Le parfum d’Yvonne

Une superbe Master Class donnée par une grande dame du Français, la première femme à avoir été Doyen, Yvonne Gaudeau, qui vient pour l’occasion occuper le corps d’Isabelle Jeanbrau.

Yvonne

Yvonne Gaudeau nous accueille dans sa loge. Tout à l’heure, elle sortira définitivement du Français, où elle a passé deux fois vingt ans de sa vie. Mais ça c’est tout à l’heure. Pour l’instant, elle nous raconte. Sa vie. Son rapport au théâtre. Ses maîtres, Louis Jouvet, Charles Dullin. Les personnages qui sont venus l’habiter, premières d’entre elles, les Femmes Savantes. Le trac. Un grand comédien serait mégalomane, imaginatif et timide ? Le tournant de la quarantaine, doublement important chez la comédienne qui aborde alors les rôles de mère.

Et la raison pour laquelle nous, spectateurs, allons au théâtre. Pour apprendre ? Pour entendre le texte ? Pour admirer la performance ? Non. Pour retrouver une âme d’enfant.

J’ai d’abord été saisi par la tenue d’Isabelle Jeanbrau, qui est là, sur scène, quand le public entre dans la salle, et puis par sa diction, j’entendais chaque mot, chaque syllabe. J’ai commencé à noter, comme j’en ai l’habitude, et puis j’ai arrêté. Quand je ressors d’une pièce sans aucune note… c’est signe du meilleur. On va au théâtre pour retrouver une âme d’enfant ? Tout est dit.

Aujourd’hui, on appellerait ça une Master Class, le public s’y ruerait. Avant, on disait une conférence, ça faisait sérieux, ça impressionnait. Maintenant c’est un événement social, on peut payer un prix exorbitant pour se ruer au Théâtre de Paris, le théâtre de Réjane, il apparaitra au fil de la pièce.

Isabelle Jeanbrau donne son corps, sa voix, à Yvonne Gaudeau, elle est là, attentive, qui (se) raconte. Qui (se) conte. Avec de la pétillance, de la malice, de la passion. Parfois un peu de retenue, de ces retenues dont on sait qu’elles vont immédiatement céder, qu’il suffit d’un petit effort de plus pour franchir la pudeur.

La mise en scène ? Dans le texte d’Yvonne Gaudeau se trouve une séquence au sujet du metteur en scène, au service de l’auteur, pour tirer le meilleur de l’acteur. A ce filtre là, la mise en scène d’Amandine de Boisgisson, son travail sur la lumière, créent un écrin, le texte peut briller.

Yvonne Gaudeau est partie, et pourtant son parfum est toujours là, je l’ai respiré avec nostalgie et émotion.

Baroudeur était là, c’était lui le petit bâillement à la fin. Il est ressorti en ayant tout compris des Femmes Savantes, Henriette, Armande, Philaminte, Bélise, Clitandre ne lui échapperont pas quand viendra l’heure de les étudier vers à vers en cours de français. Son regard pétillait. Il a bien sûr toujours son âme d’enfant, il n’est pas près de la perdre.

Vous avez compris, j’ai un grand coup de cœur pour Le Parfum d’Yvonne. Vous aimez le théâtre ? allez-y.

A La Petite Rotonde jusqu’au 24 novembre 2018
Samedi – 20h30

Texte : Yvonne Gaudeau (adaptation Natalia Fintzel)
Avec : Isabelle Jeanbrau
Mise en scène : Amandine de Boisgisson
Production : La Loutre Compagnie

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