Pédagogies de l’Échec

Pédagogies de l’Échec aux Déchargeurs : Pierre Notte livre une loupe féroce sur la façon dont fonctionnent les organisations, jusqu’au point où leur logique les emmène à l’auto destruction.

Sur la scène, un adhésif orange marque un cheminement. Devant, un fauteuil, un homme et une femme sont debout. Au fond, un bloc deux tiroir, sur lequel est posé un coussin. Qu’est-ce que c’est que cette petite tache jaune ? sur la chemise de l’homme, du beurre, le motif ?

On est dans un immeuble, dans ce qui reste d’un immeuble en fait, au septième étage, il ne reste que quelques murs porteurs, le reste a disparu, s’est effondré. Il reste une responsable, son collaborateur. Et un contrat à signer, celui des échafaudages nécessaires à la reconstruction. L’immeuble s’est effondré, le monde s’est arrêté, ils n’ont plus de bureau, plus de toilettes, plus de matériel. Ils ne savent pas pourquoi, ne cherchent pas à savoir pourquoi. Pour ne pas s’effondrer eux-mêmes, ou pour retarder leur effondrement, ils tentent de garder l’apparence d’une raison d’être, de travailler, de produire un contrat, une note de service.

Le texte de Pierre Notte est une loupe féroce sur le fonctionnement des organisations. On y trouve l’autoritarisme gratuit de la responsable qui se confronte au reste d’humanité du collaborateur; l’importance des symboles, des bavardages et du qu’en dira-t-on; la connaissance précise de sa position dans une chaîne hiérarchique où on écrase de son mépris les niveaux inférieurs pour obéir complaisamment au niveau du dessus, qui finira pourtant par vous écraser. Au sens propre, dans cet univers en perdition, où les fluides corporels sauront rappeler leur inéluctabilité.

Après un démarrage un peu lent, la pièce prend son rythme de croisière, entre Caroline Marchetti, la responsable qui alterne inhumanité et animalité, et Franck Duarte, collaborateur empreint d’application, dont le jeu manque parfois de la fluidité de Pierre Notte. J’en ai savouré l’effet de loupe, la logique explorée et poussée au bout, l’invitation à se poser, en permanence, la question de l’utilité réelle de de ses actes. Comme j’en ai apprécié le côté intemporel, qu’elle ne s’intéresse pas au fait générateur de l’effondrement, que toute technologie a disparu, voilà que s’emboîtent la Covid-19 dont nous ne sommes pas sortis, le réchauffement climatique auquel il va bien falloir trouver une solution, ou la boursoufflure du siège de Krupp à la fin de la seconde guerre mondiale.

Aux Déchargeurs – Nouvelle scène théâtrale et musicale jusqu’au 27/11/2021
Du mercredi au samedi : 19h00

Texte : Pierre Notte
Avec : Franck Duarte, Caroline Marchetti
Mise en scène : Pierre Notte

Photo : Antoine-Baptiste Waverunner

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