Vie et mort de mère Hollunder

Jacques Hadjaje est mère Hollunder, personnage secondaire, qui ce soir vient dire sa vérité sur la vie. Un texte lucide, émouvant. Un jeu très fin. A voir.

Sur scène, quelques chaises, une radio. Des poules empaillées. Une caisse en bois, verticale. Un escalier. Une table de maquillage. Les spectateurs s’assoient, mère Hollunder regarde ce qui se passe dans la rue. Petite bonne femme au corps ample et aux jambes maigres. La salle s’éteint, un volet claque.

« Quel cul ! ». Mère Hollunder raconte sa rencontre avec son (pas encore) mari Jacob, quand elle lui a immédiatement donné sa main, dans la figure. Jacob la suit depuis plusieurs semaines, est photographe, juif, lui offre son cœur et sa boutique, ça ne se refuse pas.

Mère Hollunder (avec deux L, pour s’envoler) est un personnage truculent, attachant, sincère. Elle photographie, elle raconte, elle parle.

Elle raconte sa rencontre avec Jacob, sa vie de photographe. Elle raconte sa passion pour l’opéra, pour Norma, dont elle donne une version très actuelle. Elle parle de la judéité de Jacob, de son humour. Elle parle aux couples qu’elle photographie, de la vie qui les attend, du premier coup qui viendra peut-être, des conséquences de la résignation. De l’importance de dire non. Clairement. Sans tourner autour du pot, sans périphrase, sans sous entendu. Juste non. En trois lettres.

Mère Hollunder, déjà munie d’un appareil photo, est un second rôle de Liliom, que Jacques Hadjaje interprétait en 2014. C’est une mise en abyme du travail de l’acteur qui prépare son rôle, construit la vie de son personnage, qui est autant mère Hollunder sur scène qu’en attendant d’y entrer, forcément un peu ronchon quand les attentes sont longues et qu’on est dans le chemin avec son gros ventre. Mère Hollunder s’est imposée, et la voilà avec sa vie et ses bons mots, truculente, touchante, émouvante. Lucide, pleine de bon sens, elle vient, dit sa vérité.

Mère Hollunder m’a touché, embarqué dans sa lucidité. Elle voit défiler les fiancées, elle les alerte. Sur le premier coup qu’il ne faut pas tolérer. Sur le fait de dire non clairement. Le texte est une ode, un hommage aux petits personnages de la vie et de la scène, ces petits personnages qu’on croise sans y prêter attention, dont on remarquerait l’absence plus qu’on ne note la présence. Qui ont une vie, pourtant, et une mort.

La salle a longuement applaudi, a réclamé un dernier salut de Jacques Hadjaje, avec raison, le texte est beau, l’interprétation est superbe, en finesse, avec sa voix qui monte et qui descend, qui accélère et ralentit, qui est une musique en soi.

Au Théâtre du Rond Point jusqu’au 13 octobre 2019
Du mardi au samedi : 20h30 / dimanche 15h30

Texte : Jacques Hadjaje
Avec : Jacques Hadjaje
Mise en scène : Jean Bellorini

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