Le Transsibérien

Eric Auvray donne au Théâtre de Nesle une belle version du Transsibérien de Blaise Cendrars, à savourer par les amoureux des beaux textes.

Sous la voûte du théâtre de Nesle, un piano, une chaise. Quelques notes, quelques émotions, de la nostalgie, du suspense, de la joie. Les premiers mots, en ce temps là, j’étais en mon adolescence, j’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance, j’étais à Moscou…

Dans La Prose du Transsibérien, Blaise Cendrars raconte un voyage, le voyage qu’il a fait à seize ans. Il est à Moscou, sept gares, mille et trois clochers. Il part avec un bijoutier, surveille – avec un browning – des coffres de bijoux. Il traverse la Russie, des paysages, des destins. Croise les pas de Jeanne, elle vient de Montmartre, elle vend son corps. Il joue, il boit. Il observe, il pense.

Eric Auvray s’est saisi du texte de Cendrars, il le donne comme… comme un homme âgé qui raconte pour la première fois, le voyage qu’il a fait à seize ans. Tout le monde sait qu’il a fait ce voyage, personne ne sait ce qui s’est passé, il n’en parle pas, mais ce soir il raconte. Il conte. En cherchant ses mots, ses souvenirs, en inventant, certainement quand il ne se souvient pas, ce n’est pas important, le souvenir qui restera est celui de ce qui est conté, la réalité n’importe pas.

Ses outils ? Sa voix, ses yeux. Il l’utilise pleinement, sa voix, il en joue, pour créer l’émotion, il monte la gamme, la descend, accélère, ralentit, change de teinte. Le voilà fier, nostalgique, égrillard, étonné. Il dit le texte comme il le chanterait, en chante certains vers, on se retrouve dans une église, à marcher avec Jacques Brel, ou à l’entrée de Cabaret.

Et le piano ? il suit. Quelques intermèdes, bien sûr, mais surtout il suit la voix, soutient sa musique.

Le résultat est prenant. Eric Auvray a saisi mon attention dès les premiers mots, elle ne s’est jamais relâchée, j’ai fait le voyage avec lui, j’entendais les détails, je les voyais sans fermer les yeux, j’étais dans la magie du conte, j’aurais aimé que le voyage dure encore.

Vous êtes amoureux des beaux textes ? vous avez envie de voir ce qu’un acteur peut faire de sa voix ? vous voulez vérifier que l’expression phrase musicale peut se prendre au pied de la lettre ?

Au Théâtre de Nesle jusqu’au 30 novembre 2019
Samedi : 17h00

Texte : Blaise Cendrars
Avec : Eric Auvray
Piano : Camille Taver
Mise en scène : Gauthier Leroy
Mise en voix : Valentina Vagliani

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