Antioche

Antioche explore le sentiment d’être emmuré dans une vie vide de sens, sous le regard d’Antigone venue rappeler que ce sentiment est éternel, que fuir n’est pas la solution.

Antioche

Il y a Antigone, qui est morte emmurée dans une pièce écrite il y a 2 500 ans, qui voudrait entrer dans la troupe de théâtre de l’école, mais seulement pour jouer sa pièce. Il y a Jade qui vit à travers son téléphone, elle fait la liste de ce qui l’obsède, elle dialogue avec un certain H. Sa mère l’obsède, Inès, qui est là aussi, emmurée dans le silence. Jade et Antigone se parlent, elles ont 16 ans, l’âge où on cherche le sens de la vie, l’âge de la colère.

Elles vont se mettre en route, se retrouver toutes les trois à 16 ans sous les néons d’une station service d’Antioche, sur la route de… sur la route.

Antigone est le pivot d’Antioche. Elle est encore là, avec sa colère, avec sa rage, pour n’avoir pas reçu les soins funéraires, et quand elle aura le choix de rejoindre le pays des morts, elle choisira de rester.

Antioche, la pièce, prend la forme d’un récit. Plusieurs tableaux dans un décor épuré, Antigone observe, raconte, commente. Plusieurs tableaux, plusieurs thèmes : révolte, intégration, utopisme, manipulation. Si Mère et Fille s’affrontent, la magie du spectacle les ramènera au même âge pour qu’enfin elles se parlent, voient à quel point elles sont symétriques, l’une a voulu venir, l’autre veut partir, à quel point la fuite n’est pas la solution, ailleurs est toujours mieux qu’ici. Antigone raconte, met en perspective, interpelle. Elle aussi cherchait le sens de la vie, qui mieux qu’elle sait ce que c’est d’être emmurée dans un présent sans avenir.

Antigone fait le choix final, de ces 2 500 ans elle tire la leçon, s’interroger sur le sens de la vie, c’est la vie, c’est ce qui fonde notre humanité. Partir ? pourquoi pas. Fuir ? ce n’est pas la solution.

J’ai apprécié la force du texte, de ces textes qui méritent d’être vus et relus, d’épiloguer sur un angle ou un autre. Il est en québécois, il fourmille d’expressions savoureuses, il est ponctué de pastilles pleines d’humour. Cette langue un peu différente laisse toute la place à l’empathie du spectateur tout en lui permettant de rester observateur, tout ça ne se passe pas (seulement) chez lui. J’ai savouré le jeu de Sarah Laurendeau, Antigone tout en nuances.

Une belle leçon de vie, portée par trois comédiennes solides.

Au Théâtre Paris-Villette jusqu’au 25 mai 2019
Mardi, mercredi : 20h00 / jeudi, vendredi, samedi : 19h00
Au Festival d’Avignon : 11 Gilgamesh Belleville du 5 au 26 juillet : 16h10
En tournée : Albi, Millau, Rodez, Pontchâteau, Vallet, Machecoul, Chollet, Privas, Loire-Authion, Le Mans, Ligne, Clichy sous bois, Le Carroi, Beaupreau, Bougenais, Chartres de Bretagne, Sene.

Texte : Sarah Berthiaume
Avec : Sharon Ibgui, Sarah Laurendeau, Mounia Zahzam
Mise en scène : Martin Faucher

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