Le Manteau de Gogol – Théâtre de l’Opprimé

Le Manteau de Gogol au Théâtre de l’Opprimé : Serge Poncelet donne une belle vision de ce texte qui décrit si bien les petites gens, pour un très joli rendu, plein de poésie. Un spectacle dont on savoure le rendu, et dont on sort en réfléchissant.

Sur la scène, un petit bureau. Un mobile, fait de cintres. Une grande toile, St Petersbourg, un Munch bleu et blanc. Une scène d’introduction, le vif du sujet. Ce qu’il faudrait, à ce moment précis, c’est me présenter…

Akaki Akakiévitch est un employé de bureau au grade modeste. Toute la journée, il copie des documents. C’est tout ce qu’il fait, il le fait bien, rapporte le soir des documents à copier chez lui. Faire plus lui ferait peur, et ce qu’il gagne couvre tout juste ses besoins. A Saint Petersbourg, il fait froid, et le manteau d’Akaki Akakiévitch s’use, devient sujet de moquerie. Il est irréparable, il faut le remplacer, et c’est là que sa vie bascule.

Dans le Manteau, Gogol parle des petites gens. Fidèles et consciencieux, on peut tout leur demander, s’ils savent le faire, ils le feront. Efficaces et résignés, ils vivent sur le fil de la survie. Sans eux, le monde ne peut plus tourner, ses rouages sont bloqués. S’il leur arrive un imprévu, ils perdent leur équilibre fragile, basculent dans la survie, tombent vers le néant. Akaki Akakievitch est de ces petites gens, et l’usure de son manteau est son imprévu.

Serge Poncelet s’est saisi de son histoire, et vient la partager avec passion. Quelque part entre Charlie Chaplin et Jean-Paul Farré, mi clown mi caricaturiste, il rend chacun des personnages avec le talent d’en partager aussi bien l’émotion que l’absence totale de sentiments. Passé la scène d’introduction, je me suis laissé embarquer, redécouvrant cette histoire dont nous sommes tous sortis du manteau de Gogol (Dostoievski).

Le Manteau est une histoire sombre, tragique. Serge Poncelet, seul sur scène, appuyé à la mise en scène par Guy Segalen, ponctué par les lumières de François Martineau, l’univers sonore d’Ulrich Mathon, en donne une belle version. Du début à la fin, j’ai savouré ce très joli spectacle, plein de découvertes. C’est beau, poétique, et ça dit les choses.

A voir.

A voir parce que c’est un beau spectacle. A voir pour se rappeler que notre monde tourne encore en s’appuyant sur ces petites gens, invisibles, qu’on croise sans les reconnaître. Ce sont eux qui sortent les bagages des avions, qui trient les colis dans les entrepôts, qui alimentent les rayons des supermarchés, qui fabriquent…

Oui, c’est un beau spectacle. Allez le voir. Pour la beauté et la poésie de sa forme, pour le jeu de Serge Poncelet. Allez le voir, sortez en réfléchissant, et, la prochaine fois que vous croiserez un invisible, souriez-lui.

Au Théâtre de l’Opprimé jusqu’au 18 décembre 2022
Mercredi, jeudi, vendredi, samedi : 20h30 – Dimanche : 17h00

Texte : Nicolas Gogol
Avec : Serge Poncelet
Mise en scène : Serge Poncelet, Guy Segalen

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