La Grande Musique

La Grande Musique aborde le sujet grave des secrets de famille sous une forme où on rit beaucoup. Une alchimie rare et réussie, portée par une distribution dont on ressent le plaisir, une pièce fédératrice visible par tous qui mérite de s’installer dans le paysage théâtre pour plusieurs saisons.

Sur la scène, une table est dressée, devant trois arches. Un mariage. Les acteurs sont immobiles, sauf un, habillé dans un costume déchiré, surrané. Bonjour, est-ce que vous savez qui est Marcel Vasseur. Le mariage d’Esther est un mariage normal, les parents se disputent. Le troisième mariage d’Esther, qui n’a pas trente ans, un mariage pas si normal, le marié est déjà parti se coucher, et Esther va bientôt s’enfuir, on la retrouve à la terrasse d’un café.

Dans la vie d’Esther, dans la famille d’Esther, il y a un secret, un secret qui rend les femmes inaptes au bonheur, incapables d’assurer leur rôle de mère. Un secret qui remonte à Mathausen, 1943, qui s’est transmis de mère en fille, Frida, Maritza, Nelly, Esther. Un secret dont Esther va remonter la trace, elle n’a pas le choix, elle vient de rencontrer #4.

Quand on le lit comme ça, on pousse un grand soupir, on se dit qu’on va s’ennuyer, et on passe à autre chose. Ca serait dommage.

La Grande Musique est une pièce qui pétille. Les bons mots fusent, les aphorismes surgissent au détour des phrases, on se moque gentiment des principes de la psychologie de bazar, des travers des personnages qu’on adore retrouver, passant avec eux d’une génération à l’autre.

J’ai regardé la pièce avec beaucoup d’attention. Ce n’est pas un thriller qui remonte les générations à la recherche d’un secret qui sera dévoilé dans les cinq dernières minutes, c’est une pièce qui pose qu’un non dit existe par lui même, que ses traces ont des conséquences sur les corps, sur les vies, et que la bonne façon de le désamorcer est de le trouver pour le dévoiler, pas de l’enterrer plus profond encore. Comme une bombe qui n’aurait pas explosé.

Voilà pour le fond. A nouveau, la forme est pétillante, la distribution, portée par Raphaëline Goupilleau et Bernard Malaka en grande forme, prend un grand plaisir à nous raconter cette l’histoire de ces femmes, on rit de leurs souffrances, de ces rires rares, empathiques et sans moquerie. Sans temps morts, on passe d’une époque à l’autre, d’un espace à l’autre, d’une histoire d’amour empêchée à l’autre.

Je me suis laissé embarquer dès le début de la pièce, un hémisphère tirant les leçons de cette démonstration pratique de psychogénéalogie transgénérationnelle, l’autre hémisphère savourant son rythme qui rappelait les grands moments du café théâtre. J’en suis sorti avec le sourire, j’y avais pourtant retrouvé certains éléments de mon histoire, comme mon compère avait trouvé des références à la sienne.

La Grande Musique est une pièce grave où on rit beaucoup. Son thème est lourd, Stéphane Guérin l’a traité avec sérieux et légèreté, il raconte une histoire sans volonté didactique, au spectateur de poursuivre la réflexion une fois reparti. Cette alchimie réussie fait de La Grande Musique une pièce fédératrice, accessible et visible par tous, qui mérite de rencontrer un large public, de s’installer dans le paysage pour plusieurs saisons.

Au Théâtre La Bruyère jusqu’au 20 juin 2021
Avignon 2021 : Théâtre Buffon – 19h20

Texte : Stéphane Guérin
Avec : Hélène Degy, Raphaëline Goupilleau, Pierre Hélie, Brice Hillairet, Etienne Launay, Bernard Malaka
Mise en scène : Salomé Villiers

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