Songe à la douceur – Théâtre Paris Villette : entre comédie musicale et opéra rock, une belle invitation à écouter la raison plus que la morale

Songe à la Douceur au Théâtre Paris Villette : entre comédie musicale et opéra rock, un beau spectacle optimiste, à savourer autant pour sa forme que pour son invitation à profiter de l’instant présent, à laisser la raison prendre le pas sur la morale

La scène est préparée pour un concert. On aperçoit un piano, une contrebasse, une guitare électrique… et des fleurs, artificielles, tiges métalliques, pétales bleu foncé. Parce qu’ils avaient raté leur grand amour…

Par hasard, dans le métro, Tatiana bouscule Eugène. Elle le reconnaît, il a plus de mal. Un été, dix ans avant, ils s’étaient rencontrés. Elle avait 14 ans, un appareil dentaire, un livre sur les genoux. Il avait 17 ans, le spleen désabusé. Et puis il y avait Olga, la sœur de Tatiana, qui passait son temps avec Lensky, 17 ans eux aussi, amoureux comme on l’est à 17 ans et qu’on se cherche autant qu’on est sûr de soi. Cet été là, Tatiana a écrit son amour à Eugène, qui l’a rejetée, et l’été s’est fini sur un drame. Depuis qu’ils se sont recroisés, ils échangent, beaucoup. Doute, encore plus. Se souviennent.

C’est une histoire est éternelle, racontée par Pouchkine, par Clémentine Beauvais, qui racontent l’amour, cet amour qu’on a du mal à vivre quand on traverse l’adolescence, qu’on n’ose plus vraiment vivre quand on en est sortis.

Rachel Arditi, Clémentine Beauvais, Justine Heynemann et Manuel Peskine signent ensemble un petit bijou de théâtre, quelque part entre une comédie musicale et un opéra rock, entre Jacques Demy et Michel Berger / Luc Plamondon. On y trouve la naïveté acidulée de l’un, l’énergie des autres, la poésie qui les réunit.

Sur scène, il y a Rachel Arditi, formidable narratrice au sourire intriguant et narquois, qui fait le lien entre les séquence, elle tient avec la même fermeté les fils du destin et l’attention du spectateur. Elisa Arka et Valérian Béhar-Bonnet sont Tatiana et Eugène, ils s’inscrivent dans le registre de la douceur, du doute. Manika Auxire et Benjamin Siksou sont Olga et Lensky, les jouisseurs énergiques.

La conclusion de Pouchkine est fataliste, morale, Tatiana reste fidèle au vieux général qu’elle a épousé. Chez Clémentine Beauvais, ce n’est plus la morale qui retient Tatiana, c’est le doute, un doute instillé par les mots d’Eugène dix ans plus tôt, à quoi ça sert tout ça, on sait bien que ça finit toujours de la même façon. Tatiana reste raisonnable, guidée par une raison qui laisser l’optimisme et la soif de vivre prendre le pas sur le doute, pour une conclusion épicurienne au sens premier du terme.

Les uns comme les autres manquent de confiance en eux ? Les uns se parent d’un doute qu’ils espèrent protecteur, les autres s’enivrent dans un plaisir mécanique ? Le Songe à la Douceur les invitera à savoir savourer l’instant présent.

Le Songe à la Douceur est de ces spectacles qui sont des petits bonbons qu’on aime à savourer. J’en ai savouré la forme musicale, les mots si poétiques, la conclusion optimiste. Le jeu des acteurs et des actrices, leur chant choral. La simplicité de la scénographie, qui pourtant en dit tellement. La qualité de la balance des voix, de la lumière qui sait souligner de la bonne façon.

Le Songe à la Douceur s’adresse à tous ceux qui sont, ont été ou seront amoureux comme on l’est à 16 ans et qu’on manque de confiance en soi. Vous êtes dans ce cas là ? Vous sortirez d’excellente humeur de la salle. Vous n’êtes pas dans ce cas là, vous avez besoin de vous voir rappeler qu’à tout âge il faut savoir être amoureux ? Vous devriez aller voir le spectacle.

Au Théâtre Paris Villette jusqu’au 30 décembre 2022
Puis en tournée
Ve 13/01/23 : Centre dramatique national de Sartrouville (78)
Ve 27/01/23 : Théâtre de La Celle Saint Cloud (78)
Ve 10/03/23 : Théâtre d’Angoulême (16)
Je 06/04/23 : Théâtre d’Agen (47)

Livret : Rachel Arditi, Clémentine Beauvais, Justine Heynemann d’après le roman de Clémentine Beauvais publié aux éditions Sarbacane
Musique : Manuel Peskine
Avec : Manika Auxire ou Lucie Brunet, Rachel Arditi, Elisa Erka ou Charlotte Avias, Valérian Béhar-Bonnet, Manuel Peskine, Benjamin Siksou
Mise en scène : Justine Heynemann

Visuel : Cindy Doutres / Johan Molitor

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