Les mots d’Electre – Théâtre de l’Atelier

Les mots d’Electre au Théâtre de l’Atelier : le mythe d’Electre transposé dans le monde de la restauration étoilée, une invitation à dire les mots justes pour apaiser la souffrance des secrets. La première production de la compagnie Hors du Temps, de jeunes acteurs et une compagnie à suivre.

Sur la scène, un grand bureau, de ces bureaux dont le fond permet de ranger les livres de référence. Voix off, une petite fille… Pourquoi il est triste, Papa ? bon… je vais aller le voir. Electre entre en scène, joue à la marelle, fait des bulles de savon. Derrière elle, on installe Clytemnestre dans un lit d’hôpital. Oreste arrive. Electre, c’est moi… Je ne sais pas qui vous êtes…

La conversation est téléphonique, rapide. Clytemnestre, leur mère, est dans le coma. Est-il temps d’arrêter les soins ? Il faut qu’ils prennent des décisions. Leur père s’est suicidé il y a quinze ans, son second Egisthe mène la barque du restaurant, au décès de Clytemnestre, faudra-t-il vendre ? Electre ne peut se faire à l’idée.

Oreste est conseiller auprès d’un ministre, c’est lui qui est chargé de préparer les décisions et les éléments de langage qui les soutiennent. Le temps lui manque, et Electre est seule à côté de Clytemnestre. Elle entame un dialogue avec sa présence, avec ses souvenirs. Petit à petit, elle découvre la vraie place d’Egisthe auprès de sa mère, ce qui s’est vraiment passé les jours précédent la mort de son père. Oreste sera là pour dire les vérités, sans se masquer derrière les mots creux qu’il manie tous les jours.

Les Mots d’Electre est une pièce patchwork.

Il y a le mythe d’Electre, transposé dans l’univers de la restauration étoilée, Argos est un restaurant dont Agamemnon était le fondateur, qui s’est suicidé à la suite d’une critique négative, on ne peut s’empêcher de penser au destin Bernard Loiseau. Electre, dont le moteur est la haine, une haine commune dans laquelle elle emporte son père et sa mère, elle ne comprend pas le geste de l’un, l’autre ne vit que pour sauver les apparences.

Il y a la réflexion sur le langage. Médecin ou ministre, ils ne disent plus les choses, n’appellent plus les choses par leur nom, dissimuler la réalité sous un jargon ne la fait pas disparaître, bien au contraire, il faudra qu’Electre dise les mots, convainque Oreste de les dire, pour que la violence s’apaise, pour que la vérité dévoilée lui permette de retrouver la paix et l’innocence, la douceur des mains de son père.

J’ai été très sensible à ce cheminement, à la façon dont Sébastien Bizeau entrelace son propos, le met en scène. Maou Tulissi donne une Electre tout en finesse et sensibilité, sa volonté désarmée trouvant sa conclusion dans la scène finale, quand elle finit par retrouver la poésie de son enfance. Face à elle, Matthieu Le Goaster est Oreste, solide et convaincant, et Juliette Urvoy assume avec justesse une Clytemnestre spectrale qui s’exprime dans l’esprit d’Electre plus que depuis le fond de son coma.

Au delà de cette dualité mythe-langage, la pièce est rythmée par des scories clowniques qui n’apportent pas grand chose à son propos ni à son intérêt. Un travers de jeunesse, la compagnie Hors du Temps livrant ici sa première production, son travail est intéressant et mérite d’être suivi.

Au théâtre de l’Atelier
05/02/22, 16/03/22 : 21h00 – 11/04/22 : 20h00.

Texte : Sébastien Bizeau
Avec : Matthieu Le Goaster, Paul Martin, Maou Tulissi, Juliette Urvoy et Grégory Verdier
Mise en scène : Sébastien Bizeau
Compagnie Hors du Temps

Visuel : Clément Pellerin

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