Guérisseur

Un homme qui vit de son don, une femme qui l’accompagne, un impresario, trois destins entremêlés, trois êtres humains qui racontent leur(s) histoire(s), quatre monologues sobres et pleins d’humanité. Une pièce atypique à voir au Lucernaire.

Guerisseur

Guérisseur est l’histoire de Francis Hardy, un homme qui a reçu un don, qui essaye d’en vivre, parcourant dans une camionnette brinquebalante la Grande Bretagne avec Grace, sa compagne, Teddy, son impresario. Un don qu’il craint, il apaise ses peurs à grand coups de whisky et de routines rassurantes. Tous les trois vont de village en village, gagnant à peine de quoi subsister, dépensant immédiatement chaque gain supplémentaire.

Dans un décor très sobre, quelques chaises venues d’un jardin public, la bannière de présentation du Fantastique Francis Hardy Guérisseur, Thomas Durand, Bérangère Gallot et Xavier Jouval viennent, chacun à leur tour, raconter cette histoire. Non, pas cette histoire, leur histoire, enfin, la façon dont ils ont vécu l’histoire. Ou les histoires, les histoires imbriquées, celle d’un homme qui doute de lui mais qui vainc le doute chaque soir pour accomplir – ou pas – des miracles, celle d’une femme blessée, celle d’un impresario à succès qui quitte tout pour suivre un couple de paumés, celle d’un pays qui vous chasse, d’un retour à la source. Qu’est-ce qui les lie ? Que cherchent-ils ? Au fond, qu’ont-ils de commun ? des moments, qui forment trois vie. Un soir dans une église, une nuit sur une route au nord de l’Écosse, un retour au pays d’Irlande.

Le texte de Brian Friel – superbement traduit par Alain Delahaye – ne fait pas dialoguer les acteurs, ils ne confrontent pas leurs points de vue. Chacun vient conter, revivre, son pan de l’histoire, à travers quatre monologues mesurés, posés, Francis Hardy viendra une seconde fois pour nous dire l’épilogue.

Francis, Grace, Teddy, chacun m’a pris par la main, m’a raconté son histoire, ses victoires, ses souffrances. Qui ment ? Chacun. Qui est sincère ? Tous. C’est la vie qui est comme ça, chacun a son point de vue, comme l’a aussi montré Lucas Belvaux dans sa trilogie Un couple épatant Cavale Après la vie.

Guérisseur est une histoire humaine, trois êtres très humains, avec leurs forces, leurs faiblesses. Que s’est-il passé avant ? on le le sait pas, chacun leur devine un passé, sans les juger.

Une histoire calme, pas de cris, pas de portes qui claquent, les personnages ne se parlent pas, ils se confient à nous. Si quelqu’un prend parti, c’est le spectateur, pas l’auteur. Mon parti pris ? Francis est un imposteur narcissique et manipulateur;  Grace cherche un idéal inatteignable et ne trouve que des blessures;  Teddy est le plus humain, le plus sincère, embarqué dans cette galère par un amour impossible pour Grace. Ma lecture ce soir là, je me demande ce qu’elle aurait été avec Xavier Gallais dans le rôle de Francis.

Une histoire qui se termine comme la vie se termine toujours. En continuant.

Le dernier mot du Gérisseur ? Enfin je renonçais à m’en remettre au hasard.

Au Lucernaire du mardi au samedi à 19:00 jusqu’au 14 avril 2018

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s