Crise de Nerfs

Jacques Weber magnifique à l’Atelier, dans trois petites pièces de Tchékov que Peter Stein met en scène avec mesure, il en reste l’essentiel, le moment est magique, ne le manquez surtout pas.

La scène de l’Atelier est entièrement dégagée, et elle est profonde. Pas de décor, juste un tabouret de bois, posé sur le flanc. On entend un air d’opéra, des applaudissements. Silence. Jacques Weber entre en scène, d’une petite porte au fond, une chandelle à la main. « Ca alors, dans ma loge, je m’endors ». Costume d’empereur romain, il est un vieil acteur qui s’est endormi dans sa loge, après la représentation. 17 rappels. Le théâtre est vide, éteint. Il affronte le souffle d’air qui vient de la salle, les souvenirs, l’âge, en compagnie du souffleur cacochyme.

Après Le Chant du Cygne, Jacques Weber revient interpréter Les Méfaits du Tabac, conférence donnée par un homme pris dans son destin d’époux, sa femme a l’argent, porte la culotte, le traite d’épouvantail, là, il s’évade.

Pour conclure, il accompagne Manon Combes et Loïc Mobihan dans Une Demande en Mariage, petite comédie dans laquelle deux jeunes gens qui ont dépassé l’âge de se marier vont se promettre l’un à l’autre… des années de disputes conjugales.

Trois farces de Tchekhov ? pas vraiment. Deux introspections existentielles, une farce. Trois émotions différentes. Dans Le Chant du Cygne, on accompagne le vieil acteur, on est avec lui pour affronter la solitude de l’âge. On sourit de l’homme épouvantail des Méfaits du Tabac, de sa solitude dans le mariage. On rit des jeunes fiancés de la Demande en Mariage, en se souvenant de La Guerre des Rose.

Comme toute la salle, je suis venu pour applaudir Jacques Weber, et je suis sorti impressionné par son talent. Il pourrait cabotiner, se satisfaire de l’effet facile, loin de là, il est chacun de ses personnages, à fond, il joue de sa voix, une musique magistrale, on peut juste fermer les yeux, se laisser emporter dans les solitudes des deux premières pièces. Il est impérial dans la première, la seconde est un bijou. Et la troisième, où son personnage est au fond secondaire ? il fait le job, et là, presque avec humilité, il fait du Weber.

Un grand Monsieur, des textes prenants, une mise en scène sans excès. Ca c’est du théâtre. Du théâtre que vous regretteriez de manquer. Parce que « Là où il y a de l’art, il n’y a pas de vieillesse ».

Au Théâtre de l’Atelier depuis le 22 septembre 2020 – horaires à jour du couvre feu
Vendredi : 18h30 – Samedi-dimanche : 17h00

Texte : Anton Tchekhov
Avec : Jacques Weber, Manon Combes, Loïc Mobihan
Mise en scène : Peter Stein

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