Du ciel tombaient des animaux

Quatre vieilles anglaises indignes prennent le thé dans un jardin, et c’est jubilatoire que de tendre une oreille pour les entendre balancer et créer un univers post apocalyptique.

Sur scène, quatre sièges, osier, formica, toile, jardin, quatre styles différents. Un décor imprimé, un dessin qu’on pourrait retrouver sur une toile de Jouy. Un riff de guitare électrique. Trois vieilles dames sont là, assises, une quatrième, Mrs Jarret, entre, « Je marche dans la rue et il y a une porte ouverte dans la palissade et trois femmes que j’ai déjà vues », elles s’assoient, et parlent.

Quatre vieilles dames parlent de tout. De leurs enfants, petits enfants. Des chats, on ne peut en parler, Sally y est allergique. Elles ont toutes vécu leur vie ici, des vies différentes, Vi coiffait, Sally soignait. Vi est bien partie six ans, en fait elle était derrière les barreaux pour avoir tué son mari accidentellement, bon, c’était de la légitime défense, quoique si on disait tout… en tout cas elle est sortie à la moitié pour bonne conduite. Et Lena ne bouge pas, elle voudrait voyager, comme les oiseaux, elle ne va même pas jusqu’à M&S. Parfois Mrs Jarret se lève, raconte un univers apocalyptique, un surréalisme noir qui va en s’assombrissant.

Quatre vieilles anglaises, quatre vieilles dames indignes. Chacune est seule, elles se retrouvent l’après midi, plutôt que de se lamenter, elles balancent. C’est la magie des vieilles dames anglaises que de prendre des mots du quotidien pour tresser des pièges.

Charlotte Clamens, Danièle Lebrun, Geneviève Mnich, Dominique Valadié, il doit y avoir (pardon mesdemoiselles) deux cents ans d’expérience sur la scène, et ça se sent. Elles jouent avec naturel, fluidité. Elles ont plaisir à être là, et leur plaisir est contagieux. Elles jouent de leurs voix, une musique qui nous emmène dans leur univers, elle soufflent le rire, nous font déglutir d’horreur. Jusqu’à ce que le thé soit froid, et qu’elles rentrent chez elles.

J’avais dix ans quand j’ai vu Vidocq, j’ai toujours été jaloux de Claude Brasseur, et secrètement amoureux de la Baronne de Saint Genis. Qu’est-ce que j’aurais donné pour qu’un jour une femme me regarde avec ce sourire. Vous savez quoi ? Danièle Lebrun n’a pas vraiment changé, et elle a toujours son sourire. Voir ce sourire, aller recevoir sa tirade hallucinée sur les chats voilà deux bonnes raisons d’aller voir la pièce, et si vous en voulez une troisième, Geneviève Mnich qui construit, horreur après horreur mais d’un ton égal, son univers post apocalypse.

J’ai bien vu qu’elle m’avait souri pendant les saluts.

Au Théâtre du Rond Point jusqu’au 2 février 2020
Du mardi au samedi 21h00 – dimanche 15h30

Texte : Caryl Churchill – traduction Elisabeth Angel-Perez
Avec : Charlotte Clamens, Danièle Lebrun (de la Comédie Française), Geneviève Mnich, Dominique Valadié
Mise en scène : Marc Paquien

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