de l’excès. Rôles surjoués, mimiques permanentes, acteurs surexcités, répliques hurlées, rien ne parait sous contrôle. Et de la prétention. Une introduction pompeuse, un peu méprisante, qui nous explique que la relecture du Misanthrope sera essentielle à la compréhension de la deuxième piécette. Un salut final auquel ne manquaient que Roger Harte et Donald Caldwell.

J’ose… un spectacle dont le public, en maison de retraite, appréciera qu’il lui fasse retrouver sa jeunesse et son audition.

Au milieu de tout ça ? Louise Duhamel, qui joue, de façon très calme, très posée, sans céder à l’excitation ambiante, la plus salope de la soirée.

Constellations – Théâtre du Petit Saint Martin

En une phrase : un homme, une femme, dans les moments essentiels de leur vie, tel qu’il pourrait s’être passé.

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Sur un plateau rond, avec un éclairage magnifique, Marie Gillain et Christophe Paou sont Marianne, physicienne, Roland, apiculteur, qui se rencontrent, vivent etc. Vivent. Dans un monde. Où la mécanique quantique s’applique tout autant que la gravité. Un monde grave, où tout les instants possibles coexistent, forment un nuage de probabilités jusqu’à effondrement de la fonction d’onde.

Les moments possibles sont joués successivement. De leur rencontre, à un barbecue, qui peut, ou pas, conduire à un rapprochement. A la fin, poignante, qui sortirait une goutte du coeur d’un insensible.

La vie quantique est une navette, d’un point initial à un point final.

Un superbe travail des deux acteurs, qui peuvent donner, par la façon dont ils jouent, des sens opposés à un même dialogue. Avec une emphase sur celui de Marie Gillain, fantastique actrice.

J’ai aimé la mise en scène, la lumière. J’ai admiré le jeu de acteurs. J’ai eu le coeur serré de voir Marianne perdre pied, choisir sa fin.

Au fond, c’est ça la leçon de cette pièce. Dans un monde quantique où tous les instants coexistent, le choix de chacun s’impose au destin.

Les Justes – Théâtre de Naples

En une phrase : la vie d’une cellule révolutionnaire, ses doutes, ses luttes et sa conscience, pendant et après l’assassinat du Grand Duc Serge


La mise en scène épurée de Patrick Rouzaud met en exergue la force du texte de Camus, tout aussi daté que présent dans l’actualité dramatique des attentats de janvier, novembre, Bruxelles… Si tous les révolutionnaires pouvaient avoir une conscience, à tout le moins une intelligence, a minima la capacité d’entendre et comprendre…

Pour une troupe dans laquelle se mélangent acteurs amateurs et professionnels sans qu’on puisse les distinguer, BRAVO. Plus l’acteur est près de l’action, de ce moment où il devra jeter une bombe; plus son jeu est en retrait, plus il en est loin, plus son jeu est naturel. La tension des âmes en devient palpable.

Au long de leur jeu, précis sur une scène dénudée, on sent les tensions, les doutes, la source des certitudes, la faille que masque la certitude de chacun.

À la fin, est-ce l’amour ou la mort qui gagne ? Dans ma lecture incorrigiblement optimiste, le dernier choix est un choix dicté par l’amour plus que par le désespoir.

L’architecture typée du lieu aide à donner à la pièce son intemporalité, on pourrait être au bal de fin d’année d’un lycée US au milieu des années 50.

Archibald le Fou de Shakespeare – À la Folie Théâtre

En une phrase : un fou, perdu sur la scène d’un théâtre, se cherche et parcourt les grands moments des pièces de Shakespeare


Une pièce attachante, de et par Odile Burley, qui la joue avec ses tripes.

Elle occupe l’espace, se joue bien des quelques accessoires, un mannequin désarticulé, un crâne, une robe blanche qui sera Ophélie et Juliette, une fraise…

J’ai eu du mal avec « En une phrase », si j’ai aimé les moments d’anthologie de la pièce, j’ai eu du mal à en sentir le sens global. J’ai parfois eu du mal à saisir qui elle était en fonction des séquences.

Baroudeur, du haut de ses 7 ans, est rentré dans la pièce, je le sentais qui la vivait tout contre moi, sans être effrayé par le crâne qui vivait sous ses yeux, ou les gants sanguinolents de Mac Beth.

En écrivant me reviennent…

La tête de l’auteur, coupée par une Reine victorienne, répondant au crâne qui l’interroge sur ce qui l’a mené là…

Dieu se nourrissant de poussins…

Roméo, Juliette, scène finale…

La tempête, qui se noue sous nos yeux…

L’accouchement d’un crâne, mais est-ce un crâne ou La Parole…

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark…

To be or not…

Vraiment des beaux moments, que j’ai savourés les uns après les autres, pour un résultat qui reste un peu confus.

L’Orque qui voulait manger des fraises – Théâtre Pixel

En une phrase : un peu de magie maladroite, d’ombres chinoises et de jeu bancal pour une histoire abracadabrante d’orque qui veut manger des fraises.


Le théâtre jeune public, c’est difficile. Je crois que ça doit leur ouvrir l’esprit à quelque chose, une initiation aux arts vivants, un principe, que sais-je encore. J’ai du mal avec les spectacles qui content une histoire sans trop de queue ni même de tête en mode Guignol.

L’orque, c’est un survol. Un peu de ballons, quelques tours de magie dont la petite fille derrière moi voyait les trucages, une séquence finale interminable. Tant qu’ils ne voient pas les ficelles, ils rentrent dedans, au delà ils soupirent. La frontière doit être l’entrée au primaire, les petits présents ont adhéré et marché, les grands ont passé un  bon moment de détente, aussitôt oublié.

Le Vilain Petit Canard – Théâtre Pixel

En une phrase : le conte d’Andersen, visité par un clown qui nous fait percevoir ce que ressent celui qui est exclus pour sa différence


Le clown est la face du comédien qui partage ses émotions avec le spectateur. Éric Tinot nous fait partager les siennes, successivement Mère Cane, Vieilles CanCanières, Canard Différent. Un bain d’émotions, d’imagination, immersif, captivant.

Le sentiment d’exclusion, l’amour inconditionnel de la mère, le frisson de la froidure de l’hiver sont là, palpables, tangibles, imprégnant.

Bien sûr, le caneton deviendra cygne, la qualité de la pièce n’est pas dans sa morale, elle est dans cette pluie d’émotions.