La vie automatique

Au Théâtre 13, un spectacle atypique, une histoire racontée comme un documentaire, les gestes des acteurs ajoutent les mouvements de caméra, pour un résultat hypnotisant.

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Il y a l’histoire, celle de Jean Enguerrand, un acteur qui rame, il oublie une casserole sur le feu, sa maison brule, il marche vers la gare, arrive à Paris, trouve un hotel, participe à un tournage, rencontre une actrice sur le retour, croise le fils de celle-ci, suit celui-là jusqu’au Japon pour aller voir la petite bambouseraie de Kyoto, revient, monte sur scène, rien ne semble vraiment le toucher.

Il y a la façon dont l’histoire est racontée, et c’est ça le vrai intérêt du spectacle.

Imaginez-vous sur une chaine de télé qui a acheté un stock de documentaires de deuxième rang, les a fait doubler. Il y a une voix off, qui raconte d’un ton neutre, des scènes reconstituées jouées par des acteurs peu expressifs qui font honnêtement le job sans vraiment y croire. Des mouvements de caméra qui tournoie, l’opérateur se fait plaisir. Des faux raccords. Une musique tantôt poignante tantôt vigoureuse. Vous avez l’image en tête ?

Alors vous savez comment la Compagnie Troisième Génération raconte l’histoire, et c’est magique, hypnotisant. Ils ne se cantonnent pas aux plans fixes (c’est un documentaire, pas de la télé réalité), il y a des travellings, de grands mouvements de dolly, des champs/contre champs, et là le travail de la compagnie devient magique, millimétré. On est dans un théâtre, la scène est fixe, les spectateurs sont assis dans un fauteuil immobile. Ce sont donc les acteurs qui bougent, les acteurs et l’élément de décor, un carré de toile blanche.

Je ne vous dis pas quand a lieu le premier mouvement de grue, il faut garder l’effet de surprise, le waow qui fait tomber la mâchoire, ça n’est que le premier, j’ai passé la représentation à guetter leurs gestes, regarder les pieds, les mains, les visages. Je me suis laissé prendre par une foultitude de petits détails, je suis convaincu qu’il y en a au moins trois fois plus qui m’ont échappé.

C’est très actuel de monter une pièce en enchainant les scènes comme autant de séquences. Quand les gestes des acteurs reconstituent les mouvements de caméra, avec bruitages réalistes et un violoncelle sur scène, c’est hypnotisant.

Baroudeur m’avait accompagné, qui m’a raconté avec moults détails la pièce. Il a trouvé étrange l’absence d’émotion sur le visage des acteurs, mais surtout « la façon dont les acteurs bougeaient était super, je vais apprendre à bouger comme eux ».

Vous avez envie de vous laisser bluffer par une pièce où le geste compte plus que les mots, de vous laisser surprendre par un spectacle loin des sentiers battus ? Je vous conseille La Vie Automatique.

Au Théâtre 13 (Jardin) jusqu’au 31 mars 2019
Du mardi au samedi : 20h00 / Dimanche : 16h00

Texte : Christian Oster
Avec : Jules-Angelo Bigarnet, Pierre Charles, Agnès Delachair, Guillaume Le Pape, Charles Poitevin et Pierre Charles au violoncelle
mise en scène : Sergi Emiliano i Griell

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