Premier Amour – Théâtre de Nesle

Au Théâtre de Nesle, Pascal Humbert réussit l’ascension difficile de Premier Amour, une nouvelle de Beckett écrite au moment de sa vie où il décide de se tourner vers la littérature, publiée après qu’il a reçu le prix Nobel. A voir par ceux qui savent se laisser emporter quand la musique d’un beau texte est restituée avec talent.

Amour

Samuel Becket écrit Premier Amour à 39 ans et le publie à 65 ans. Un texte écrit avant la notoriété, publié juste après l’attribution du Prix Nobel de Littérature. Une nouvelle, pas une pièce de théâtre. Un texte brut, sans indications de jeu, de mise en scène. Un texte précis, ciselé. Une sorte de montagne, de celles qu’on ne remarque pas par leur altitude, dont on se dit en arrivant au sommet que l’ascension en était beaucoup plus dure qu’anticipé. D’autres, en leur temps, s’y sont plantés.

Pascal Humbert, sous la direction de Mo Varenne, fait l’ascension, et la réussit avec talent.

Premier Amour, c’est l’histoire d’un homme qui se raconte. Un homme un peu hors du monde. Un homme étriqué, qui préfère se promener dans les cimetières, pour qui les dates sont des choses sans importance. Un homme qui a vécu dans une chambre de la maison de son père, qui la quitte à la mort de celui-ci. Un homme qui porte encore le chapeau de son père. Un homme qui rencontre, sur un banc, dans un cimetière, Lulu, une femme qui va l’héberger, l’entretenir. Etait-ce de l’amour ? Cet amour était-il trop pesant ? Il va le polir, l’user, jusqu’à ce qu’il n’en reste que le cœur, devenu dur et lisse, mais ce cœur peut-il encore aimer ? Qui peut le savoir. Le texte se termine sur ce constat, « Il m’aurait fallu d’autres amours, peut-être, mais l’amour… ça ne se commande pas ».

Sur scène, un banc. Au dessus, des feuilles, de papier, accrochées à un fil rouge par des pinces à linge. L’occasion de bouger, de saisir un instant, de le jeter en boule dans un coin de la scène. On est dans l’univers intime d’un homme, si tant est qu’un banc dans un cimetière puisse être l’intimité d’un homme. Un homme qui se mouche, mange, boit, pisse.

Premier Amour from Humbert Pascal on Vimeo.

En écoutant Pascal Humbert, j’étais dans une vallée, j’entendais une moto faire l’ascension d’un sommet. Un sommet des Vosges, qui ne paye pas de mine, qu’on ne remarque pas, pas un sommet réputé des Alpes dont l’image est internationale. J’entendais la musique du texte, j’entendais cette moto remonter la vallée, plus vite, plus lentement, qui tournait d’un côté, de l’autre. Qui ralentissait pour prendre le temps de voir un détail, qui accélérait dans les lignes droites. Un moteur qui montait sans hésiter dans les tours, frôlant le surrégime quand il fallait vraiment ralentir brutalement. Avec des hésitations, des remords, quand elle prenait un virage sur un rapport un peu haut, un peu bas.

C’est au comédien de saisir la musique du texte, de la restituer pour l’oreille du spectateur, pour que le texte arrive à saisir l’attention du spectateur.

Un grand Bravo à Pascal Humbert pour avoir joué cette musique avec talent. La salle était clairsemée, elle a applaudi chaleureusement, longuement.

Au théâtre de Nesle le vendredi à 19h00 jusqu’au 23 février.

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