Des putains meurtrières

Des Putains Meurtrières aux Plateaux Sauvages : un seul en scène coup de poing, un road movie hallucinant devient un thriller haletant. Par Julie Recoing, habitée par l’animalité de cette Femme qui choisit un homme, le sacrifie pour lui faire payer le comportement de tous les hommes.

D’un côté de la scène, un écran de télévision, allumé, la retransmission d’un match entre deux équipes espagnoles, le volume et le débit verbal à fond. De l’autre, une coiffeuse, des bougies multicolores lui donnent une allure d’autel. Une femme entre, coupe le son, s’approche de l’écran. « Je t’ai vu à la télé, Max, et j’ai su que tu étais mon type. Tu étais avec ton groupe. »

Au micro, soutenue par une musique émotionnelle, la femme va d’abord nous faire vivre un road movie hallucinant, comment elle a repéré Max dans la foule, s’est précipitée sur sa moto à la sortie du stade, l’a repéré dans la foule, l’a harponné, ramené chez elle à l’arrière de la moto, enserrée dans ses bras. Comment il est entré chez elle, un peu désorienté, a découvert les lieux, les tableaux aux murs.

La femme rallume la télé, la pièce bascule, devient un thriller haletant. Max, qui ne s’appelle d’ailleurs pas Max est sur une chaise, attaché, en train de mourir, ce n’est pas à nous que la femme parle, c’est à lui. Elle lui parle à toute allure, il y a urgence, il va mourir, il doit savoir pourquoi, Max est un homme générique, il représente tous les hommes dans la force de l’âge, le bouc émissaire qui paye pour tous les autres.

Julie Recoing m’a chopé – il n’y a pas d’autre mot – dès son entrée en scène, et elle ne m’a plus lâché. Comme un boxeur qui enchaîne les coups de poing sur son adversaire, et ne s’arrête que quand il est à terre, KO. Le texte de Roberto Bolaño est très beau, très fort. Elle l’habite, elle lui donne corps, voix, visage. Elle rend comme rarement l’animalité de cette femme dont on ne connaît pas le nom, sa violence, la beauté de son acte abominable. Sa tendresse, aussi, il suffisait de presque rien pour que Max reparte debout, de l’écoute, de l’attention, de la considération. Qu’elle ne soit pas à ses yeux une opportunité sans visage dont on se vante à la prochaine tournée générale. Qu’il y ait quelque chose de personnel dans leur jouissance non partagée.

La fin de la pièce m’a laissé dans un état second, j’avais le souffle coupé, j’étais soulagé pour Max, j’aurais voulu que ça dure encore tellement le texte et le jeu étaient puissants et beaux.

A voir pour le texte de Roberto Bolaño, pour le jeu de Julie Recoing, parce que vous aimez réfléchir, parce que vous aimez le théâtre qui bouscule, parce qu’il vous reste un peu de foi en l’humanité.

Aux Plateaux Sauvages jusqu’au 14 octobre 2021
Du lundi au vendredi : 20h00 – samedi : 17h00

Texte : Roberto Bolaño
Avec : Julie Recoing
Mise en scène : Julie Recoing

(c) photo : Pauline Le Goff

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