Démons

Démons aux Déchargeurs : Lars Norèn livre deux brebis affaiblies à un couple de loups pervers et manipulateurs qui se nourrissent de la souffrance, la leur autant que cette des autres, il observe le résultat avec un regard d’entomologiste, il laisse le spectateur fixer ses propres limites. Un texte très bien servi par une distribution solide et homogène.

Sur la scène, un appartement bourgeois, canapé, fauteuil, table basse, desserte couverte d’alcools. Une femme est allongée sur le canapé, la scène est plongée dans l’ombre, une voix off s’adresse à un homme projeté en vidéo, Petit tu étais un peu sale, tu suais beaucoup la nuit… la femme se lève sort, l’homme arrive, C’est toi ? Franck ? C’est bien lui, un sac plastique à la main, dans ce sac il y a les cendres de sa mère, qui sera inhumée demain, le frère de Franck ne viendra que demain.

Franck et Katarina vivent dans l’aisance, sans enfants ni contraintes. Ils sont mariés depuis près de dix ans, et depuis dix ans, leur relation s’inscrit dans un rapport où l’alcool, la souffrance, la maltraitance ont une place majeure. L’inhumation de la mère de Franck les inscrit dans un paroxysme qui les conduit à faire monter les voisins du dessous, Jenna et Thomas. Leurs contraires, enfermés dans une vie étriquée, avec deux enfants jeunes, dont l’un est malade. Franck pourrait désirer Jenna, Katarina avoir envie de Thomas. Pour que la dynamique sexuelle s’installe, ils vont les emmener dans un rapport de possession, les soumettre à une torture mentale.

Loin d’expédier le propos, le texte de Lars Norén prend le temps de poser son regard d’entomologiste, de creuser l’impact de chaque mot, de chaque geste. Il met le spectateur face à deux personnages pervers et manipulateurs, qui se nourrissent de souffrance, la leur, celle qu’ils infligent. A ces deux loups, il livre deux brebis affaiblies, et il observe. La messe est rapidement dite, les brebis seront mangées, demain matin Franck et Katarina seront à nouveau en chasse, l’univers de Thomas et Jenna sera un champs de ruine. Et le spectateur se trouvera face à lui même, à savoir si, et à quel moment, ce qui se déroulait sous ses yeux a franchi les limites de sa propre morale.

J’ai savouré la solidité de la distribution, qui m’a emmené dans un ascenseur émotionnel pendant deux heures, après un démarrage sur les chapeaux de roues, et malgré la séquence vidéo un peu longue qui lance la scène finale, avec une mention spéciale pour l’engagement de Marion Lambert qui donne une Katarina hypnotisante, maîtresse ultime de son univers.

Un spectacle à réserver aux spectateurs avertis, que ceux qui supportent le tabac apprécieront de voir des premiers rangs.Vous aurez en vie de le laisser décanter en en sortant, de jauger votre limite d’acceptation morale par rapport à celle de votre compère, au bar du théâtre, vous trouverez une IPA savoureuse.

Chéri, on ne pourrait pas arrêter de se disputer ? Pouvoir, on peut, mais vouloir…

Aux Déchargeurs – Nouvelle scène théâtrale et musicale jusqu’au 27/11/2021
Du mercredi au samedi : 21h00

Texte : Lars Norén
Avec : Anthony Boullonnois, Marion Lambert, Ambre Pietri, Damien Zanoly
Mise en scène : Matthieu Dessertine

Visuel : Laurent Rico

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