Salem

Salem au théâtre de Belleville : inspiré des sorcières de Salem et en prenant leur point de vue, Rémi Prin livre un huis clos spectaculaire qui m’a laissé pantois.

(c) Avril Dunoyer

La scène est noire, vide, enfumée. Pendant que les spectateurs entrent, des nappes de synthé installent l’ambiance, la tension. Par surprise, un projecteur, une jeune femme au cheveux libres apparaît, pose son sac à terre. Une deuxième, au profil d’institutrice « Marthe, c’est toi ? » Dans le sac, il y a des plantes, que Marthe a ramassées. Elles avaient rendez-vous à la clairière, Marthe et Jeanne s’y rendent. Bientôt elles seront quatre, Marthe, Jeanne, Emma, Alia, pour, est-ce un jeu, est-ce plus qu’un jeu, essayer de retrouver le secret d’une formule, d’un rite. C’est la nuit, le village est coupé du monde, un couvre feu a été instauré, des enfants naissent difformes, des animaux meurent.

Marthe, Jeanne, Emma et Alia seront surprises, iront de lieu clos en lieu clos. La foule les soupçonne de sorcellerie, pour se protéger elles vont de lieu fermé en lieu fermé, inventent, dénoncent, manipulent. Dans ce huis clos étouffant, chacune va petit à petit livrer ses secrets, exposer ses blessures, jusqu’à l’assaut final.

La pièce s’inspire librement, en prenant le point de vue des femmes qui en étaient au coeur, des procès de Salem (1692), avec un zeste de localisation en France où une épidémie de danse/transe jusqu’à la mort se répand, en Dordogne et à Strasbourg (mais pas Pont Saint Esprit). Une communauté isolée, une pénurie, des hallucinations, il faut un bouc émissaire. On y traite de la psychologie des foules, quand les plus éduqués (maire, curé, instituteur, médecin) perdent mesure et sagesse, quand la foule devient meurtrière. On y évoque l’inceste, et la difficulté pour les victimes à dénoncer leur agresseur.

Au delà d’une pièce de théâtre, Salem est un spectacle complet. Son, lumière, effets, la technique est omniprésente, véritable cinquième acteur. Depuis Solaris, Rémi Prin a appris à maîtriser une démesure à la taille de laquelle je ne doute pas qu’il trouvera un jour un plateau. Sa mise en scène est précise, son découpage cinématographique. Son parti pris clair obscur focalise l’attention du spectateur autant que son intérêt. Flora Bourne-Chastel, Elise d’Hautefeuille, Rose Raulin, Louise Robert sont totalement impliquées, elles vivent l’histoire physiquement et psychologiquement autant qu’elles la jouent.

J’ai vécu Salem de façon chirurgicale, observant l’histoire de l’intérieur sans me laisser embarquer, en besoin permanent d’en savoir plus, de voir où je me laissais emmener. Voilà, c’est ça. J’étais à l’intérieur d’un huis clos spectaculaire, sans y être enfermé. Comme si Robert Hossein avait revisité Pirates des Caraïbes (l’attraction, pas le film). J’étais content de retrouver sur scène Flora Bourne-Chastel, qui m’avait impressionné dans La Vergogne.

La terreur, au théâtre, est difficile à monter, d’autres s’y sont essayés sans succès. Avec sa patte particulière, Rémi Prin y arrive, laissant au spectateur pantois suffisamment de sujets pour poursuivre sa réflexion.

Par les thèmes abordés, par la mise en scène, Salem n’est pas forcément un spectacle facile. Si vous savez apprécier le théâtre qui va au delà du jeu de répliques entre acteurs, allez voir Salem.

Au théâtre de Belleville jusqu’au 28/09/21 – déconseillé en deçà de 15/16 ans
Lundi : 21h15 – Mardi : 19h00 – Dimanche : 20h00

Ecriture collective : Flora Bourne-Chastel, Elise d’Hautefeuille, Naima Maurel, Rémi Prin, Rose Raulin, Louise Robert
Avec : Flora Bourne-Chastel, Elise d’Hautefeuille, Rose Raulin, Louise Robert
Mise en scène : Rémi Prin

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