Le prince travesti, ou l’illustre aventurier

A voir au Théâtre 71 de Malakoff, en tournée ensuite, une belle version d’Yves Beaunesne du Prince Travesti, au delà de l’amour et de l’argent, Marivaux s’intéresse à savoir qui de l’homme ou de la femme a le sens du devoir d’état.

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Le Jeu de l’Amour et du Hasard – La Folie Théâtre

En une phrase : une version acidulée et transgressive de la pièce de Marivaux, exactement comme je les aime.

On ne refait pas Marivaux, une transgression vue avec bienveillance bouleverse le monde, et à la fin tout revient en place. On ne le refait pas, mais on le transpose, et quand, comme le fait Ewa Rucinska dans la version que j’ai vue hier soir à La Folie Théâtre, je trouve ça magique.

Le jeu de l’amour et du hasard, Silvia doit épouser Dorante, et pour le mieux jauger, se fait passer pour sa suivante, pendant que Dorante, pour les mêmes raisons, se fait passer pour son serviteur, deux couples vont se former, chacun étant écartelé entre l’attrait de l’autre et la peur de ce qui se passera quand cet autre découvrira son état réel.

La mise en scène d’Ewa Rucinska et les costumes d’Ela Tolak, m’ont emmené dans un monde coloré et acidulé, ailleurs et intemporel. Un monde poétique, aussi, quand les oiseaux roucoulent, quand les lumières dansent dans l’obscurité. J’y ai trouvé des échos de Tim Burton dans le couple Silvia Dorante, mâtiné d’un zeste de Rowan Atkinson dans le couple Lisette Arlequin pour détendre l’atmosphère.

La tension de la relation entre Dorante et Silvia est poussée à son paroxysme, je ressentais la pression physique irrésistible qui emplissait les deux personnages, et les liait peu à peu, on n’est pas dans le registre la séduction policée du texte déclamé, on est dans le registre de la passion animale qui griffe, crache et dévore. Ca reste Marivaux, la passion animale dévore, mais à la fin elle ne brûlera pas, chacun retrouve sa place.

Tiphaine Sivade était solaire, elle a donné une Silvia féline aux airs de fausse ingénue au fond pas sage du tout, Victor Bouis subissant son charme et ses manipulations avec pudeur et panache.

Dans les seconds rôles, j’ai particulièrement apprécié Anthony Fernandez, Mario lunaire et mystifiant, si vous allez voir la pièce à La Folie Théâtre, tournez parfois la tête vers le fond de la salle, il est peut-être là.

Le public était conquis, il aurait volontiers donné un ou deux rappels de plus.

PS : la pièce est éligible aux P’tits Molières

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Félicie – théâtre du Gymnase

En une phrase : l’initiation de Félicie, jeune ingénue qui a réclamé à sa marraine le don de plaire, et qui fait l’expérience de la passion.

J’aime bien le théâtre de Marivaux, quand on joue avec, quand on met l’emphase sur le milieu transgressif de la pièce plus que sur la fin moralisatrice.

Le flyer annonçait clairement les choses, la lettre serait respectée. Costumes d’époque, vers scandés d’une façon telle que les acteurs font des pauses au milieu des phrases, emphase mise sur la morale. Eclairage étrangement travaillé, ou positionnement hasardeux, les acteurs se retrouvent souvent un peu en dehors de la tache de lumière.

J’ai bien aimé le début, la première scène, avec un parti pris très Disney. Avec une mention pour le jeu de Bienveillance, Vertu et Tentation, plus convaincant que celui du reste de la troupe.

OliveOyl, qui avait choisi de voir cette pièce, a été « déçue, en particulier par le jeu de Félicie ».

Le site du théâtre

La Dispute – Théâtre 13

En une phrase : Comment trancher la question de savoir qui de l’homme ou de
la femme, a été le premier infidèle en amour, une belle mise en scène dans
un dispositif scénique oppressant et inutilement coûteux.


La pièce est belle, bien jouée. Le parti pris, dans la seconde partie de la
pièce, de différencier l’archétype de comportement Nana/Mec de la
physiologie de naissance Homme/Femme (Dan Piraro a raison, ça devient
difficile d’exprimer les choses) ajoute à l’argument : les règles sociales
sont incapables de limiter la vie, l’anarchie du désir vaincra les
tentatives mortifères de le canaliser.

Les acteurs jouent juste, au milieu d’un plateau rond, est-ce une arène ou
un cirque, dans des couleurs fluos qui ne dépareraient pas les rayons d’un
Décathlon.

Autant j’ai aimé la pièce, et la façon dont elle est jouée, autant je suis
plus réservé sur le dispositif scénique. J’aime le théâtre 13 pour sa grande
scène, et ses rangées de gradins.

Pour La Dispute, les spectateurs sont assis en rond, sur de toutes petites
chaises inconfortables, dans des cellules minuscules et surchauffées,
derrière des glaces sans tain, la tête enserrée dans des casques. L’idée
était de s’assoir avec une inconnue, j’y ai échappé grace à Baroudeur, 7
ans. J’imagine assez mal avoir passé une heure à éviter de frôler une
inconnue, chacun retenant sa respiration pour s’éviter les effluves de la
transpiration de l’autre, et le tout sans communiquer à cause des casques
sur les oreilles. A la sortie, les commentaires tournaient plus autour de
l’inconfort que de la qualité du jeu.

Sur un autre plan, il y avait beaucoup de monde pour accueillir, beaucoup de
monde pour faire tourner le spectacle, le tout pour 56 spectateurs maximum
dans une salle qui peut en accueillir au moins 250.

Dieu sait que j’aime les petites salles, que j’ai vu des troupes donner
leurs tripes pour une salle clairsemée dont la recette ne couvrirait
manifestement pas le minimum garanti (en français courant : la troupe jouait
à perte et sans que les acteurs ne soient payés). Là, on était dans la
caricature de la culture qui coûte cher et est réservée à une élite. C’est
un peu dommage, la pièce dans cette mise en scène imaginative mérite d’être
vue.