L’avare

Tigran Mekhitarian actualise l’Avare de Molière, il étend la violence domestique d’Harpagon à la violence du monde dans lequel nous vivons. Une version qui mérite d’être découverte.

avare

Une scène sans accessoires à l’exception d’un fauteuil dissimulé sous une bâche, un carré, quelques chaises sur les côtés. Trois personnes attendent, un groupe masqué et armé les rejoints pendant que résonnent les notes de Bang Bang. Un échange, une trahison, Harpagon est en possession d’une mallette, une mallette incriminante qu’il faut dissimuler.

Harpagon est veuf, ses enfants Elise et Cléante ont chacun rencontré l’amour. Mais Harpagon s’est mis en tête d’épouser Marianne, la fiancée de Cléante, et de marier Elise au seigneur Anselme, aussi vieux que riche. Vous connaissez la suite.

Tigran Mekhitarian a sacrément adapté le texte de Molière. Il fait d’Harpagon un des parrains qui contrôlent la cité, un parrain âpre au gain et violent, qui reste incapable de dépenser le moindre sou, et reste cloitré chez lui dans un accoutrement mi streetwear mi montagnard. Il a transposé le texte, les personnages parlent en euros, s’adressent au public, rappent.

Chez Molière, la violence est morale, domestique, dans un air du temps sexiste. Tigran Mekhitarian l’étend, elle est devenue générale, intemporelle. Il envoie du lourd, évoque le génocide arménien (avec une musique superbe qui mériterait d’être citée sur le flyer), dénonce une police corrompue  et incontrôlée qui enchaine les bavures, martèle le monde des cités que les beaux quartiers ignorent. Le sexisme n’a pas disparu du monde qu’il décrit, au contraire. Pour y échapper, Marianne trouve des armes extrêmes, et n’hésite pas à menacer de les utiliser. Belle force de caractère.

Il y a dans le texte des ajouts, des coupes, l’essentiel est toujours là, et les morceaux de bravoure passent parfaitement quand ils sont parlés avec un phrasé actuel, la langue de Molière est aussi intemporelle que son propos.

Il y a de l’énergie, du talent, de la force dans cette version actuelle de l’Avare. Elle a le temps de se polir, de se patiner, et de poursuivre avec succès son ambition de réconcilier le théâtre avec ceux qui n’y vont pas. Ceux qui y vont autant que ceux qui n’y vont pas y trouveront leur compte, peut-être même s’y retrouveront-ils autour d’un verre à la sortie.

En sortant des Fourberies de Scapin, les choses étaient claires : Baroudeur et Fléchette voulaient voir l’Avare. Ils sont venus, en battant le rappel de quelques uns de leurs amis qui nous avaient rejoints.

L’avis de Baroudeur : j’étais déjà allé voir les Fourberies de Scapin, j’avais déjà aimé. Ca m’a fait plaisir de retrouver les mêmes acteurs, j’ai eu des autographes de chacun. J’ai beaucoup aimé la mise en scene, je l’ai trouvée bien organisée. Ce qui m’a le plus plu c’est que les personnages étaient bien tranchés. Je me suis senti proche de Valère. J’espère bientôt les revoir. J’ai adoré, vraiment c’était trop bien.

Fléchette : j’ai aimé, c’était très drôle avec un principe déjà vu, ca ressemblait à Scapin avec une histoire d’argent et un malentendu. J’ai trouvé que la fille d’Harpagon était trop muette (soumise) alors que Marianne était très active. J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup d’armes et de violence dans la mise en scène, ca m’a un peu surpris. J’ai été contente de retrouver des acteurs de Scapin. J’ai été surprise que Marianne soit prête à se faire exploser pour échapper au mariage, mais si je réfléchis je peux la comprendre parce que c’est sa vie à elle et c’est à elle de faire ses choix de vie, elle n’a pas à subir les choix de quelqu’un. J’ai aimé les moments où les personnages demandaient la cassette au public, c’est une bonne idée de faire participer le public, comme ça il est part à l’action.

Au théâtre de l’épée de bois jusqu’au 2 juin 2019
Du jeudi au samedi : 20h30 – samedi et dimanche : 16h00

Texte : Molière, adaptation de Tigran Mekhitarian
Avec : Tigran Mekhitarian, Alexiane Torres, Julia Cash, Délia Espinat Dief, Arthur Gomez, Samuel Yagoubi, Etienne Paliniewicz, Soulay Mane, Théo Navarro-Mussy, Nicolas Le Bricquir
Mise en scène : Tigran Mekhitarian

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