Trissotin ou les Femmes savantes

Un zeste de déjanté, une pincée d’air du temps, en emmenant Trissotin dans les années 70, Macha Makeïeff actualise son côté consensuellement provocateur. A savourer.

Trissotin

Sur la scène, un de ces grands appartements des années 1970, de ceux qui s’aménageaient dans des anciens ateliers d’artistes, hauts plafonds, surfaces vitrées, meubles au design cocoon et aux couleurs acides et tranchées.

Une jeune femme tape à la machine, un groupe de fêtards arrive, se vautre dans les fauteuils. Et ça part. « Quoi, le beau nom de fille… ». Pour l’histoire que tout le monde connait pour l’avoir étudiée. Philaminte (la mère), Armande (la fille) et Bélise (la tante) sont sous l’emprise d’un poète pédant, Trissotin. Henriette (la sœur) et Clitandre (l’amoureux) sont amoureux, Chrysale (le père) un peu dépassé, un coup de main d’Ariste (l’oncle), tout rentrera dans l’ordre.

Macha Makeïeff emmène Trissotin dans les années 70, quand tout était autorisé à défaut d’être permis, quand on prenait des risques sans attendre une surprotection de la société. Le sida n’existait pas encore, l’ABS non plus, la pilule avait donné le pouvoir aux femmes, les hommes en étaient désarçonnés. Trissotin prend les traits d’une créature improbable, diva des scènes et des « catwalks » de la mode interlope, son côté burlesque est renforcé.

J’ai apprécié de retrouver l’ambiance des années 70, les mini jupes, les costumes moutarde, les talons hauts. La mise en scène retrouve le jeu déjanté de ces années, sans trop laisser le champ libre à la spontanéité des artistes, j’ai parfois regretté le côté appliqué voire forcé de certains effets (*). Et savouré les intermèdes chantés.

La distribution est homogène, elle fonctionne bien. Dans les Femmes Savantes, j’ai mes têtes. J’ai vu Jeanne-Marie Levy donner une Bélise totalement barrée, Vanessa Fonte une Henriette qui sait exactement ce qu’elle veut, Vincent Winterhalter un Chrysale continument dépassé et sous le contrôle d’une femme. Clitandre, pour moi, est un bourrin, Armande le repousse ? il ne sort pas de la maison et s’amourache de sa sœur. En l’envoyant dans les années 70 et sous l’influence de substances addictives, Ivan Ludlow en fait un type qui ne se prend pas la tête. Je prends.

Les progressistes aimeront son côté déjanté, les conservateurs le respect scrupuleux du texte, les moralisateurs l’inscription dans l’air du temps, en changeant l’époque de la pièce, Macha Makeïeff réussit à rendre très actuel son côté consensuellement provocateur.

A La Scala Paris jusqu’au 10 mai 2019
Du mardi au samedi : 21h00 – dimanche : 15h00

Texte : Molière
Avec : Marie-Armelle Deguy, Arthur Deschamps, Karyll Elgrichi en alternance avec Louise Rebillaud, Caroline Espargilière, Vanessa Fonte, Arthur Igual en alternance avec Philippe Fenwick, Valentin Johner, Jeanne-Marie Levy en alternance avec Anna Steiger, Ivan Ludlow, Geoffroy Rondeau, Pascal Ternisien, Vincent Winterhalter
Mise en scène : Macha Makeïeff

(*) en plein 70’s, acteurs et spectateurs auraient fumé comme des pompiers, il y aurait eu du vrai whisky dans les verres, la chimie aurait fait de grandes étincelles, et personne n’aurait porté de lunettes de protection.

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