Elle/Ulysse

Un spectacle qui m’a touché comme rarement, dont je suis ressorti avec le goût de la paix dans la bouche. La paix a le goût d’une cuisse de canard confit froide.

(c) Pauline Le Goff

Sur la scène, un franc bordel, des ballons bleus, un électrophone (un vrai, orange), une pile de conserve, une valise, un gode, deux vierges, un clavier. Anne et Rébecca nous accueillent, pour leur anniversaire. Elles sont nées le même jour, pas la même année, le fêtent chacune de leur côté. Elles se sont rencontrées quand Rébecca avait 17 ans, dans leur Kangoo bleu, elles tournent un spectacle à travers la France des lycées, des prisons, des maisons de retraites. C’est pas l’objet. Ce soir, elles fêtent leur anniversaire, d’ailleurs elles débouchent le mousseux. Une ambiance où se lâcher, un peu d’alcool, les confidences et les souvenirs remontent.

Soyons clair : ce spectacle, c’est n’importe quoi, ça part dans tous les sens, on ne sait pas très bien où ça va, et le contenu d’une boite de six cuisses de confit de canard ne devrait pas subir ça. Et puis c’est long.

Tout ça est vrai. Tout ça est vrai… et pourtant…

Et pourtant je me suis laissé embarquer comme jamais dans leurs deux road trips. L’une est envoyée dans le coma par une voiture, elle y rencontre ses mortes, en sort pour mentir à son père, le préserver. L’autre part à Berlin en car, pour un festival de film porno, se retrouve à chercher la jouissance au milieu de douze corps aux sexes divers, retourne découvrir son île. Elle/Ulysse, c’est l’histoire de deux quêtes, de deux retours plutôt, comme Ulysse retourne à Itaque, et Dieu sait qu’il lui faut du temps. Deux quêtes pour arriver, pour revenir à soi.

A un moment du spectacle, à un autre, comme elles, avec elles, je me suis retrouvé face à moi, dans l’ombre, dans le respect des distances, une larme a coulé, pas un sanglot, juste une larme. Parce que je le connais, le goût du confit, l’attrait de l’extrême.

Quand je suis sorti, j’avais son goût dans la bouche, je me serais bien planqué dans un coin, tranquillement, trouver la paix. Parce qu’on peut trouver la paix dans le coma, au milieu d’une douzaine d’autre corps, en mangeant une cuisse de canard confit juste sortie de la boite. Voilà. Une boîte de confit froid, et Pleure pas Boulou dans les oreilles. Je ne sais pas si j’irai la manger, je sais qu’elle est là.

Bon anniversaire, Anne. Bon anniversaire, Rébecca.

Aux Plateaux Sauvages jusqu’au 17 octobre 2020
Du lundi au vendredi : 19h00 – samedi : 17h00

Conception, écriture, mise en scène et interprétation : Anne Contensou
Écriture et interprétation : Rébecca Chaillon

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