L’autre fille

Un très beau texte d’Annie Ernaux qui évoque avec force les secrets de famille qu’on découvre par hasard, et la colère d’un enfant de remplacement.

AutreFille

Au fond de la scène, six roses, surmontées du mot g.e.n.ti.ll.e. Sur le sol, des livres, couverture vierge. En bord de scène à jardin, un micro.

L’autre fille est une lettre écrite par Annie Ernaux à sa sœur ainée, elle ne l’a pas connue, elle est née après sa mort. Une lettre dans laquelle elle lui raconte comment elle a découvert son existence par le hasard d’une conversation entre adultes. Comment le mot gentille est réservée à l’enfant idéale décédée. Comment elle a croisé les traces de son existence, des phrases, quelques photos, une serviette d’écolier. Comment elle réalise dans les mots de sa mère qu’elle n’est née que parce que sa sœur était morte. De la foi du charpentier de sa mère qui sait que c’est l’eau de lourdes qui l’a guérie du tétanos, mais pourquoi cette même eau n’a-t-elle pas guérie sa sœur. De la tombe qu’elle fleurit à chaque Toussaint, et de la concession voisine réservée pour elle par ses parents, dans laquelle elle ne sera pas.

Le texte est beau. Fort. Puissant. Il y a des mots qu’il faut avoir le cran d’assumer : « Je n’écris pas parce que tu es morte, tu es morte pour que j’écrive ». Il parle de ces choses dont on ne parle pas parce que tout le monde est au courant, et qui deviennent petit à petit des secrets de famille bien cachés. Il parle de la dureté de la découverte. Il parle de la blessure de l’enfant de remplacement. Annie Ernaux s’adresse à sa sœur (tu), évoque sa mère (elle), parfois son père (lui), sans jamais employer ni papa ni maman, assumant de ne pas dire notre mère.

J’ai été touché par ce texte, oscillant entre les moments d’empathie envers la narratrice et les moments où elle me renvoyait à mes propres blessures.

C’est vraiment un très beau texte, expressif, percutant. Une colère, une série de coups de poings qui laissent seule la narratrice debout.

Je suis moins convaincu par la mise en scène, je l’ai trouvée trop compliquée, que ses innombrables détails corsètent Laurence Mongeaud qui du coup joue les sentiments plus qu’elle ne les ressent.

La salle était à 75 % féminine et a longuement applaudi. Quelques bravos.

Au Studio Hébertot jusqu’au 19 juin 2019
Mardi et mercredi : 21h00

De : Annie Ernaux
Avec : Laurence Mongeaud
Mise en scène : Nadia Rémita

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