Les passagers de l’aube

Les Passagers de l’aube : une histoire d’amour, une conception de la vie et de la conscience, une pépite à voir et revoir au Théâtre 13.

Au milieu de la scène, une structure grise, un mur de briques, quelques éléments de décor. Une voix off précise que si l’histoire est une fiction, les faits scientifiques sont avérés. La pièce commence, deux couples s’embrassent. Tu m’as écrit ? Dialogue entre Alix et Noé, elle s’exprime en chansons, ils s’écrivent plutôt que de se téléphoner, passent du tu au vous. Elle a un charme suranné, il s’inscrit dans la modernité, dans la réalité, il est neurochirurgien.

Les passagers de l’aube est l’histoire de Noé, en dernière année d’internat de neurochirurgie. Le monde de Noé est simple : une compagne pétillante, une discipline cartésienne, un avenir tracé, une thèse à terminer qui est sa priorité. Son univers va exploser. Noé va apprendre que l’amour s’entretient, que la doctrine scientifique ignore parfois ce qui la dérange.

Les passagers de l’aube est une interrogation sur ce qu’est la vie. Quand finit la vie, comment ? Que se passe-t-il quand on meurt ? A quel moment meurt-on ? La mort est-elle un moment ou un processus ? Les dizaines de millions de personnes qui ont raconté de la même façon une expérience de mort imminente (EMI, Near Death Experience) ont-elle partagé une même hallucination ? Une interrogation et le partage d’une conception, assise sur les apports de la physique quantique.

J’y ai retrouvé ma conviction propre que si la vie est une propriété émergente, la conscience est une propriété intrinsèque et sommable, que si nous naissons et mourrons, notre conscience a sa réalité propre, est intriquée avec l’ensemble de l’univers, et qu’elle continue quand nos signes vitaux sont plats. On en parle quand vous voulez.

Beaucoup d’échos ont résonné pendant la représentation. Le dernier au revoir, tellement banal quand la mort vient soudainement, lisez le livre de Chloé Verlhac. Ce qui se passe dans le coma, que décrivait Exit.

Le texte de Violaine Arsac est un trésor dans lequel l’âme romantique trouvera une belle histoire d’amour, l’âme désabusée s’interrogera sur ce qu’est la fidélité et ce qui fait le lien entre deux personnes qui s’aiment, l’âme cartésienne appréciera de voir exposée avec des mots simples une conception quantique de la conscience. On y trouve beaucoup de chose, en vrac une citation de Maître Yoda pour faire se pincer des lèvres des esprits chagrins, le rappel qu’il n’y a vraiment que les anglais pour mener des expériences sur tout, une allusion aux retraites…

Si chacun des personnages voit ses convictions interrogées, ce n’est pas le cas de la medium qui intervient à la fin, et sur laquelle il ne prend pas de recul. C’est son seul défaut que de prendre le risque de renvoyer des personnes fragiles dans les serres de certains escrocs (1).

La mise en scène est très actuelle, alternance de séquences courtes, mouvement d’accessoires à vue, seconds rôles alternant les personnages. Florence Coste et Gregory Corre sont magiques en Alix et Noé, leur mélange de jeu et de danse donne une vraie poésie à ces deux personnages.

Les passagers de l’aube est une pièce qui expose, qui n’impose pas. Le spectateur repart avec une vision du monde, à lui de réfléchir en fonction de ses croyances, de ses convictions, à lui de réagir. Il repart avec une histoire qui a pris fin mais qui n’est pas fini, à lui d’imaginer la suite. Deux qualités précieuses au théâtre.

Baroudeur m’avait accompagné. Il est sorti serein, paisible, quelque part rassuré. L’avis de Baroudeur : « La pièce est très bien, et très bien jouée. Ils disent qu’on peut la voir à partir de 14 ans, mais on aurait pu emmener Fléchette, ça lui aurait beaucoup plu. »

Une pièce à savourer, et puis à méditer. Une pépite qui donne envie d’échanger. Une vision de la vie.

Au Théâtre 13 jardin jusqu’au 9 février 2020
Du mardi au samedi : 20h00 / dimanche : 16h00

Texte : Violaine Arsac
Avec : Grégory Corre, Florence Coste, Mathilde Moulinat, Nicolas Taffin
Mise en scène : Violaine Arsac

(1) je ne dis pas que tous les mediums sont des escrocs, je crois au contraire que la conscience est une propriété intrinsèque qui existe au niveau élémentaire, et que certaines personnes sont sensibles à un champ d’énergie qu’on peut appeler champ de conscience. Il y a aussi des escrocs qui utilisent des techniques de manipulation et/ou de mentalisme pour abuser de la crédulité de personnes fragiles.

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