So3urs

Nouvelle création du collectif Louves, So3urs est une belle réflexion sur la vie. La vie brutale, injuste. Dans laquelle nous évoluons avec une si petite couche de civilisation.

So3urs

Elena, Sacha, Nina. Trois sœurs. Il y a 15 ans, leurs parents sont morts. Elles ont été adoptées par La Production, qui filme leur vie en continu. Ce soir, elles vont sortir, en direct. Non. Une seule d’entre elles va sortir, et tout l’objet de l’émission de ce soir est de savoir laquelle. Plusieurs épreuves, et le public va choisir.

D’ailleurs en entrant dans la salle, chaque spectateur reçoit une petite télécommande. Une petite télécommande dont il aura plusieurs fois l’occasion de se servir.

La pièce est assez loin des Trois Sœurs de Tchekhov dont elle annonce s’inspirer, on y retrouve aussi les enfants isolés de La Dispute de Marivaux, ou la vie filmée en continu du Truman Show, ou les interrogations de La Caverne de Platon.

J’ai reçu la pièce à plusieurs niveaux.

Au premier niveau, c’est un spectacle qui fait froid dans le dos, certaines épreuves mettent les nerfs du public à rude épreuve, déclenchent des hauts le cœur, des « comment elle arrive à faire ça ? » plus vraiment chuchotés sur la performance Bear Grylls des actrices. Une sorte de grand loft, pourtant, où les participants sont montés les uns contre les autres. Un miroir pas si grossissant que ça, en fait.

Au deuxième niveau, c’est un spectacle qui rappelle que la vie n’est pas politiquement correcte, que la vie est brutale, injuste, darwinienne. Que si les chats d’appartement mangent des croquettes, leurs cousins des rues mangent des rongeurs, leurs ancêtres mangeaient le cœur battant de la truite qui venait juste d’être pêchée et vidée.

Au troisième niveau, il y a le spectateur, il hoquète mais il reste, il a un mouvement de recul mais il vote quand la salle s’éclaire, serait-il un cobaye de Milgram, et là la paranoïa peut s’exercer.

Un beau texte qui interpelle, avec une qualité rare, le professeur de philosophie peut y emmener sa classe sans qu’elle sombre dans l’ennui, en tirer matière à discussion, montrer que la réflexion philosophique peut s’inscrire dans le quotidien, ou qu’au fond rien n’a changé depuis le Panem et Circenses des Romains.

Un beau texte porté par le collectif Louves, par trois de ses membres solides, qui s’engagent pour donner à ces trois sœurs des caractères bien distincts, bien tranchés. Le quatrième personnage, l’animatrice, intervient uniquement en voix off, sans jamais sortir de sa position d’autorité impersonnelle et manipulatrice.

On peut aller voir So3urs par curiosité un peu voyeuriste, pour la performance des actrices. On peut y aller pour la profondeur du texte. On peut y aller pour partager la leçon de vie. En tout cas on peut y aller. Avec une âme sensible ? oui, si on a un bras pour l’entourer.

Au Théâtre El Duende le 22 mai 2019

Création collective librement inspirée de Les Trois Sœurs de Tchekhov
De et avec : Inès Latorre, Laure Marion, Lisa Mondon
Dispositif scénographique : Anne Marchais
Direction vocale : Lola Gutierrez
Avec la voix de : Sophie Braem Vasco

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