Moule Robert

Un spectacle stupéfiant, acide, atypique, qui dit le conflit éternel entre l’ambition carnassière et les valeurs utopiques.

Moule Robert-1

Sur scène, une table, sur laquelle sont posés trois micros, une table de DJ. Autour, du mobilier scolaire, deux micros sur pieds. Trois hommes, deux femmes. Du mobilier à l’allure scolaire. L’homme, au micro du milieu, a l’air profondément bon.

La salle s’éteint, les acteurs produisent dans les micros le son de voix d’enfants qui jouent. Ils disent qu’on est dans une école, une salle vitrée, les prénoms des enfants qui sont là, et Robert Moule, le surveillant qui surveille avec gentillesse.

Il y a l’histoire, l’affrontement entre Robert Moule et Robert Goule. L’un est un éducateur, un utopiste naïf, enfermé dans ses limites, dans le confort de limites qui sont autant une armure qu’une barrière. L’autre est un ambitieux, un jouisseur cynique, qui marche sur les limites des autres avec un sourire carnassier, des limites, il n’en a aucune. Au milieu, Justine, la fille de Goule, Moule admire sa rébellion, il a touché son coude après une récréation, dans notre époque aseptisée où la principale interdiction est de se faire surprendre.

Alors, forcément, Moule se sent coupable et Goule n’a aucun scrupule à exposer son innocence outrée.

Il y a la façon dont l’histoire est racontée, on voit les personnages, on voit… c’est peut-être la conscience des personnages qui serait sortie de leurs corps sous l’effet de substances interdites… leurs pensées parfois incohérentes… ou leurs émotions, comme dans Vice Versa, le dessin animé Pixar où les émotions d’une petite fille de 11 ans dialoguent dans sa tête, d’ailleurs les bonnettes des micros sont de couleurs tranchées… mais on ne le verrait pas en direct, plutôt en mode « tu te souviens ? ».

Voilà. Les consciences, ou les pensées, ou les émotions, sont en pause, un verre de bière à la main, elles se racontent, dans un ordre qui n’a rien de chronologique, l’affrontement entre Robert Moule et Robert Goule, l’expérience qu’elles ont menées, peut-on pousser Moule à bout, comment elles l’ont influencé pour le savoir.

Le résultat est acide. Acide parce que l’actualité est pleine de Goule, de Goule qui n’ont aucun scrupule à se draper dans l’innocence et les valeurs morales, des Goule dont l’existence semble inéluctable. Acide dans les situations. Et drôle, parce que les mots ont un sens, parce que Goule est vraiment une goule, parce que Moule, enfermé dans son moule, est quand même une moule, et que dans la vraie vie, on a de l’affection pour Moule, et on admire Goule tant qu’il est dans la lumière des projecteurs, jusqu’à ce que l’actualité le crucifie… si un jour il se fait prendre.

La mise en scène est alerte, rythmée, fait une belle place à la musique, le jeu millimétré des acteurs maintient l’attention du spectateur, j’ai admiré. Et le visuel ? l’ambition, les valeurs, le dilemme… le thème est éternel.

Si vous aimez les spectacles atypiques, qui vous donnent les pièces d’une histoire et vous laissent l’assembler à votre guise, si vous aimez les spectacles qu’on a envie de revoir en sortant pour être sûr d’avoir tout saisi, ne ratez pas Moule Robert.

Au théâtre de Belleville jusqu’au 29 avril 2019
Lundi 19h15 / mardi 21h15 / en avril : dimanche 17h30

Texte : Martin Bellemare
Avec : Nathalie Bitan, Benoit Di Marco, Laurent Lévy, François Macherey et Lola Roskis-Gingembre
Mise en scène : Benoit Di Marco

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