Le Titre est Provisoire – Studio Hébertot

Le Titre est Provisoire au Studio Hébertot : trois personnages en instabilité permanente pour avoir été trop sincères. Un joli moment de théâtre, rondement enlevé, dont le spectateur ressort enchanté d’avoir bien et finement ri.

Sur la scène, des cartons de déménagement, dûment libellés, photos, livres, chaussures, souvenirs Malaisie. BD Manu, Penderie Aline, Jouets Zoé, la famille est tracée. Manu, donc, pose sur un carton une assiette de Spéculos. On sonne. Salut Lapin. Cinquième sans ascenseur, tu veux faire le tri dans tes amis ? Quelques échanges sur la taille de l’appartement (38 m² au sol, 23 loi Carrez), ils rentrent dans la vif du sujet : T’as eu le temps de lire ? Oui, c’est vraiment une catastrophe, non ?

Manu a reçu une pièce de théâtre, Memet et Zamir, il a invité Thibaud pour faire une lecture, l’occasion pour les deux comédiens de jouer ensemble. Sauf que… Thibaud trouve la pièce sans intérêt… Manu attend également Jeanne, l’auteure, pour participer à la lecture, Thibaud ne le sait pas… D’ailleurs on sonne.

Le trio est parti pour une belle séance de franches explications, où l’on découvrira la vie sentimentale de Thibaud, sa relation conflictuelle avec le metteur en scène à la mode, les difficultés économiques de Manu, et les raisons pour lesquelles Jeanne s’est intéressé au destin de deux frères réfugiés Albanais.

Le texte de Christophe Corsand est globalement bien fait, qui crée une situation absurde dont il tire parti en laissant à chaque instant ses personnages dans une situation instable dont ils ne savent pas vraiment se sortir. C’est ciselé, percutant, le spectateur rira d’une intrigue qui ne cède à aucun moment à la facilité du jeux de mots faciles ou du qui pro quo sans autre objectif que son rire gras. Christophe Corsand donne également un Manu perdu, maladroit dans sa volonté de faire plaisir à tout le monde, face à Olivier Doran, Thibaud bougon, cassant et péremptoire, et Magali Bros, Jeanne joueuse et malicieuse.

Chacun d’eux est à sa manière attachant, et d’une certaine façon on lui donnerait quand même un peu raison. Le spectateur les aime bien tous les trois, il n’en déteste aucun, il s’intéresse d’autant plus à la façon dont ils vont sortir de cette situation qui évolue de rebondissement en rebondissement sans qu’aucun d’eux n’y soit à l’aise.

Jean-Philippe Azéma à la mise en scène s’est manifestement amusé avec ce huis clos, il donne un rythme agile et enlevé à cette variation sur le thème du trio classique, celui qui veut faire avancer les choses, celui qui bloque, celui qui trouve que l’essentiel est qu’on soit bien ensemble, reprenez un spéculos.

Les spectateurs rient, d’un rire fin. Le public a salué la représentation de longs applaudissements, arrivant à faire revenir les acteurs sur scène une fois la salle rallumée pour les remercier une nouvelle fois.

PS à lire après avoir vu la pièce : en ce qui me concerne, je secoue mon liégeois encore fermé pour le mélanger avant d'enlever l'opercule.

Au Studio Hébertot jusqu’au 1er mai 2022
Jeudi, vendredi, samedi : 19h00 / Dimanche : 17h00

Texte : Christophe Corsand
Avec : Magali Bros/Élie Rapp, Olivier Doran, Christophe Corsand
Mise en scène : Jean Philippe Azéma

Visuel : vavjeniak@gmail.com

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.