Jeux d’enfants – Théâtre 13

En une phrase : dans un pensionnat religieux pour garçons, les enseignants se déchirent


Il y a d’abord les élèves, peu différenciés.

Et puis les enseignants laïcs. Le professeur de français débonnaire, mémoire d’une maison qui l’occupe depuis 30 ans. Le professeur de latin-grec focalisé sur la transmission impitoyable de son savoir, 10 ans de maison. Le professeur de gym, juste sorti du rang des élèves, qui a choisi ce métier pour sa facilité.

Et puis les religieux. Le professeur de chimie, vengeur et punitif. Le surveillant, attentif au bon fonctionnement moral et quotidien des élèves et de l’établissement. Le supérieur, supérieur.

La mécanique bien huilée se dérègle, la tension monte. Les élèves deviennent violent, la sévérité de M. LatinGrec en est plus la cause que l’injustice de Père Chimie, mais quel est le manipulateur derrière tout ça ?

La pièce a tous les atouts. Le texte de Robert Marasco est bon. La mise en scène de Dorothée Deblaton est magistrale, au cordeau, elle tire un magnifique parti du texte, de l’espace, des acteurs. Elle a réuni une superbe palette, l’affrontement entre Jérome Keen et Philippe Catoire nous prend par les tripes dès la première seconde et ne nous lache pas jusqu’au noir final. On vit la pièce, les émotions des acteurs. Elle nous laisse parfois respirer, un instant pour reprendre notre souffle avant de reprendre le crescendo.

Attention, deux moments plus violents font à raison conseiller la pièce aux plus de 12 ans.

2h14 – Théâtre 13

En une phrase : la vie (dé)structurée d’un groupe d’adolescents.

La première séquence, mélange de mime et de danse, les visages des acteurs recouverts d’un masque blanc, m’a bluffé. Je me suis calé sur la banquette, prêt à passer un bon moment.

Et puis ça n’a pas tenu ses promesses. On comprend vite la typologie de chaque ado, la nature de son mal être. Les acteurs jouent bien, les changements de costumes tiennent la route, la lumière est belle. Techniquement bien fait, bien exécuté. Ennuyeux. A forcer le trait, on tombe dans la mauvaise caricature des personnages et des situations.

Au milieu de tout ça, quelques moments épiques, des pépites qui vaudraient le coup d’être extraites. En particulier un moment de folie, quand six des acteurs interprètent le frigidaire, les aliments angoissés d’être rangés par expiration de date de péremption…

La note d’intention annonce un dénouement abrupt et déchirant. J’ai justement eu le sentiment d’y échapper, à ce dénouement attendu pendant toute la pièce.

Tout ça pour ça ? Aïe.

L’irrésistible ascension de Monsieur Toudoux – Théâtre 13

En une phrase : André Toudoux, roturier sans envergure dont on ne sait pourquoi il a épousé Julie de Champrinet, grimpe les barreaux de l’échelle de la société grâce à l’influence occulte de sa belle mère, qui le méprise.


Trois petites pièces de Feydeau nous racontent l’ascension de Monsieur Toudoux, vue depuis sa chambre, nul n’est grand aux yeux de son valet.

Bébé nait, à 5 ans, à 10 ans. L’appartement s’agrandit, devient plus cossu, gagne une vue, de la hauteur sous plafond. Le mobilier Ikea devient design puis d’antiquaire. Monsieur Toudoux reste lui même, dépassé par des événements contrôlés par sa belle mère, soumis aux humeurs de sa femme et d’un enfant roi, sous l’oeil effaré du Colonel Chouilloux.

La morale est moraliste, Belle Maman finit à l’asile, Monsieur Toudoux devient Président.

Encore une fois, une belle création du théâtre 13, enjouée, entrainante.

Transsibérien si je suis – Théâtre 13

En une phrase : coincé dans les arcanes d’une administration Kafkaïenne, un auteur écrit l’histoire d’un chanteur dépassé que les vapeurs de l’alcool vont amener à imaginer qu’il fait une tournée Brest Vladivostok.

Une bombe émotionnelle, à bien des égards.

D’abord, la preuve qu’il faut faire confiance. Je vais au Théâtre 13 depuis… 2002, je suis (du verbe être) bien dans leur programmation. Transsibérien était étrangement annoncé, la création d’une pièce, un dimanche après midi, au milieu des vacances scolaires, la confiance est devenue aveugle.

Ensuite la pièce, superbe, une plongée dans un univers Kafkaïen dont on s’évade en inventant un héros comme seuls les Russes savent les inventer, qui rêvent leur vie dans les brumes de l’alcool, qui fuient leurs cauchemars en se laissant absorber par la vie qu’ils ont rêvée. Était-ce un seul en scène imagé, ou un spectacle onirique à la Savary ? En tout cas c’était magique, unique, beau.

Trois niveaux d’action intriqués, un œuvre magistrale.

Enfin… Baroudeur, c’est sa première pièce de « théâtre pour grand, j’en ai marre du théâtre pour petits », rentré dedans, subjugué, qui suivait tout, à sa façon, assis au milieu du premier rang. Je me souviens du regard intrigué de l’auteur-metteur en scène-acteur au moment des saluts.