Une histoire d’amour

Une histoire d’amour, la nouvelle pièce d’Alexandre Michalik, est à La Scala Paris. C’est une pièce bienveillante, une pièce bonne, et une bonne pièce. Ne boudez pas votre plaisir, allez l’applaudir.

Au centre de la scène, un rectangle de moquette taupe entouré d’une bande blanche, c’est là que tout va se dérouler. Cinq micros. Autour, un lit et un bar, un bureau, un canapé et un siège de toilettes. La Scala a poussé les murs pour accueillir la nouvelle création d’Alexandre Michalik. Qui commence avec une chanson d’Aznavour, Et pourtant.

Une histoire d’amour, c’est l’histoire de Katia et de Justine. Elles se rencontrent en 2005, au hasard d’un déménagement, tombent amoureuses. Katia est blindée, blessée par la vie. Justine n’est pas lesbienne. Elles s’aiment, vivent ensemble, et quand Justine veut un enfant, le hasard d’une insémination simultanée fait que c’est Katia qui est enceinte. Justine part avant l’accouchement. Douze ans plus tard, Katia n’a plus que quelques semaines à vivre. Qui va s’occuper de Jeanne, sa fille ? William, son frère, écrivain désabusé et alcoolique, ou pas ? Lui aussi a ses blessures.

Une histoire d’amour parle de la fin de l’amour, quand la mort s’en mêle, quand il faut mettre un point final et aller de l’avant. La pièce tourne autour de cinq personnes, l’une est morte, l’autre va mourir, elle est poignante mais pas triste. Au contraire, elle est pleine d’espoir, pleine de vie. Ils sont là, blessés, ils vont chercher le moyen d’avancer, ils le trouvent. Chacun d’entre eux est face à une porte fermée, parfois depuis longtemps. Ensemble, chacun va franchir sa porte, et pouvoir aller de l’avant.

Je me suis laissé prendre par la main, laissé embarquer, et j’ai savouré.

Bien sûr j’ai retrouvé ce qui fait la patte d’Alexis Michalik, la pièce montée comme un film, le décor minimaliste, les changements de costume chorégraphiés, les acteurs qui reviennent occuper les seconds rôles. J’ai ressenti le plaisir qu’il a eu à écrire ce texte, le plaisir que la troupe a à le jouer. Bien sûr il y a de la tristesse, mais pas de lourdeur ni de pathos. Quand une phrase s’approche trop des larmes, elle nous laisse en riant.

Une histoire d’amour, c’est une pièce bienveillante, une pièce bonne. Prenez bien les mots pour ce qu’ils sont. Je ne veux pas dire sans le dire qu’elle est cucul, ou mièvre. Je veux dire qu’elle fait du bien, que c’est ce qu’elle veut faire. Elle prend la vie comme elle est, notre vie, avec ses blessures, notre vie dans laquelle il faut aller de l’avant, notre vie dans laquelle le rire aide à évacuer la tristesse du moment, et c’est normal, et c’est bien, sinon on sombre. Le psychologue de bazar au fond de moi a eu l’impression à quelques moments qu’Alexis Michalik y avait mis de ses blessures ? Peut-être, c’est aussi ça, la vie. Elle ne juge pas, la vie, elle se vit.

Une chose est claire, il est heureux d’être là, il est heureux d’avoir monté la pièce. Il aime le théâtre, il est comme un enfant qui a eu le jouet de ses rêves pour Noël, ça se sent.

La salle était comble, elle a très longuement applaudi. Alors ne boudez pas votre plaisir. Parce que le plaisir, c’est contagieux

A La Scala Paris jusqu’au 28 mars 2020
Du mardi au samedi : 21h00 – dimanche 15h00

Texte : Alexis Michalik
Avec : Pauline Bression, Juliette Delacroix, Alexis Michalik, Marie-Camille Soyer, 
et en alternance Lior Chabbat, Violette Guillon et Amélia Lacquemant
Mise en scène : Alexis Michalik

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