EXIT – Tremplin Théâtre

Exit est une belle pièce, qui explore ce qui peut se passer quand les consciences de deux femmes dans le coma communiquent. Le sujet peut paraître ardu, le résultat est beau, sincère et beau.

exitDeux femmes sont assises, l’une danse, l’autre se bourre de petits biscuits fourrés à l’orange. Elles sont dans le coma, elles parlent. Elles parlent, ne s’écoutent pas vraiment, chacune entend ce que l’autre dit, en tient compte dans ses propres paroles. Une sorte de di-monologue (le mot est de Djamel Saïbi). L’une tient à coup de trop de discipline, se prive de tout et de nourriture à la recherche de l’homme idéal, ce père qui n’est qu’un X sur son acte de naissance. L’autre est une jouisseuse boulimique qui ne se refuse aucun excès. L’une est fuchsia, l’autre est orange.

Elles sont dans le coma, inconscientes, et pourtant leur conscience est libre, elles ne se perçoivent pas, elles ont conscience l’une de l’autre. Elles sont dans le coma, l’une est prête à en sortir, elle a aussi peur d’en sortir, l’autre s’y est installée. Elles vont poursuivre ce dialogue onirique jusqu’à l’arrivée d’un homme, un homme qui leur permettra à toutes les deux de trouver la sortie, par des chemins très différents, de revenir à la vie.

Le sujet peut paraître complexe, torturé, j’ai trouvé que le résultat était simplement beau. Très beau, très sincère, parfois drôle, parfois glaçant. Un peu désespérant pour les hommes.

Djamel Saïbi a construit son texte comme une couturière qui aurait dessiné un habit  de façon à ce qu’il donne l’impression d’être seulement bâti, ses dialogues ne sont pas à petits points serrés, ils n’enserrent pas le spectateur dans une ligne figée, ils l’emmènent dans une structure qui laisse une place immense à son imagination, à son histoire personnelle. Du grand art d’avoir rendu ce « je ne te perçois pas mais j’ai conscience de toi » qui nous ramène en deçà du cerveau reptilien, à l’état végétatif, ou végétal.

Ce qui m’a permis d’explorer, librement, ce qui m’était offert. Offert sincèrement, sans limites (je pense à cette scène pendant laquelle je me suis dit que pour la jouer comme ça, les deux acteurs étaient forcément ensemble dans la vie, en fait non).

Madame Reichmann (Maryline Le Briand) m’a touchée, enfermée dans ses excès, son incapacité à se contrôler, quand j’ai vu jusqu’où elle pouvait aller, où menaient ses petits jeux, j’ai basculé dans mon sentiment, n’est-elle pas, au fond, une manipulatrice perverse ?

J’ai été subjugué par le personnage d’Albertine Laumel, subjugué par le jeu de Bénédicte Roch, par la façon dont elle joue et danse son personnage. Elle a pris mon imaginaire, l’a emmené vers mes vieilles références, je l’imaginais jouant et dansant les chansons de C’est la vie, des Enfants Terribles, son jeu, l’univers d’Exit n’en sont pas si loin (et si on montait ce spectacle là ?).

A voir absolument si vous savez apprécier les pièces qui laissent une grande place à l’imaginaire et aux émotions personnelles du spectateur.

Au Tremplin Théâtre jusqu’au 31 mars 2018 – samedi 20h00

Une pièce éligible aux P’tits Molières 2018

Avec : Maryline Le Briand, Bénédicte Roch, Frédéric Bourbon, Eric Moscardo
Chorégraphie : Bénédicte Roch
Texte et mise en scène  : Djamel Saïbi
Production : La Déesse Compagnie

PS : j‘ai coutume de ne pas lire le flyer avant de voir la pièce, cette fois j’ai eu tort, je serais rentré dedans dès la première minute au lieu d’être attentif aux indices, et je l’aurais encore mieux savourée. Alors :

Albertine, jeune femme-poupée à la recherche d’un père inconnu – image immuable d’un homme brun dans un cadre fuchsia – se mure dans un silence anorexique. Léna, femme sensuelle et gourmande, amoureuse boulimique de Norman, s’engouffre avec jouissance dans l’absorption répétée de petits biscuits fourrés à l’orange.

Les obsessions de ces deux femmes  les précipitent dans un coma, lieu d’une parole libérée. Sans détour ni filtre. Drôle. Sincère. L’ accompagnateur sera-t–il celui qui mènera Albertine et Léna vers le chemin de la sortie ? A moins que ce ne soit l’homme, le déclencheur de cet EXIT ?

EXIT, le retour à la vie ….

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