Le Cartographe

Le Cartographe au Théâtre de l’Opprimé : Definitio est negatio, choisir c’est éliminer. Une invitation à choisir la trace qu’on va laisser dans les mémoire, à choisir la trace qu’on garde du passé pour pouvoir avancer. Je suis sorti avec un optimisme renforcé.

Sur la scène, un petit pupitre d’écolier, un pupitre d’antan. Voilà Blanche qui arrive, une carte ouverte entre les mains, Renaud, son mari. Ça va ? Comment tu te sens ? Ça va… Qu’est-ce qui s’est passé ? Renaud est inquiet, Blanche ne va pas bien, ça se voit.

Il est diplomate, nommé récemment à Varsovie. Elle s’est promené dans la ville, est entrée dans ce qu’elle croyait être une église, qui est une synagogue. Il y avait une exposition de photos retrouvées, le quotidien du ghetto, sur certaines figuraient les adresses. Elle a cherché à retrouver ces lieux disparus. Elle va se mettre à la recherche d’une légende : en 1940, avant la destruction du ghetto, une petite fille a été les yeux, les pieds, la main de son vieux grand père cartographe. Ensemble, dans le grenier, ils traçaient la carte du Petit Chaperon Rouge, celle du Varsovie de Chopin. Ensemble, dans l’urgence, ils auraient dessiné, pour en laisser le souvenir, une carte du ghetto. Une petite fille qui, peut-être, aurait survécu.

Le texte de Juan Mayorga est saisissant, qui va tisser deux époques, deux événements, pour les faire se rejoindre autour de la notion de trace. Tracer, laisser une trace, suivre une trace. Definitio est negatio, choisir c’est éliminer, on ne peut pas tout mettre sur une carte, il faut avoir une vision d’ensemble, en choisir chaque détail, pour raconter l’histoire qu’on a décidé de raconter, parfois en prenant le point de vue de l’adversaire, pour le comprendre. Comme il faut organiser ses souvenirs, pour ne pas se laisser envahir, pour pouvoir aller de l’avant. Comme un cartographe qui dessine une carte, Juan Mayorga choisit les détails du texte, choisit l’image qu’il dessine dans la tête du spectateur. Le texte est riche, Hervé Petit le présente dans une mise en scène très humble, sans chercher un effet qui serait d’ailleurs inutile.

Huit personnes sur scène, la distribution est importante, certaines compositions manquent un peu de rodage, j’ai été particulièrement touché par la façon dont Charlotte Pradeilles donne Blanche, une femme qui se laisse envahir par la passion sans sortir de la mélancolie, une femme obstinée qui se laissera retrouver.

Une part du propos de la pièce est forcément très sombre… et pourtant j’en suis sorti avec un optimisme renforcé par son invitation à décider des traces à conserver, de la trace à laisser. De la carte à tracer pour pouvoir avancer, de la carte à laisser pour que les autres se souviennent.

Au Théâtre de l’Opprimé jusqu’au 19/12/21
Du mercredi au samedi : 20h30 – samedi : 17h00

Texte : Juan Mayorga – traduction : Yves Lebeau
Avec : Myriam Allais, Laurent Bariteau, René Hernandez, Raphaël Mondon, Hervé Petit, Charlotte Pradeilles, Céline Rotard Prineau, Nicolas Thinot
Mise en scène : Hervé Petit
Compagnie La Traverse

Visuel : Adrian Grycuk

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