Hedda – reprise

Pour sa réouverture, le Théâtre de Belleville a donné Hedda. Une émotion particulière pour une pièce que j’ai revue avec un autre oeil. Une pièce qui me laisse face à une vraie interrogation, quel est cet atavisme dont Hedda est la victime ?

La salle est allumée, la narratrice est debout, elle commence à raconter comment l’histoire d’Hedda a commencé, le hasard qui les a fait se rencontrer. Parce que c’est ça, l’histoire d’Hedda, une suite de hasard, de rêves bâtis. Un homme et une femme se remarquent, se plaisent, se parlent. Ils construisent des jeux, une intimité, un avenir dans lequel il y a une maison, un enfant. Jusqu’à ce que l’histoire s’écrive, viennent l’humiliation, le premier coup, les coups, la fin.

Il y a l’histoire, il y a la réflexion derrière l’histoire. Parce que tout est une question de point de vue, forcément, de souvenirs, quand l’un a un souvenir, un point de vue, l’autre a le sien.

A ma première venue, j’avais perçu l’instant où l’histoire basculait. Mes compères d’hier soir ont perçu ce même instant, pour moi qui revoyait la pièce, les choses étaient moins claires, tout s’était en fait installé au premier instant, mais on ne l’avait pas encore vu. Ce n’est pas l’histoire qui bascule, c’est la perception de l’histoire, à partir ce ce moment là, Hedda a peur, et on a peur avec elle. Parce que, et c’est aussi la force de la pièce, la vie d’Hedda est au fond banale, presque un stéréotype. Les moments qu’elle vit, on en a tous été plus ou moins directement témoins, on pense tous que ce sont des choses qui arrivent, mais pas chez nous. On pense que ce sont des choses qui arrivent, que ça ne doit pas être si grave que ça, parce qu’elle est forte, parce qu’elle ne part pas. Les choses évoluent lentement, et c’est pour ça qu’on ne réagit pas. Ni elle, ni lui, ni nous. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Alors on sort mal à l’aise, quel est ce formatage dont nous sommes l’objet, dont Hedda est la victime ? quel est ce doute derrière lequel il est facile de se cacher pour ne pas voir ? Lena Paugam nous rend témoin de ce qui se passe derrière une porte qui pourrait être celle d’en face, elle nous met face à la peur du personnage, face à nos interrogations. Hedda est forte, intelligente, belle, elle a une belle situation. Quel est cet atavisme qui les emporte tous les deux, lui dans la violence morale et physique, elle dans l’acceptation ? D’où vient cette résignation dont elle est la proie ? La force de la pièce, c’est de poser les questions, de laisser le spectateur trouver les réponses.

La pièce s’inspire de la vie d’Hedda Nusbaum, d’improvisations de Lena Paugam qui signe la mise en scène. Le texte de Sigrid Carré-Lecointre a été publié au éditions THEATRALES, emportez-le, le texte, dans sa présentation, a sa beauté propre. Et prévoyez d’aller vous réchauffer le coeur ensuite. Lena Paugam vous l’a pris, et elle l’a pressé bien fort.

La salle a très longuement, très chaudement applaudi l’émotion particulière de cette première représentation post confinement

Au théâtre de Belleville jusqu’au 5 juillet 2020
Mercredi-Jeudi-Vendredi-Samedi : 19h30 / Dimanche 17h00

Mise en scène et interprétation : Lena Paugam
Dramaturgie : Sigrid Carré Lecoindre, Lucas Lelièvre, Lena Paugam
Création sonore : Lucas Lelièvre
Chorégraphie : Bastien Lefèvre
Scénographie : Juliette Azémar
Création Lumières : Jennifer Montesantos

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