Piège pour Cendrillon

Un roman du Masque qui se déroulerait à Twin Peaks, ça vous tente ? Allez voir Piège pour Cendrillon, un suspense hypnotique et haletant mis en scène par Sébastien Azzopardi au Théâtre Michel

La scène est peu profonde. Le fond de la scène ? Deux morceaux, séparés par une cassure. Des lignes qui ne sont pas parallèles, qui créent une perspective. Quelques meubles. Un téléphone à cadran, une potence, un détail qui inscrit la pièce entre les années 1925 et 1955. Une femme sort de ses bandages, on a reconstruit son visage, ses mains sont brûlées, elle n’a plus de souvenirs. Qui est-elle ? Petit à petit, l’histoire se construit. Une villa a pris feu, des deux jeunes femmes qui l’habitaient, l’une a survécu. C’est Micky.

Que s’est-il passé ? Il y avait dans la villa Micky, jeune héritière orpheline, et Domenica, sa sœur de cœur, fille de la femme de ménage. Elles ont grandi ensemble, se sont perdues de vue, se sont retrouvées à Paris. Dans leur paysage, la gouvernante qui a élevé la jeune femme, l’homme d’affaires de la Rafermi, la tante à héritage. Comme les peaux d’un oignon, les vérités successives vont apparaître, chacun va se révéler tour à tour manipulé et manipulateur, jusqu’au rebondissement final.

Piège pour Cendrillon, c’est un roman du Masque qui aurait été transposé à Twin Peaks, il y a de la Laura Palmer dans Micky, il y a du David Lynch dans le décor hypnotique, dans ces parallèles qui se croisent, dans ces changements d’époques à vue qui sont tout sauf des flash backs, d’ailleurs les flash backs, au théâtre, ça ne marche pas. Dans une réalité, l’incendie a déjà eu lieu. Dans l’autre, il va avoir lieu. Les deux réalités se déroulent en parallèle, se renvoient l’une à l’autre avec agilité.

J’ai savouré la pièce. Sa structure qui nous fait découvrir l’histoire comme la protagoniste essentielle la découvre. Son efficacité, à nouveau, un roman du Masque, 250 pages où rien n’est inutile, pas un thriller psychologique avec 450 pages de digressions en supplément. La scénographie, le décor, le jeu avec les costumes, la mise en scène ? Excellents. Elle a chopé mon intérêt, mon attention, ne les a pas relâchés un instant.

Avec Piège pour Cendrillon, Sébastien Azzopardi est dans sa zone d’excellence, celle du Tour du Monde en 80 jours, celle de Dernier Coup de Ciseau, celle du théâtre intelligemment fait qui peut emmener le public pendant des années sans tomber dans la pantalonnade. Avec un poil de spontanéité en plus dans le jeu, c’est possible.

J’ai savouré, la salle également, qui a longuement applaudi.

Texte : Sébastien Japrisot adapté par Aïda Asgharzadeh
Avec : Alyzée Costes, Nassima Benchicou, David Talbot, Aurélie Boquien
Mise en scène : Sébastien Azzopardi

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