Pelléas et Mélisande

Julie Duclos met en scène la pièce de Maeterlinck dont est tirée l’opéra de Debussy. Une histoire éternelle d’amour, de jalousie, et d’inéluctabilité des contraintes sociales.

(c) Simon Gosselin

D’abord, une longue séquence filmée, la rencontre près d’une source entre Golaud, prince égaré dans sa foret, et Mélisande, en fuite. Le rideau se lève, ils sont mariés. Il y a Golaud, dont les cheveux grisonnent. Mélisande, toujours perdue. Pelléas, le frère de Golaud. Golaud passe son temps à la chasse, laisse Mélisande aux soins de Pelléas. L’amour germe, la jalousie s’installe, la candeur règne. Pelléas doit partir, Pelléas et Mélisande se parlent, Golaud entend, il tue Pelléas. Mélisande met au monde une fille, et meurt.

De Pelléas et Mélisande, on connait surtout l’opéra de Claude Debussy, c’est… un opéra. Avant l’opéra, il y a la pièce de Maurice Maeterlinck. Le texte est un peu verbeux, commence à dater. La force de la mise en scène de Julie Duclos est d’avoir créé un univers intimiste qui respire à cette histoire d’amour et de jalousie candides. On est au plus près dans le lit de Golaud, dans la grotte, dans la chambre d’Arkel, et en même temps on a de l’air, une perspective. Dans cet univers, les personnages subissent leur vie sans vraiment la choisir, comme une bille de flipper qui va de contrainte sociale en contrainte sociale. Dans un tel univers, on ne regarde pas la réalité, on n’exprime pas, on reste atone. Quand, comme Pelléas, on tente de s’exprimer, les convenances vous rattrapent.

J’ai apprécié la mise en scène, la scénographie maline, et la subtilité du jeu des acteurs qui tiennent chacun une nuance contraignante. Je ne suis jamais fan des séquences filmées au théâtre, le plateau et la scénographie permettaient de les éviter. Ici, elles changent l’échelle des personnages, elles cassent le rythme. Comme cassent le rythme certains changements chorégraphiés dans décor, dont on se demandent à quoi ils servent.

Au milieu de tout ça, une pépite. Golaud a un fils d’un premier mariage, Yniold. Il va le questionner pour essayer se savoir si… J’ai été saisi par cette scène. Il y a le jeu de l’enfant, il y a la caméra dont Julie Duclos se sert pour mettre le spectateur au cœur de cet interrogatoire, la candeur du visage de l’enfant est saisie, projetée sur toute la hauteur du plateau, c’est là qu’on est serré par la puissance destructrice de la jalousie. Cette scène est le vrai grand moment de la représentation.

A l’Odéon / Ateliers Berthier jusqu’au 21 mars 2020
Du mardi au samedi : 20h00 / dimanche : 15h00

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