Une Maison de Poupée – Manufacture des Abbesses

Une Maison de Poupée à la Manufacture des Abbesses : pour le texte d’Henrik Ibsen qui mêle dilemme moraux et féminisme moderne, pour le jeu de Philippe Person, pour se souvenir que certaines évidences ont seulement passé 50 ans.

La scène est délimitée étrange par une étrange bordure blanche. Sur un morceau de moquette, une table, deux chaises. Sur le côté un sapin décoré. Nora Helmer s’avance. Je, soussignée Nora Helmer… la somme de 4 800 couronnes… M. Niel Krogstad…

Quelques jours avant Noël. Après les fêtes, Torvald Helmer va prendre la direction de la banque. Il a un grand principe de vie : pas de dette, ne jamais s’endetter. Pour lui, un sou est un sou, il est attentif à la moindre dépense de Nora, sa femme. Une de ses premières décisions sera de licencier Niel Krogstad, ce qui lui permettra d’embaucher Christine Linde, une vieille amie de Nora. Christine est veuve d’un homme qui ne lui rien laissé, ni argent, ni enfants, ni chagrin. Christine et Niel sont amoureux depuis l’enfance… et c’est bien ce Niel Krogstad qui a prêté de l’argent à Nora huit ans auparavant, pour financer une cure d’un an en Italie quand Torvald était malade.

Une Maison de Poupée pourrait être un vaudeville, c’est beaucoup plus que ça.

J’ai savouré le texte d’Henrik Ibsen, à la fois pour les sujets qu’il aborde et pour sa mise en perspective historique.

Nora, Christine, Niel… leurs agissements sont en dehors des clous, et moralement limite, chacun d’eux ayant bien sûr les meilleures raison du monde pour avoir agi ainsi, dans l’intérêt de ses proches et non dans le sien. C’est le Greater Dood, comme pour le dilemme du tramway, chaque spectateur acceptera certains comportements, sera révulsé par d’autres.

Ibsen explore les dilemme moraux, Ibsen donne une leçon de féminisme. Nora, la jolie Nora, prête par devoir à toutes les compromissions pour relever son mari, finira par le voir comme il est, égoïste, perclus de traditions, de religion, il lui impose ses goûts, la traite comme son bibelot préféré. A la fin de la pièce, elle aura ouvert les yeux, réalisé qu’ils non rien en commun, rien à se dire, elle prendra sa valise et laissera sur place son mari, ses enfants, et sa Maison de Poupée.

Voilà que l’histoire s’en mêle. Le spectateur de 2022 trouvera normal le départ de Nora comme il aura été choqué par le fait qu’elle ne puisse s’endetter sans l’autorisation de son mari. En 1879, c’était le contraire. La pièce a fait scandale, a été interdite en Angleterre, et certaines actrices ont refusé de la jouer à cause de sa fin. Nora est une femme moderne, une femme de notre temps. Un temps récent. Ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de son mari, travailler sans l’autorisation de son mari… sont possibles pour une femme mariée depuis le 13 juillet 1965 seulement

On pourrait voir la pièce pour le seul plaisir de voir Philippe Person en scène donner vie à Niel Krogstad. Du grand art, et les scènes entre lui et Florence Le Corre qui est Christine Linde sont savoureuses. J’avoue être moins convaincu par le jeune couple Helmer, un peu trop vaudeville exubérant à mon goût.

Une pièce à voir pour le modernisme de son propos, pour l’inversion des perspectives qu’on réalise, parce que Philippe Person.

A La Manufacture des Abbesses jusqu’au 22 mai 2022
Jeudi, vendredi, samedi : 21h00 / Dimanche : 17h00

Texte : Henrik Ibsen
Avec : Florence Le Corre, Nathalie Lucas, Philippe Calvario, Philippe Person
Mise en scène : Philippe Person

Visuel : François Damville

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